Fañch ou l’affaire du tilde désormais raconté dans un livre

Le journaliste et historien Bernez Rouz revient, dans un livre, sur les différentes étapes de la saga autour du prénom « Fañch ». Passionné par l’histoire, il s’est appuyé sur les archives pour éclairer cet imbroglio linguistique et judiciaire.

Dès le début de "l'affaire Fañch", Bernez Rouz est allé chercher, dans la langue française, les arguments pour faire reconnaître la graphie du prénom breton.
Dès le début de "l'affaire Fañch", Bernez Rouz est allé chercher, dans la langue française, les arguments pour faire reconnaître la graphie du prénom breton.

L’histoire du petit Fañch, à qui les services de l’état civil de Quimper ont refusé l’orthographe bretonne en vertu d’une circulaire de 2014, a fait le tour du monde ou presque. Les journaux espagnols, où le tilde, cette petite vague au dessus d’une lettre est un signe particulièrement utilisé, y ont notamment consacré plusieurs articles. C’est l’un des aspects sur lesquels revient Bernez Rouz, ancien rédacteur-en-chef à France 3 Bretagne et actuel président du Conseil culturel de Bretagne, dans son livre "Fañch, le prénom breton qui fait trembler la République".

Au départ, il y a donc cette décision purement administrative, rapidement appuyée par une décision du procureur de la République de Quimper : "Admettre un ñ reviendrait à rompre la volonté de notre État de droit de maintenir l’unité du pays et l’égalité sans distinction d’origine".

Une réponse qui provoque de vives réactions du côté des défenseurs de la langue bretonne et de ses droits, et qui attire immédiatement l’attention de Bernez Rouz, fervent défenseur de la culture bretonne mais aussi très intéressé par l’histoire, notamment celle des langues.


Une plongée dans le vieux français


L’ancien journaliste a alors épluché des textes en vieux français. Résultat : le tilde est bien présent sous la plume de Ronsard, Rabelais et même du roi de France, qui écrivait le nom de son royaume Frãce. Des éléments que reprend l’avocat de la famille Bernard devant la cour d’appel de Rennes, fin 2018.
 


"Le hic est qu’il n’y a pas plus français que le tilde appelé tiltre par l’auteur du Thresor de la langue Françoyse, le grammairien Jean Nicot. Ce signe est utilisé massivement aux XVIe et XVIIe siècles. Il tombe ensuite en désuétude, suite à la chasse aux provincialismes menée par l’Académie française", écrit Bernez Rouz dans l’introduction de son livre.


Jurisprudence sans clarification


Une argumentation qui s’avère payante : la cour d’appel reconnaît que "le tilde n’est pas inconnu de la langue française". La cour de Cassation ayant rejeté le pourvoi du Parquet, cela reste la jurisprudence en la matière. "Fañch Bernard a pu garder son tilde et plusieurs familles basques ont obtenu le droit d’orthographier les prénoms de leurs enfants avec des ñ sur la base de cette décision", précise Bernez Rouz.

"Si nous étions restés sur des arguments purement liés aux langues régionales, nous aurions perdu. Là, c’est une victoire sur le terrain de la langue française surtout. Nous avons prouvé à certains que la langue française est encore plus riche qu’ils ne le pensaient.

Mais cette affaire prouve que le français  reste un sujet très sensible pour les responsables de la République, parce qu'il suffirait que le tilde soit ajouté dans la circulaire. Mais ça traîne, et appeler son enfant Fañch peut toujours vous amener devant le tribunal",
conclut Bernez Rouz.

Autant de constats et d'analyses qu'il détaille avec précision dans "Fañch, le prénom breton qui fait trembler la République", récemment paru aux Editions des Montagnes noires. Un livre dont nous parlons également dans un article en langue bretonne.
 


 
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