Agressions sexuelles et exercice illégal de la profession d’infirmier un ex-élu de Quimper condamné à de la prison

Elles sont cinq à témoigner d’actes de prises de sang par une personne exerçant illégalement le statut d’infirmier et des actes d’agressions sexuelles. Nicolas Gonidec, 40 ans, chef d’une entreprise ex-élu quimpérois comparaissait aujourd'hui. Il a été condamné à 1 an de prison ferme.

Nicolas Gonidec, le patron de la société audiovisuelle An Tour Tan, est accusé d’agressions sexuelles et d’exercice illégal de la médecine pour des prises de sang.

Cinq femmes ont porté plainte et se sont portées parties civiles, mais l'on sait déjà qu'il existe d'autres plaintes en cours d'instruction, dont celle de Sophie (prénom d'emprunt) pour des faits courant de 2014 à 2018.

Les cinq victimes au tribunal de Saint-Brieuc reviennent sur les faits qu’elles ont vécus à leurs domiciles ou dans les locaux de la société de production.

Les faits d'exercice illégal de la médecine s'étalent sur une période courant du 31 juillet 2020 au 17 février 2021, à Rostrenen (Côtes-d’Armor). Il est également jugé pour des agressions sexuelles commises du 31 juillet 2020 au 10 février 2021 à Quimper et le 2 septembre 2020 à Bourg-Blanc (Finistère).

Déjà en 2001, Nicolas Gonidec avait reçu un rappel à la loi pour des actes de prise de sang sur une jeune lycéenne.

Le rappel à la loi avait alors été conditionné à un suivi psychologique. Un suivi qui avait pris fin au bout de deux ans.

 

Une obsession dévorante


A l’audience, Nicolas Gonidec a reconnu que, trois ou quatre ans après la fin de cette thérapie, son « obsession des veines » est revenue. Pour satisfaire cette fascination pour le sang et les piqures, Nicolas Gonidec met en place un processus, un protocole, afin d’amener des femmes de 18 à 35 ans à subir ses pulsions.

C’était plus fort que moi.  Nicolas Gonidec

 

Le réalisateur de film fait des recherches sur internet et copie un questionnaire de santé. Il y ajoute des éléments afin de satisfaire ses envies. Il créé également une adresse mail au nom d’une société médical AM Santé afin de rassurer ses futures victimes.

L’une d’elle, une femme de 35 ans au caractère fort, au niveau intellectuel élevé a été piégé par la confiance qu’elle avait en cette personne qu’elle connaissait depuis des années.

Fragilisée par la période du confinement mettant à l’arrêt ses activités artistiques, trompée par les mails reçus de la fausse société médicale et ayant l’envie d’aider les gens à accepter les soins médicaux elle tombe dans le piège de Nicolas Gonidec.

Elle exprime le sentiment d’hypnose subit, les caresses sur les bras, les photos prises et les prises de sang.

En un seul rendez-vous à son domicile, trois prises de sang, pour neuf flacons de sang récupérés sans gants, avec du matériel crédible mais mal utilisé, font qu’après discussion avec ses proches elle porte plainte.

 

"Il fallait que cela cesse" exprime l'avocate des victimes

Maitre Guérin, avocate de la partie civile, revient sur le courage de sa plaignante qui a permis que cela cesse.

A la suite de la plainte déposée, Nicolas Gonidec est arrêté. Il jure qu’aucune autre femme n’a été victime de ses agissements de prise de sang et de massage sur les bras afin d’effectuer des gestes de relaxation.

Mais à la suite d’un article du Télégramme du 21 février en 2021, une jeune étudiante reconnait une partie des faits dont elle a été victime quelques années plus tôt.

 

Nicolas Gonidec reconnait l’agression sexuelle


Cette jeune étudiante, fragilisée par un frère gravement malade, souhaite aider le domaine médical.

La jeune femme ne peut donner son sang, étant trop frêle. Alors quand Nicolas Gonidec insiste, par des messages postés via Facebook et Messenger, elle finit par lui donner sa confiance et elle est heureuse d’enfin pouvoir aider le corps médical.

Elle aussi se voit prélever son sang. Mais lors d’un second rendez-vous, le processus pervers de Nicolas Gonidec augmente.

