Littoral - Le magazine des gens de mer

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35 ans après, Plogoff se souvient de la contestation BZH

Les lycéens et étudiants revenus pour les vacances de février se jettent immédiatement dans la bagarre. / © Noël Guiriec - Ouest-France
Les lycéens et étudiants revenus pour les vacances de février se jettent immédiatement dans la bagarre. / © Noël Guiriec - Ouest-France

Tout au bout de la pointe du Raz, la Bretagne ne veut pas entendre parler d’un projet de centrale nucléaire, et le fait savoir. C’était il y a 35 ans. "A Plogoff, on n'est pas riche, mais heureux", entendait-on. Ouest-France revient sur l’événement. Une chronique d'Aline Mortamet

Par Aline Mortamet

Entre février et mai 1980, Plogoff était quasiment en état de guerre. Une mobilisation sans précédent. Des routes coupées, et des barrages improvisés. Et des murets de pierres, qui offraient en abondance des projectiles pour les manifestants.

En 1980, Plogoff dit non au nucléaire

Nos confrères de Ouest-France insistent notamment sur le rôle des femmes, particulièrement crucial dans ce combat. Les maris étaient souvent marins, c’était donc les épouses qui montaient les barricades. La militante écologiste Renée Conan, et la chercheuse Annie Laurent ont recueilli leurs témoignages dans un livre Femmes de Plogoff. Extraits : « Pour moi, ça a été plus dur avec les mobiles qu’avec les Allemands. Pendant la guerre, ils ne nous embêtaient pas, tandis que ceux-ci tapaient sur tout le monde, petits et grands ». Une autre : « Les hommes n’auraient pas eu la patience de rester comme ça en face des mobiles ». Ou encore : « A Plogoff, on n’est pas riche, mais on est heureux. On a l’air, on a la plage. Et depuis l’enquête, on trouve notre pays encore plus beau ».
Dès la première nuit, des barricades sont dressées sur les routes d'accès à Plogoff / © Noël Guiriec - Ouest-France
Dès la première nuit, des barricades sont dressées sur les routes d'accès à Plogoff / © Noël Guiriec - Ouest-France

L’édition spéciale Plogoff revient aussi sur quelques grandes figures, à commencer par celle de l’incontournable commandeur Jean-Marie Kerloc’h, qui était maire de la commune en ces années troublées. Et qui avait déclenché la bataille des symboles. Pour marquer le début de l’enquête publique, le drapeau national de la mairie est remplacé par un drapeau breton.
Le maire, Jean-Marie Kerloc'h arbore un lance-pierre pour affirmer que lui aussi mérite d'être arrêté. / © Ouest-France
Le maire, Jean-Marie Kerloc'h arbore un lance-pierre pour affirmer que lui aussi mérite d'être arrêté. / © Ouest-France
Ou encore ce prof de physique qui fût l’un des militants antinucléaire de la première heure, à Landerneau. Gérard Borvon organisait des cours du soir pour vulgariser le nucléaire, afin que les gens soient mieux à même d’en dénoncer ses dangers. Ou enfin le colonel de gendarmerie qui commandait les mobiles, et a livré ses souvenirs dans une revue historique de la gendarmerie en 2010 : « J’en retire une leçon, toujours la même : c’est qu’il faut rester calme. »
Un face à face entre les mobiles et les manifestants / © Noël Guiriec - Ouest-France
Un face à face entre les mobiles et les manifestants / © Noël Guiriec - Ouest-France
Replongez-vous dans des photos emblématiques, ressorties de la malle aux archives. Comme l’exemple de cette bergerie construite sur le site de la future centrale avec des moutons pour freiner le rachat des terres par EDF. Avec EDF qui avait communiqué sur son projet, avec toutes les maladresses de l’époque. A propos du complexe industriel envisagé : « Seuls les dômes dépasseront du plateau et seront visibles de la pointe du Raz. Ces dômes seront blancs, les maisons bretonnes le sont aussi.» Le tact et le chic de la communication en version 1980...

Ouest-France, Edition spéciale
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