Épidémies, médecins généralistes en grève, urgences saturées : pas facile de se faire soigner en ce début 2023. Depuis l’automne 2021, une cinquantaine de pharmacies en Bretagne orientent directement leurs patients vers un parcours de soins, sans passer par un médecin généraliste. Un système qui valorise leurs compétences de conseil mais, qui reste encore méconnu.
Gilles Imbert, est pharmacien à Moncontour dans les Côtes-d'Armor. Il a vu peu à peu l'accès aux soins se dégrader autour de lui. "Il n'y a plus de médecins depuis 2010 à Moncoutour, et dans les communes alentours, sur un bassin de population de 20 000 habitants, il ne reste que sept praticiens" explique t-il. Un paysage médical qui l’a incité à participer à l'expérience OSYS.
Si un patient se présente avec une des 13 pathologies identifiées, de la constipation à la rhinite en passant par la cystite ou les plaies, ce professionnel le reçoit et identifie grâce à un logiciel la prise en charge nécessaire. Ce fut le cas pour Floriane Lucas et sa fille Hortense.
" J'étais venue chercher un collyre antiseptique pour ma petite fille. Le pharmacien a pu me rediriger directement vers un médecin et j'ai eu mon rendez-vous dans la journée" raconte-t-elle.
Comme cette mère de famille venue pour la conjonctivite de sa fille, ils sont près de 200 à avoir été pris en charge.
Manque de temps dans les officines
Le temps, c’est la principale limite de ce dispositif. Dans cette autre officine à St Caradec, la plaie d'une patiente qui se présente aurait pu justifier une prise en charge Osys. Mais pour Sabrina Jeuslin, la pharmacienne, l'afflux de clients et l'abse,ce de personnel ne le permet pas.
" Un triage, ça prend un peu de temps et ça demande parfois de s'isoler avec le patient" explique-t-elle, quand on est en effectif réduit à la pharmacie, c'est impossible. C'est la limite de l'exercice."
Téléconsultation médicale au sein de la pharmacie
A Guerlédan, Marie-Anne Le Potier, pharmacienne, débordée par d’autres tâches n’a pas encore eu le temps de mettre en œuvre le dispositif. En revanche, une cabine de téléconsultation est proposée aux patients, pour pallier le manque de médecins sur le secteur.
Par téléconsultation, il y a quand même des outils qui aident au diagnostic du médecin. Cela sécurise un peu le chemin de soin non programmé, si le patient ne peut pas se rendre à un rendez-vous en présentiel.
Marie-Anne Le PotierPharmacienne à Guerlédan
Toutes ces expérimentations participent à réinventer le métier des pharmaciens, maillons essentiels de la chaîne du soin, en ces périodes de pénurie médicale.