Economie : l'équilibre fragile des jeunes entreprises

La baisse d'activité économique touche de plein fouet les très petites entreprises (TPE), et plus particulièrement ces entrepreneurs sans salariés qui viennent tout juste de démarrer leur activité. Un équilibre précaire qu'il faut trouver entre trésorerie chétive, et longues journées de travail.

Julien Macquaire sur un chantier
Julien Macquaire sur un chantier © Valérie Chopin / France Télévisions

Après cinq semaines de fermeture Norbert Milin, restaurateur franchisé à Rennes, vient de relancer son activité en "vente à emporter". Quatre tables disposées dehors pour accueillir les clients à distance, et sur le côté, Julien Macquaire, serrurier, attend la fin du service pour intervenir.

La porte d'entrée du magasin fonctionne mal, et confinement ou pas, il faut la réparer en urgence. "C'était un peu critique, nous dit Norbert Milin le gérant du restaurant, cette porte, on en a besoin pour notre activité du quotidien, et Julien a pu venir le jour même nous la réparer."
 

Des heures en plus...


C'est que, par la force des choses, Julien est plus disponible, avec beaucoup moins d'interventions ces temps-ci : cinq à six par semaine, contre une dizaine par jour habituellement… Le confinement impacte directement son activité. "Étant donné que les gens ne sortent plus de chez eux, ils n'ont plus de besoins, plus de perte de clés, plus de problème !" et forcément, moins de travail pour lui.
 

Après quinze jours d'arrêt imposé au début du confinement, j'ai pu terminer quelques chantiers en cours. Il ne me reste maintenant que les interventions de dépannage, alors j'essaye de compenser en travaillant sept jours sur sept, et je ne regarde pas trop les horaires.


Juin juillet est habituellement une période de forte activité pour les serruriers, quand les clients s'équipent avant de partir en vacances. Julien s'inquiète pour l'avenir : "Les clients vont-ils pouvoir partir en congés ? Auront-ils le budget pour des travaux ? La fin de mon année comptable tombe en août, je peux tenir jusque là,... mais en septembre il faudra vraiment que l'activité redémarre."
 

...quelques charges en moins


Comme jeune créateur d'entreprise après un licenciement économique, Julien aura pu bénéficier pendant deux ans des aides de l'ACRE. Payé par Pôle Emploi, Julien a pu reverser l'équivalent de son salaire directement dans la trésorerie de son entreprise, en investissements, en loyer, en charges fixes. Un coup de pouce bien utile à la naissance de l'entreprise mais qui va bientôt s'interrompre, en juillet, au pire moment.
 

Les reports de charges, ça nous aide bien pour l'instant, mais plutôt que des reports il faudrait des annulations. Payer la TVA c'est normal, c'est dû et il faut la reverser, mais j'attends des gestes plus conséquents : des annulations de loyers, de cotisations d'assurances... pour compenser ces mois de manque-à-gagner - Julien Macquaire


Reste l'entraide, Julien se coordonne avec d'autres serruriers de la métropole rennaise, pour que chacun puisse travailler un peu, entre dépannages d'urgence et délais de livraisons rallongés du côté des fournisseurs. "Pour le moment on prend tout ce qu'il y a prendre, on arrive à s'en sortir, mais il ne faut pas que ça dure."

 

La fragilité de la jeunesse


L'impact du confinement est aussi important pour Marie-Perrine Droumaguet, ancienne directrice des Ressources Humaines, qui a monté son entreprise il y a un an et demi. Après des débuts difficiles, elle commençait tout juste à voir « le bout du tunnel » comme elle dit, quand le coronavirus est arrivé.
 

Ce virus serait arrivé quelques mois auparavant, je n'aurais pas pu faire face. Je n'aurais pas eu la trésorerie suffisante pour tenir - Marie-Perrine Droumaguet, MPD Ressources
 

Temps mort. Les formations qu'elle avait mises en place pour le printemps ont toutes été au pire annulées, au mieux reportées. Retard de paiement de ses clients, pas de salaire. "Je continue de travailler bien sûr, je conseille des clients pendant le confinement, mais ces actions ne génèrent aucun chiffre d'affaires pour l'instant."
 
Marie-Perrine Droumaguet à son bureau, à Quévert (22)
Marie-Perrine Droumaguet à son bureau, à Quévert (22) © Valérie Chopin / France Télévisions
 

Quelques bons mois d'activité entre janvier et mars ont un peu rempli les caisses et lui permettent pour l'instant de faire le dos rond. Cependant, il est impossible pour elle de compter sur les aides de l'État et du Fonds de Solidarité, qui peuvent le cas échéant compenser une baisse exceptionnelle du chiffre d'affaires. "Oui, sur le papier ils ont bien pensé aux petites entreprises (TPE), mais en se référant au chiffre d'affaires de l'année passée. Or, j'ai plus fait de chiffre sur les quinze jours de mars 2020, que sur tout le mois de mars de l'année dernière !" 

 

Je ne peux pas du tout prouver une baisse de mon chiffre d'affaires. Le souci que j'ai, c'est que je ne rentre pas du tout dans les cases - Marie-Perrine Droumaguet


Comme Julien, Marie-Perrine ne peut pas espérer non plus de report de loyers. Cela étant elle nous confie qu'elle peut bénéficier de "l'aide compréhensive de son banquier, quand bien même nous sommes un peu les oubliés du système du fonds de solidarité mis en place par l'État."

En fait, elle ne s'inquiète pas plus que ça. "L'activité est là, les bases sont posées et je vais rebondir. Cette crise sanitaire m'a littéralement coupé l'herbe sous le pied, juste au moment où mon activité commençait à vraiment progresser. Et puis j'ai le sentiment que le conseil en ressources humaines existera peut-être même de façon renforcée après cette crise,... mais pour l'instant, il faut tenir !"
 

 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus santé société économie entreprises
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter