Disparition de Jean-Yves Veillard, grand spécialiste du patrimoine populaire breton

Jean-Yves Veillard, ancien conservateur du Musée de Bretagne à Rennes de 1967 à 2000 est décédé des suites d'une longue maladie, à l'âge de 81 ans. Historien et chercheur, passionné de culture bretonne, il était notamment spécialiste de l'histoire de Rennes.

Jean-Yves Veillard à droite, avec Ronan Leprohon et l'écrivain Yann-Ber Piriou autres militants fondateurs de l'UDB
Jean-Yves Veillard à droite, avec Ronan Leprohon et l'écrivain Yann-Ber Piriou autres militants fondateurs de l'UDB © UDB

Après l'ethnologue et musicologue Donatien Laurent en début de semaine, c'est un autre grand spécialiste de l'histoire et de la culture bretonnes qui disparaît. Né à Rennes en 1939, Jean-Yves Veillard entre au Musée des Beaux Arts et d'archéologie de la ville en 1967 au moment de l'installation de l’exposition permanente sur l’Histoire de la Bretagne. C'est l'embryon du Musée de Bretagne dont il est le principal artisan et dont il prend la direction dès sa création en 1976.  Un conservateur passionné qui veut faire de cet établissement le "Musée de la Bretagne", en lien avec tous les musées de pays et les musées thématiques de la région, avec les universités.


Une oeuvre muséographique exceptionnelle


Jusqu'en 2000, ce passionné de culture bretonne enchaînera les expositions de référence, collectant inlassablement des objets, les outils, le mobilier, des milliers de photos, imaginant une muséographie vivante, moderne. Cela va du "Repas rennais" au "Mariage en Bretagne", en passant par "Les Bretons et Dieu" ou "l'Amoco Cadiz".

Pour la "Tuerie du cochon" il organise la fabrication de charcuterie dans la cour du musée. Sa dernière exposition fut consacrée au mouvement artistique breton "Ar Seiz Breur" (les sept frères) créé en 1923 par le décorateur et illustrateur René-Yves Creston, son épouse Suzanne Candré et Jeanne Malivel, conjuguant la modernité et la spécificité bretonne. 


Un grand érudit passionné


Pour Jean-Yves Veillard, le musée doit permettre à chaque citoyen de former son esprit critique. Très attaché à ses racines, il imagine et mène à bien le projet d'écomusée du Pays de Rennes dans la ferme de la Bintinais en 1987, hommage à la société rurale du Pays gallo. Il est également, avec Edmond Hervé, l'ancien maire de Rennes, le principal artisan de la création des Champs Libres. Passeur de mémoire et vulgarisateur infatigable : "Le Musée de Bretagne, c'était sa raison de vivre" disent aujourd'hui ses nombreux amis.

Grand érudit, il est l'auteur d'une thèse sur Rennes au XIXeme siècle, mettant en relief le rôle des architectes et urbanistes.
 
Il a aussi coordonné avec Alain Croix la publication du Dictionnaire du patrimoine breton, travail de 164 auteurs, auquel il adjoindra un CDRom particulièrement fourni. Enfin c'est à lui et à ses convictions profondément humanistes que nous devons la constitution du fonds Dreyfus, dont le procès en révision eut lieu à Rennes en 1899. 
 

Un des fondateurs de l'UDB


Amoureux de la Bretagne, Jean-Yves Veillard, Yann-Cheun pour ses amis, fait partie des militants qui dénoncent le centralisme français et participe à la création en 1964 de l'Union Démocratique Bretonne. Cela le prive d'un poste à l'Inventaire général des monuments historiques. "À cette époque-là, militer en faveur de l'autonomie de la Bretagne n'était pas très bien vu notamment dans l'administration" se plaisait-il à dire. Il sera directeur du mensuel du parti, le "Peuple Breton" pendant huit ans.

Son autre passion, c'était la bicyclette qu'il utilisait comme mode de déplacement urbain, mais aussi pour de longues randonnées. Jean-Yves Veillard s'intéressait aussi à la musique et à la danse bretonne, à l'opéra et au théâtre. Il était un grand voyageur, mais n'utilisait à l'étranger que les transports et hébergement locaux, au plus près des peuples qu'il voulait rencontrer.

Sa devise : "Bretagne est Univers", une citation du poète Saint-Pol Roux qui inspirera une de ses expositions dédiée à la diversité culturelle, et à la richesse de la tradition populaire qu'il a si bien servies.
 
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