Election présidentielle : le vote blanc et nul, symbole d'une colère ?

Publié le Mis à jour le
Écrit par Séverine Breton .

Une tête de vache, Macron Petit patapon, des bulletins déchirés… dans les enveloppes, au moment du dépouillement, les assesseurs ont eu bien des surprises. 7,17% des électeurs bretons ont choisi de voter blanc, 2,45% de voter nul. 190 640 personnes se sont donc déplacées vers leurs bureaux de vote mais ont refusé de choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Un geste politique !

"Je m’attendais à plus commence le politologue Thomas Frinault. En 2017, un électeur sur 10 avait glissé un bulletin blanc ou nul dans les urnes. C’était inédit, complètement atypique. Le nombre de personnes qui avaient voté blanc ou nul avait triplé entre le premier et le second tour. Toute une partie de l’électorat refusait d’arbitrer un duel qui ne lui convenait pas. Cela s’est reproduit en 2022 !"

"On a exactement le même duel, exactement la même frustration d’une partie de l’électorat qui souhaite affirmer sa participation au vote électoral tout en refusant d’arbitrer ce duel. Moi je m’attendais presque à plus."

En 2017, en France, 9% des électeurs avaient voté blanc. En 2022, ils sont 6%, 7,17% en Bretagne.

Pour ce second tour de l’élection présidentielle 2022, 7,25% des votants costarmoricains ont glissé un bulletin blanc dans l’urne, 2,95 un bulletin nul. En Ille et Vilaine, 6,55 % d’entre eux, ont voté blanc, 2,17% nul. Dans le Morbihan, les assesseurs ont dépouillé 7,06 % de vote blanc, 2,39 % de vote nul et dans le Finistère, ils ont trouvé 7, 82 % de bulletins blancs et 2,29% de bulletins nuls. Cela représente 190 640 personnes.

Un geste politique

"Pour ces électeurs, c’est un geste politique, analyse Thomas Frinault. Ils se déplacent au bureau de vote, préparent un bulletin parfois découpent une feuille de papier pour aller voter blanc. C’est une façon d’affirmer leur foi dans le système démocratique mais de refuser d’arbitrer dans ce qui leur est proposé. Ce sont des gens politisés."

Le politologue fait la différence avec les abstentionnistes. "Certains ont refusé de choisir dans ce duel mais il y aussi une part de la population qui ne s’est pas déplacée parce que cette élection ne l’intéressait pas ou parce qu’ils y sont hostiles. Ce n’est pas la même chose que de se déplacer pour mettre un bulletin blanc ou nul que de ne pas se déplacer. "

Une abstention presque stable 

Dans les Côtes d’Armor, pour ce second tour, 21,24% des électeurs se sont abstenus (contre 20,48% au 1er tour). En Ille et Vilaine, 21,90% (contre 20,32%),  22,17% dans le Morbihan, (contre 21,43%) et 22, 82% dans le Finistère (contre 21,82%). C’est en moyenne, un point de baisse de participation.

"En 2017, entre les deux tours, l’abstention avait énormément progressé se souvient Thomas Frinault. D’ordinaire, les taux de participation sont à peu près identiques entre les deux tours des élections présidentielles, sauf en 2002, où il y avait eu un rebond de presque 8 points de plus. Mais en 2017, la participation avait chuté de 3,5 à 4 points." 

Cette fois, elle est donc restée stable, "cela veut dire qu’il n’y a pas eu de remobilisation, commente-t-il. Nous ne sommes plus dans la même configuration qu’en 2002 ou qu’en 2017. Il n’y a plus l’épouvantail de l’extrême-droite, il y a la déception pour une partie de l’électorat, voire la détestation d’Emmanuel Macron donc on n’a pas de mouvement significatif dans la participation. "

 Annie Bras-Denis, la maire de Plouaret, dans les Côtes d'Armor, a décompté 12,2% de bulletins blancs et nuls dans sa commune. "Cela a une signification, analyse-t-elle. La moitié des enveloppes étaient vides, l’autre moitié contenait les deux bulletins, Macron et Le Pen, comme si les électeurs voulaient les renvoyer dos à dos".

L’élue a discuté avec ses administrés. Certains lui ont expliqué ne plus être capables de faire ce vote de barrage. "Je le déteste, il nous méprise tellement" lui a confié une dame.  

La banalisation de l'extrême droite

"Il y a probablement une forme de lassitude et de banalisation du Rassemblement National qui réussit finalement à accréditer l’idée qu’il est un parti républicain" confirme Thomas Frinault." Il fait moins peur, et il y a une forme de lassitude de certains électeurs pour qui c’est la troisième fois qu’on leur demande de faire barrage à un candidat ou une candidate du Front ou du Rassemblement national. "

"Et puis, il y a effectivement un électorat qui ne peut pas, qui refuse de voter Emmanuel Macron. Il suscite une forme de détestation de crispation dans une partie de l’électorat. A l’extrême droite ou à gauche. Il y a des électeurs qui se sont résignés dans leur conscience à voter Emmanuel Macron, mais il y a une partie qui ne veut plus. "

"Les électeurs ont regardé les chiffres, fait des calculs, détaille Thomas Frinault. Si dans les dernières intentions de vote, ils voient que les deux candidats sont à touche-touche, ils se disent, je vais aller glisser un bulletin Macron, s’il a une avance confortable peut être que je vais voter blanc. Pour cet électorat qui n’a pas spontanément envie de voter Emmanuel Macron, il y a un vote de conscience et puis une forme de calcul."

Des votes toujours pas reconnus

"Où va la France ? Dans le mur ? Dans les bras du capital ? Dans les mains d’une incompétente ? Sous la coupe d’un tribun populiste ? Non merci." Le maire de Pont l’Abbé dans le Finistère, Stéphane Le Doaré a trouvé des petits mots dans les enveloppes bleues. "Certains nous on écrit des poèmes, on a eu aussi un bulletin en faveur d’un certain Auguste, on ne sait pas qui c’est ! " témoigne l'élu. 

Dans la commune, 10% des électeurs ont voté blanc ou nul. Cela fait beaucoup de gens qui disent : on ne veut pas du Rassemblement national mais on ne veut pas non plus de Macron.  

Il y a eu trois fois plus de bulletins blancs ou nuls que dans une élection "classique" renseigne Thomas Frinault. Entre le Premier et le second tour de cette élection, le nombre de votes blancs a été multiplié par 4,4 dans les Côtes d'Armor, 4,2 en Ille et Vilaine, 4,25 dans le Morbihan et par 4,98 dans le Finistère.

"Ce qui est embêtant, c’est que ces bulletins ne sont pas suffisamment comptés. Les gens ont fait l’effort de se déplacer pour dire quelque chose, et on ne les écoute pas. La place des blancs et des nuls est insuffisante" insiste Stéphane Le Doaré.Ca doit nous faire réfléchir !"

"Je suis maire depuis 2014, poursuit Annie Bras-Denis. On a vu partir la perception. A chaque rentrée scolaire on tremble à l’idée de perdre une classe, il faut qu’on se batte pour conserver nos trains. Les gens sont en colère. Beaucoup ont des petits salaires et tirent le diable par la queue. Il faut que l’on rebâtisse la gauche pour redonner de l’espoir " insiste la maire en citant. trois communes autour de Plouaret : Plounérin, Trégrom ou Plougras, qui ont placé Marine Le Pen en tête. " Sinon la prochaine élection… "  l'élue laisse sa phrase en l’air. 

Les vaches, les poèmes et les bulletins blancs ont fait sourire les assesseurs le temps d'une seconde, mais les élus voient dans cette expression, un véritable mal être des électeurs. 

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