Déconfinement : "la plage, c'est notre quartier!"

Le Premier ministre a rappelé l'interdiction d'accéder aux plages au moins jusqu'au 1er juin. Une mobilisation prend forme en Bretagne pour réclamer un accès raisonné et dynamique au littoral dés le 11 mai, comme les parcs et jardins. Une question de survie.
 

Plage du Bon Secours à Saint-Malo, au calme...
Plage du Bon Secours à Saint-Malo, au calme... © B. Van Wassenhove / France télévisions

"On ne comprend pas. On va ouvrir les parcs et jardins, les commerces, mais pas les plages, c'est illogique!". Anne Quéméré est plutôt remontée. Elle vit sur le Cap Sizun, les 100km autour de chez elle c'est principalement de l'eau, et pour l'heure s'en approcher est interdit...

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et "va le rester" dit le Premier ministre, au moins jusqu'au 1er juin.
 

"La plage, c'est notre quartier"


Anne Quéméré, navigatrice au long cours, se dite prête à mener la fronde contre une décision que beaucoup de riverains du littoral contestent. Professionnels, associations sportives, commerçants ou simples riverains, l'accès à la mer est au coeur de leur activité ou de leurs loisirs.
 

 
Accéder au littoral et à la plage est primordial pour les habitants qui vivent ici, toute l'année, notamment les personnes âgées. On dirait qu'ils craignent un afflux massif de touristes, alors que de toute façon le rayon de 100 km leur interdit de venir jusqu'ici - Anne Quéméré.


"Ici" c'est un peu plus loin que Plogoff, le plus beau bout du monde en quelque sorte. Et "ils", ce sont ces messieurs de Paris qui pensent "qu'on va aller planter serviette et parasol sur la plage, alors qu'il ne s'agit pas du tout de ça. La plage à côté, c'est comme notre quartier, les citadins pourront aller au parc, on doit pouvoir aller se promener sur la côte".

La "pétition pour rouvrir les plages à la pratique d'une activité sportive" recueille à ce jour près de 41000 signatures, tandis que le mot-dièse #rendeznouslamer enfle sur les réseaux sociaux.
 

Plage dynamique


Claude Renoult, maire de Saint-Malo milite pour une approche pragmatique. "Exiger tout, tout de suite n'est pas sérieux. Il faut discuter avec l'Etat d'un déconfinement progressif des plages et du littoral". En tant que Maire, il peut déjà, seul, prendre la décision de réouvrir l'accès aux remparts dès le 11 mai "ce que je suis très enclin à faire, je ne vous le cache pas" avoue-t-il.
 

Des plages, j'en ai onze sur ma commune, dont plusieurs en coeur de ville, des grandes et des petites. Je défends l'idée d'une réouverture "dynamique" de certaines d'entres elles. La pratique d'un sport individuel serait autorisé, comme nager, surfer, mais aussi se balader sur la plage" L'essentiel étant de ne pas rester statique, et de ne pas poser sa serviette pour l'après-midi - Claude Renoult, Maire de Saint-Malo.
 

Une idée que Claude Renoult défend auprès du préfet, et dans les réunions qu'il enchaîne avec les commerçants, les cafés, les hôtels et restaurants, tous dans l'attente d'une reprise d'activité, le facteur d'attractivité de la plage aidant.

Denis Palluel, maire de l'île d'Ouessant n'y va pas par quatre chemins : "On ne comprend pas pourquoi on va continuer à emmerder les gens, pour quelque chose qui n'a aucune justification"
 

#rendeznousnosplages La pression monte en Bretagne



Même son de cloche à l'autre bout de la Bretagne, et cela du côté même de la majorité présidentiellle. Liliane Tanguy, députée En Marche du Pays Bigouden Sud vient d'adresser un courrier au Premier Ministre. Signé par 49 députés de son parti et du Modem, elle dit "avoir écouté les inquiétudes des habitants de sa circonscription, les acteurs économiques et les élus."

