Moules de cordes en baie de Saint-Brieuc : encore un avis défavorable pour le projet de Perle de Binic

Ce 29 septembre, la commission des cultures marines, réunie à Paimpol, a délivré un avis défavorable au projet d'extension des filières de moules en baie de Saint-Brieuc. Un projet porté par des ostréiculteurs charentais. La décision finale est entre les mains du préfet des Côtes d'Armor.

© BELPRESS/MAXPPP
Ce n'est qu'un avis consultatif mais il a été pris à l'unanimité. La commission des cultures marines pilotée par les services de l'Etat et auxquels participent notamment l'Ifremer et les représentants de la profession ont donc rendu ce mardi matin un avis défavorable au renouvellement de la concession avec cultures de moules en eaux profondes que sollicite l'entreprise Perles de Binic.


Une concession de 109 ha sous-exploitée


A la tête, depuis 1997, de cette concession de 109 hectares au large de Binic, trois associés charentais. Ils  souhaitent y développer la culture des moules sur cordes. Depuis 2017, 10 filières y sont installées. Trop peu, selon eux. "Nous voulons exploiter cette concession à sa juste valeur. Le parc est énorme, c'est même un des plus grands de France. Selon les textes, nous pourrions installer 450 filières, nous proposons seulement 150. Ce n'est pas démesuré." explique Adrien Geay, ostréiculteur à La Tremblade (17). 


Les moules sur cordes, une culture en développement en France


Dans la baie de Saint-Brieuc, comme ailleurs sur le littoral français, la culture des moules est historiquement organisée sur l'estran, sur des bouchots. La culture avec des cordages immergés en pleine mer, accessibles uniquement par bateau est moins traditionnelle en France, alors qu'elle l'est dans d'autres pays européens comme l'Irlande ou l'Italie. "C'est une particularité française qui a aussi des contraintes, visuelles notamment" justifie le professionnel. "Par ailleurs, nous ne produisons pas assez de moules en France, nous sommes obligés d'en importer. Pourquoi ne pas produire davantage de moules françaises ?"


Une étude d'impact considérée comme parcellaire


Des arguments qui n'ont pour l'instant pas convaincu. L'enquête publique diligentée tout le mois d'août a rendu un avis défavorable. Les élus de l'agglomération briochine, le conseil municipal de Binic-Etables sur mer aussi. L'Ifremer également. Les scientifiques mettent en effet en cause l'étude d'impact fournie par Perle de Binic. L'une des craintes principales tient à la quantité de nourriture présente dans la baie. Y en aura-t-il assez pour tous les coquillages de la baie? La modélisation présentée serait insuffisante.

C'est ce que nous confirme Anthony Sturbois, chargé de mission scientifique de la réserve naturelle de la Baie de Saint-Brieuc, salarié de Vivarmor. "Il existe aussi des questions sur le phénomène d'hybridation des espèces de moules et le risque de constitution de récifs de moules n'a pas été évalué". Certains observateurs rapportent déjà des échouages de moules sur l'une des plages de Binic, sans être certains toutefois qu'elles proviennent des cordes immergées, mais le phénomène de moules qui s'échappent et colonisent les récifs, de façon un peu envahissante est soulevé aussi.

Alain Coudray, président du comité des pêches des Côtes d'Armor s'inquiète également d'un risque sanitaire. "Il y a des bactéries dans ces moules là, elles ont souvent un taux de mortalité de 30%. Et nous avons peur que cette bactérie touche d'autres coquillages." 
 

Le préfet, décisionnaire final


Perle de Binic, par la voix d'Adrien Geay, présent lors de la commission des cultures marines a proposé que cette extension des filières puissent se faire par pallier, en ajoutant aux 10 existantes, 20 nouvelles cordes par an, afin d'observer et d'étudier au fur et à mesure l'impact environnemental. 

Cet effort de dialogue n'a pas modifié l'avis de la commission.  Mais il n'est que consultatif. C'est le préfet qui aura le dernier mot dans ce dossier.



 
Chiffres repères
Aujourd'hui, une moule française sur dix est produite en baie de Saint-Brieuc. 14 entreprises mytilicoles y sont installées.
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