Le questionnaire, le formulaire reçu par la fausse adresse mail finissent de la convaincre de la réalité de cette étude se présentant comme une solution pour aider les gens à accepter les actes médicaux avec une piqûre. Une méthode basée sur la relaxation, le souffle et le massage.

Cependant, le formulaire envoyé par la fausse société médicale AM Santé indique un nouveau protocole de massage sur des zones érogènes ainsi que des essais d’orgasmes thérapeutiques.

Dans un premier temps la jeune femme refuse. Nicolas Gonidec la rassure lui disant qu’elle pourra arrêter à tout moment la procédure. Pour la jeune femme l’envie d’aider est la plus forte.

Le décor était comme celui d’un mauvais court-métrage d’étudiant en cinéma

 

La séance médicale se transforme en un massage interminable pour la plaignante, trois heures pendant lesquelles les mains de Nicolas Gonidec resteront surtout sur la poitrine de la jeune femme tétanisée.

En rentrant chez elle, en larme, elle essaie de s’imaginer que tout était normal. Que le traumatisme est dû aux gestes effectués par un mauvais professionnel mais elle finit par comprendre que sa confiance a été abusée

Nicolas Gonidec à la barre reconnait les actes d’agressions sexuelles sur la jeune femme. Mais en ce qui concerne deux autres plaintes pour agressions sexuelles, Nicolas Gonidec n'en reconnait qu'une. 

Aujourd’hui, elles sont cinq à la barre mais tous les faits ne sont pas jugés par le tribunal de Saint-Brieuc. D'autres ont eu lieu également dans le Morbihan et le Finistère.

 

Des photos et des heures de vidéos

Une question demeure. Qu’en est-il des heures de vidéos enregistrées lors de ces séances, longues d'une à trois heures ? Qu’a-t-il fait des photos prises pendant les séances, des photos de bras et de garrots demandées à ses victimes avant les séances ?

L’avocat des plaignantes, Maitre Guérin, évoque une affaire « sordide et dégueulasse », venant d’un homme qui a délibérément trompé des personnes qu’il savait fragile ou fragilisée par des contextes difficiles : un frère malade, une séparation, une période de travail à l’arrêt.

L’étude des psychiatres indique une personnalité narcissique, un être intelligent qui manipule les faits, une personne qui a une tendance au mensonge.

 

J’essaie d’expliquer l’inexplicable

Nicolas Gonidec


Nicolas Gonidec justifie ses mensonges par le besoin de survie vis à vis de sa femme, aide-soignante, et de ses enfants.

Cependant rien n’arrive à expliquer les faits. Pourquoi récupérer du sang ? Pourquoi le conserver ? Pourquoi prendre des photos et des vidéos qui sont aujourd’hui introuvable malgré la perquisition de la police ?

Nicolas Gonidec se cache derrière ce protocole médical qu’il avait inventé « pour aider les gens à accepter les seringues », demande un suivi psychiatrique et regrette.

 

La dignité et la force des plaignantes

L’avocate des plaignantes met en valeur la grande dignité des victimes qui sont revenues sur leur parcours.

Pour le procureur, Nicolas Gonidec offre peu de choses à la juridiction réunie face à lui. Hormis cette pulsion, il n’évoque pas grand chose.

Pourtant les faits durent dans le temps, au moins 10 ans, et le stratagème élaboré : faux site internet, faux standard téléphonique, fausse identité, matériel médical en abondance et surtout l’insistance sur les réseaux sociaux pour convaincre et amener des jeunes femmes sous son emprise.

 

Port d'un bracelet électronique et inscription au fichier des délinquants sexuel

A l'issue d'une journée d'audience particulièrment éprouvante pour les cinq jeunes femmes s'étant portées partie civile, le tribunal correctionnel de Saint-Brieuc a condamné Nicolas Gonidec à trois ans de prison dont deux ans avec sursis et près de 15 000 euros de dommages et intérêts.

Le quadragenaire est également inscrit au fichier national des prédateurs sexuels. Il lui était repoché l'exercice illégale de la profession d'infirmier ainsi que des actes d'agression sexuelle sur deux des plaignantes. Les faits reprochés se sont déroulés sur les deux dernières années. 

L'expertise psychiatrique de Nicolas Gonidec a décrit une personnalité narcissique et manipulatrice. Les experts évoquent la possibilité d'un plus grand nombre de victimes. Selon nos informations, d'autres plaintes auraient en effet été déposées.

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