Après la pollution de l'Aulne, la mobilisation contre les méthaniseurs

Environ 300 personnes ont manifesté ce dimanche 30 août sur le quais de Châteaulin, le long de l'Aulne. Cette rivière a été polluée à l'ammoniaque mi-août après qu'un méthaniseur y a laissé échapper du digestat, rendant l'Aulne impropre à produire de l'eau potable. 

© S. Benchérifa - FTV
L'accident de trop ou bien une brèche dans la politique de soutien aux méthaniseurs? En tout cas, les opposants à ces installations qui produisent du méthane à partir de résidus agricoles sont bien décidés à ne pas laisser passer l'accident de Châteaulin. 
 
Inaugurée en 2018  la centrale biogaz de Kastellin, à Châteaulin, injecte dans le réseau gazier du méthane produit à partir de fumier, de lisier, de déchets de l'industrie agro-alimentaire et de cultures. Le digestat, matière organique issue du processus de méthanisation, sert ensuite de fertilisant épandu sur les terres agricoles. 
Inaugurée en 2018  la centrale biogaz de Kastellin, à Châteaulin, injecte dans le réseau gazier du méthane produit à partir de fumier, de lisier, de déchets de l'industrie agro-alimentaire et de cultures. Le digestat, matière organique issue du processus de méthanisation, sert ensuite de fertilisant épandu sur les terres agricoles.  © G. Bron FTV


Mardi 18 août, une cuve de digestat, des déchets organiques qui servent à produire du méthane, se déversait dans l'environnement, rejoignant le fleuve côtier Aulne, situé à proximité. Environ 400 m3 de cette substance composée de lisier, de fumier et de déchets de l'industrie agro-alimentaires, mais aussi de résidus de cultures, ont contaminé la rivère, la rendant impropre à produire de l'eau potable, notamment à cause de la concentration d'ammoniaque contenue dans le digestat.
 

51 communes privées d'eau


Pendant plusieurs jours, près de 180 000 Finistériens, et jusqu'à 51 communes, ont été privés d’eau potable. Finalement, le 23 août, la préfecture du Finistère a assuré que l’eau était à nouveau potable et que les restrictions d’usage de l’eau étaient levées. 

Enquête administrative


La centrale biogaz de Kastellin fait l'objet d'une enquête administrative, menée par les agents de la DREAL (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement, et du logement).
Mais les écologistes qui s'opposent à ces installations ne l'entendent pas de cette oreille. Ils réclament un moratoire sur toute nouvelle installation, et un renforcement des mesures de surveillance de celles déjà existantes. 

 
Le manifeste pour un moratoire sur le développement des méthaniseurs est signé par une vingtaine d'associations de défense de l'environnement, comme Eau et Rivières, Bretagne vivante, les Faucheurs volontaires du Finistère, et par le syndicat d'agriculteurs Confédération paysanne.
Le manifeste pour un moratoire sur le développement des méthaniseurs est signé par une vingtaine d'associations de défense de l'environnement, comme Eau et Rivières, Bretagne vivante, les Faucheurs volontaires du Finistère, et par le syndicat d'agriculteurs Confédération paysanne. © S. Benchérifa - FTV

  Les opposants aux méthaniseurs estiment que ces installations, subventionnées par l'Etat et les collectivités locales, signalent la priorité donnée à un "élevage hors-sol, généralement intensif" où les bêtes (vaches, cochons, volailles) sont concentrées, sans que l'exploitation agricole ne dispose de terres suffisantes pour épandre leurs déjections.
 

Excédent structurel de déjections animales


Les défenseurs des méthaniseurs soulignent, quand à eux, que la méthanisation permet de valoriser les déjections animales.

L'évacuation de ces excréments est nécessaire, la Bretagne étant considérée comme "structurellement excédentaire" en déjections, selon la formule de la DREAL (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement, et du logement). Ces déjections riches en azote, qui se transforme en nitrates, nuisent à la qualité de l'eau (celle des cours d'eau fournit les deux tiers de l'eau potable consommée en Bretagne), et participent au phénomène des algues vertes sur le littoral.

La Bretagne, première région d'élevage en France, est confrontée aux enjeux qui en découlent.
 
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