Saint-Brieuc. Des groupes de paroles pour conjoints violents

La violence conjugale, ça se soigne. C’est le crédo de Christine de Freslon. A Saint-Brieuc, elle encadre des stages pour les personnes violentes envers leur conjoint.

© Valérie Vrel - LA PROVENCE/MAXPPP

A Saint-Brieuc, Christine de Freslon anime des stages pour conjoints violents depuis 2018 au sein de l’ADAJ (association départementale alternatives judiciaires). Enjouée et passionnée, elle nous parle de sa mission qu'elle vit comme un sacerdoce.

ENTRETIEN.


Quel public accueillez-vous dans les stages que vous dirigez ?

Ce sont des alternatives judiciaires proposées par la justice à des personnes ayant été violentes envers leur conjoint.

Ce sont majoritairement des hommes, mais nous avons aussi des femmes. Pour que le procureur oriente vers ce genre de solution, il faut remplir plusieurs conditions. D’abord, il faut que la personne ne soit pas connue des services de justice pour des antécédents violents et il faut que l’ITT (Incapacité temporaire de travail) de la victime soit inférieure à 8 jours.

Les stagiaires sont issus de tous les milieux. Mais une majorité cumule les problèmes de travail, d’alcool et les difficultés financières. L’essentiel a entre 35 et 50 ans, même si on voit aussi des personnes de 19 ans ou de 70 ans.

Dans quel état arrivent les personnes que vous recevez ?

On reçoit une première fois la personne violente en entretien individuel pour s’assurer qu’elle reconnaît les faits sinon aucun travail n’est possible et dans ce cas, ce n’est plus de notre ressort. C’est à la justice de trancher.

Au début beaucoup excusent leur geste par le contexte. C’est l’autre qui l’a poussé à bout, selon eux.
Dès l’entretien individuel, le processus de responsabilisation va commencer. On va leur expliquer qu’ils ne sont pas forcément responsables du contexte du conflit, mais qu’ils sont responsables du geste violent. On vérifie que l’auteur des coups puisse entendre qu’il est le seul responsable de son geste. Qu’il y a d’autres réponses qu’un geste violent.
 

Ensuite une fois en groupe que se passe-t-il ?

Les stagiaires arrivent souvent dubitatifs avec la peur d’être jugés. Et puis un premier tour de table a lieu. Ils sont en général une dizaine. Et tout de suite, ils se sentent mieux car ils sentent que les autres ont les mêmes difficultés.

A l’origine de la violence, il y a souvent la difficulté à exprimer ses émotions, encore plus chez les hommes que chez les femmes. Des échanges naissent entre les stagiaires. Quand certaines personnes sont résistantes, les autres participants peuvent lui faire des remarques comme "Si tu ne bouges pas, tu vas recommencer". Et ça, c’est bien que ce soit le groupe qui le dise et pas les animateurs.
 

En plus de ce groupe de parole, quels sont les mécanismes qui facilitent la prise de conscience ?

La première chose qui fait comprendre que la violence n’est pas normale, c’est l’intervention des gendarmes ou de la police. Quand une autorité extérieure au couple qualifie ce geste d’anormal, c’est une première prise de conscience.
On sort du huis clos familial où l’agresseur se trouve toujours des excuses.

Durant les stages, un gendarme intervient d’ailleurs pour poser le cadre de la loi. On utilise aussi des films qui montrent comment une victime peut ressentir les choses ou comment des adultes peuvent garder des traces des scènes auxquelles ils ont assisté pendant leur enfance.

 

Des femmes violentes envers leur conjoint assistent au stage, c’est un phénomène nouveau ?

Oui, au début, en 2018, je n’avais pas du tout de femme. Maintenant, j’ai environ deux femmes par stage sur un total d’une dizaine de stagiaires. Je pense que c’est dû au Grenelle des violences conjugales [qui a eu lieu fin 2019, NDLR]. Il y a eu une libération de la parole. Et elle a aussi bénéficié aux hommes violentés.

Les raisons du passage à l’acte sont les mêmes que pour les hommes : une vie de couple trop compliquée.
 

Quel retour avez-vous en fin de stage ?

Les participants sont contents. Ils comprennent que ça fait du bien de parler. Ceux qui ont plus de capacité de réflexion en font bénéficier les autres. C’est l’alchimie de groupe.

Après le stage, chacun tente de mettre des stratégies en place pour ne pas recommencer. Certains optent pour une séparation. Ils se rendent compte que ça ne sert à rien de rester en couple pour les enfants si ça crée de la violence. D’autres prennent en main leur problème d’alcool…
 

Et après ?

On les revoit un mois après. J’estime que 80% des stagiaires évoluent vraiment. Mais les premiers stages de ce genre n’existent en France que depuis 2015, donc on a peu de recul. Apparemment il y a peu de récidive.
 

Depuis 2018, l’ADAJ (association départementale alternatives judiciaires) a encadré une quinzaine de stages regroupant au total plus de 110 stagiaires, conjoints violents, homme et femmes.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
violence conjugale société journée internationale des droits de la femme femmes justice