 

 

Courrier de Liliane Tanguy au Premier ministre


Mais surtout, elle prend le Premier ministre au mot. "Il autorise une activité individuelle en plein air,... qu'il autorise alors cette même activité sur les plages et sur l'eau, comme ça sera le cas pour la randonnée en montagne par exemple, c'est un principe d'équité". Un principe qui ne vaudra précise-t-elle que pour les départements classés "verts".
 

Il vaut mieux tester le dispositif dès le 11 mai plutôt que d'attendre le 1er juin, quitte à l'adapter par la suite - Liliane Tanguy, députée LREM du Finistère

 

Les élus bretons pour un déconfinement décentralisé


Liliane Tanguy estime également qu'il faut accorder plus de souplesse aux maires pour la mise en oeuvre de ce déconfinement. "Les préfets aussi doivent pouvoir adapter le dispositif aux réalités des territoires, de la même façon qu'ils autorisent certains marchés de plein air par exemple."

Dans un communiqué paru ce vendredi 1er mai, Alain Cadec, président du Département des Côtes-d'Armor emboite le pas, et en appelle à la raison.  Il s’agit de faire preuve de bon sens et de mieux prendre en compte la réalité de chaque commune, de chaque territoire en faisant confiance aux élus locaux. Ils sauront faire preuve d’une grande responsabilité comme ils le font depuis le début de la crise.
 

En Côtes d’Armor comme dans toute la Région Bretagne, les plages sont des vastes espaces de liberté et de détente. Alors, dans le respect des préconisations sanitaires et sous l’autorité des Maires, je milite pour un accès organisé à ces sites dans le cadre du déconfinement - Alain Cadec

 

Communiqué d'Alain Cadec sur la réouverture des plages



Et enfin pour mettre tout le monde d'accord au niveau régional, Loïg Chesnais-Girard, président de la région Bretagne, enfonce le clou et plaide lui aussi pour un déconfinement "au plus vite" des "parcs et jardins" que sont nos plages.

 

 

Carnac, tranquille...
Carnac, tranquille... © B. Van Wassenhove / France Télévisions

 

La vie du littoral


Vanessa Le Reste est la présidente de l'association Beg-Meil Paddle Cup, qui organise des événements autour du Stand Up Paddle (SUP) en Bretagne Sud. La page Facebook de l'association semble être devenue l'épicentre de la revendication pour une réouverture "dynamique" des plages dès le 11 mai.

Live facebook s'y enchaînent pour des nouvelles fraîches, partages de documents, échanges d'idées, entre associations sportives, commerçants, citoyens... et ça fuse ! "On s'échange plein de propositions, pour ensuite les soumettre aux élus pour hâter la réouverture des plages au 11 mai" 
 
"Nous sommes nombreux, très interconnectés, et tous acteurs économiques de la vie du littoral. Demander la réouverture dynamique des plages au 11 mai, ce n'est pas un caprice pour aller se bronzer à la plage!". explique Vanessa Le Reste.
 

Tous les professionnels de la mer ont été très sérieux pendant le confinement. Maintenant il s'agit de relancer l'activité, pour tous ceux qui vivent ici - Vanessa Le Reste


Des acteurs qui se disent prêts à aider. "Dans les clubs, on peut encadrer, mettre en place de bonnes pratiques. Il est possible de gérer les flux d'affluence sur les plages en régulant les places de parking avec les plaques paires/impaires" explique Vanessa Le Reste.

A la Torche il a été proposé, par exemple, d'apposer un disque zone bleue sur les véhicules, limitant activité l'activité nautique de leurs propriétaires à deux heures maximum. "Toutes ces idées-là, nous les transmettons à nos élus."

Des propositions qui remontent maintenant peu à peu vers Paris, où les décisions peuvent encore évoluer jusqu'au 7 au 8 mai, date butoir pour une mise en application au 11 mai. Tout cela compte-tenu bien sûr de la couleur des départements.



 
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