Eolien en baie de Saint-Brieuc : le navire Aeolus a rejoint la zone du chantier, malgré la mobilisation des pêcheurs

Entre huit et dix bateaux de pêche ont pris la mer, ce jeudi, vers 15 h 30 pour bloquer le navire de forage Aeolus, en charge de la réalisation du futur parc éolien en baie de Saint-Brieuc. Le navire, à l'origine d'une fuite d'huile mi-juin, a pu arriver sur la zone des travaux vers minuit.
En mai dernier, une cinquantaine de bateaux de pêche avait encerclé la plateforme de forage Aeolus installée en baie de Saint-Brieuc.
En mai dernier, une cinquantaine de bateaux de pêche avait encerclé la plateforme de forage Aeolus installée en baie de Saint-Brieuc. © J.M. Seigner / France Télévisions

Quand ils ont appris que le navire de forage Aeolus avait le feu vert pour revenir en baie de Saint-Brieuc et reprendre ses travaux sur le parc éolien, les pêcheurs ont immédiatement sonné la mobilisation. Et elle a été entendue.
Ce jeudi, vers 15 h 30, entre huit et dix bateaux de pêche ont pris la mer, au départ d'Erquy, Saint-Cast-le-Guildo et Saint-Quay-Portrieux, bien décidés à empêcher l'Aeolus d'arriver d'accéder à la zone.


On restera sur zone jusqu'à ce que l'Aeolus rentre chez lui. On va lui barrer le chemin

Jonathan Thomas, pêcheur sur le Fury Breizh

"On va prendre les devants, dit Jonathan Thomas, patron du "Fury Breizh". Ce soir, on sera tous sur place et on va passer la nuit là-bas pour lui barrer le chemin. On restera sur zone jusqu'à ce qu'il rentre chez lui". Le pêcheur de Saint-Quay-Portrieux indique que "d'autres bateaux arriveront demain matin (vendredi, NDLR) et on verra comment on peut le bloquer".

Le blocage n'aura toutefois pas eu lieu. "On a échoué" constate ce vendredi matin Jonathan Thomas. L'Aeolus est arrivé au nord de la zone des travaux vers minuit, après une course-poursuite avec les bateaux de pêche. "Il est passé en force, sans aucune limite, relate le pêcheur. Nous n'étions pas assez nombreux".
Le patron du "Fury Breizh" évoque "une charge à 8 noeuds du bateau de la Marine nationale" présent sur place. J'étais à pleine balle, raconte-t-il, j'ai dû m'écarter pour ne pas finir au fond".

La Préfecture Maritime tient à préciser que le navire de la Marie Nationale a gardé "un cap et une vitesse stable, qu'il n'a pas manoeuvré et donc absolument pas fncé sur les embarcations'. Elle indique également que "les bateaux des pêcheurs ont fait un usage abuif de leurs feux de pêche ils ont installé sur leur mâture des feux indiquat qu'ils étaient en pêche, et donc prioritaires, alors que cela n'était pas le cas."

"On se moque de nous"

Cet appel à se mobiliser avait été lancé par le comité départemental des pêches maritimes des Côtes-d'Armor (CDPMEM 22), relayé sur les réseaux sociaux par les opposants au parc éolien en baie de Saint-Brieuc. Les pêcheurs craignent les effets des travaux sur les fonds marins pour les poissons et les coquillages et les méfaits des éoliennes sur la pêche.


"La question que l'on pose depuis que le navire de forage a quitté le site, suite à une fuite d'huile de 170 litres, concerne les résultats des analyses de cette pollution, indique Alain Coudray, le président du CDPMEM 22. Et ces résultats, on ne les a toujours pas. On laisse revenir ce navire alors qu'il n'y aucune garantie que cela ne recommence pas. C'est un peu léger"


La préfecture maritime a pris un arrêté, ce mercredi, qui "restreint dans un premier temps la reprise des travaux du navire d'installation offshore Aeolus aux seules positions les plus nord de la concession". Pour faire respecter cet arrêté, une vedette de la gendarmerie maritime et un navire de soutien et d'assistance de la Marine nationale ont rejoint la baie de Saint-Brieuc.
Alain Coudray, qui s'est entretenu par téléphone avec le préfet maritime, estime que cette restriction n'est pas suffisante. "Une décision comme celle-ci, c'est se moquer de nous, martèle-t-il. On veut faire de l'écologie sans vouloir en faire. Ce qui revient à dire que si la baie de Saint-Brieuc est détruite, c'est pas grave !".
 

Demande de suspension des travaux

Le CDPMEM 22 a adressé ce jeudi un courrier au préfet maritime et au préfet des Côtes-d'Armor pour demander "l'annulation de cet arrêté et la suspension des travaux du parc éolien". "Nous réclamons la réunion en urgence du conseil scientifique et du comité de gestion et de suivi du parc, afin d'avoir toute l'information sur la pollution et de faire un point complet sur les dispositifs réglementaires et les mesures de protection de l'environnement" écrit le comité des pêches des Côtes-d'Armor.

Alain Coudray rappelle que "les coquilles Saint-Jacques sont en pleine période de reproduction et qu'elles représentent la moitié du chiffre d'affaires des bateaux de la baie de Saint-Brieuc. Nous n'avons aucune preuve qu'une pollution ne se reproduira pas. Qu'on nous apporte aussi les preuves que ce chantier éolien n'aura aucun impact sur le milieu". Le CDPMEM 22 dit aussi avoir déposé une plainte pour "pollution de l'espace maritime et pollution sur la biodiversité".

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