Apnéistes : ils travaillent leur souffle... pendant que d'autres le retiennent

Coupés de leur élément naturel, l’eau sous toutes ses formes, en piscine et en mer, les apnéistes doivent s’adapter à un univers rétréci. Obligés de travailler leur corps et leur mental au sec, comme Olivier Blaevoet, champion de Bretagne d’apnée dynamique bi-palmes.
 

Olivier Blaevoet aux championnats de France de nage dynamique sans palmes (2018)
Olivier Blaevoet aux championnats de France de nage dynamique sans palmes (2018) © Gmap

Les sorties en mer redémarrent habituellement en avril. Un supplice pour Olivier Blaevoet. Il habite à une dizaine de kilomètres du littoral. Son horizon se limite aux haies de son jardin.

C’est frustrant. J’éprouve une telle sensation de plénitude dans l’eau, de liberté dans les mouvements. Je glisse dans l’eau, c’est viscéral ! Olivier.

De quoi déchanter, revenu et retenu à terre.


Un entraînement de terrien


Du jour au lendemain, tout s’est figé pour cet apnéiste : ses entraînements intensifs en bassin, ses plongées à plus de 40 mètres, en mer, et son projet de participer aux championnats de France qui tombe à l’eau !

Olivier Blaevoet, du Groupement Manche Atlantique Plongée (GMAP) de Brest, était parmi les favoris. Il n’aura pas compté ses efforts pour atteindre son record en apnée dynamique bi-palmes : 150 mètres en 3 minutes. Une discipline qui implique de parcourir la plus grande distance possible en une seule inspiration.

Olivier_DYN144m_bipalmes from Arnaud Constans on Vimeo.


Après huit années de pratique assidue, il est devenu entraîneur dans son club. Une sacrée ascension. Pour se familiariser avec les profondeurs, il s’est entouré des grands noms de l'apnée en mer, Vincent Mathieu et Frédérico Mana. Plus rien ne semblait l’arrêter
durée de la vidéo: 00 min 23
Olivier Blaevoet à l'entraînement
 

Une nécessaire adaptation


Comment passer de six heures d’apnée hebdomadaires sous l’eau, en statique et dynamique, à un entraînement de terrien ?

Heureusement, un bon apnéiste est avant tout un bon sportif, et l’entraînement lui est déjà familier. Chaque jour, Olivier veille à perfectionner son endurance et à renforcer ses muscles, un bon allié du souffle : vélo d’appartement, gainage et course à pieds.

L’apnée à sec lui est aussi familière. Sur le bord du bassin, elle précède souvent le travail dans l’eau. A domicile, Olivier la pratique religieusement. "C’est indispensable quand on veut reprendre ", clame-t-il.

Allongé sur un tapis, j’effectue des exercices similaires à ceux que je pratique en piscine. Comme, par exemple, le fait de faire un départ toutes les deux minutes, en y incluant la récupération. Olivier Blaevoet

Il ne se prive pas, non plus, de travailler en hypercapnie sur son vélo, c’est-à-dire en augmentant son taux de CO2 dans les poumons. Il s’exerce à rester, ainsi, en apnée sur 30 à 40 secondes, puis retrouve sa respiration pendant une minute.

Un exercice qui lui permet de conserver la souplesse de sa cage thoracique et de son diaphragme.
Olivier, en entraînement sur son vélo
Olivier, en entraînement sur son vélo © Florence Malésieux

Olivier connaît bien ses limites, ce qui n’est pas toujours le cas des apnéistes amateurs.

Il met en garde contre certains tutoriels qui fleurissent sur la toile pour guider l’apnéiste isolé chez lui ; il invite à la plus grande prudence et encourage l’écoute de soi.

"Continuer à rester humble et honnête avec soi-même, comme dans les grandes profondeurs, c’est le secret", avoue-t-il.

« L’apnée est un sport exigeant physiquement et mentalement, et à vouloir forcer, on a toutes les chances de mettre son organisme en difficulté. » Par contre, les tutos faits par des professionnels reconnus sont bienvenus !


Les grands sportifs s’invitent dans notre salon, aujourd’hui !

 

La relaxation par la méditation et le yoga : une bouffée d’oxygène !


« Rien ne vaut le plaisir d’évoluer dans l’eau », répète Olivier. Mais confinement oblige, il s’accroche à ces pratiques précieuses qu’il connaît déjà. Là encore, tout apnéiste sait travailler son mental.

Le rendez-vous avec sa professeure de yoga Iyengar, Charlotte Lechevallier, est devenu encore plus incontournable.
Deux à trois fois par semaine, il assiste à une séance qu’elle propose gracieusement à ses élèves par internet. Pour maintenir le lien.

Selon Olivier, c’est un point d’ancrage essentiel pour savoir lâcher prise et améliorer la fluidité entre le corps et l’esprit.
 
Oliver, en séance de yoga avec sa professeure, Charlotte Le Chevallier
Oliver, en séance de yoga avec sa professeure, Charlotte Le Chevallier © Florence Malésieux

Quant à la visualisation grâce à la méditation, elle lui permet tout au long de l’année de se mettre en situation avant une compétition et d’imaginer l’objectif à atteindre. Aujourd’hui entre quatre murs, elle rend le sevrage de l’élément liquide plus doux. Elle l’aide à s’imaginer tel un poisson dans l’eau.

Les descentes en mer participent à mon épanouissement. La visualisation me permet de conserver une réponse adaptative par mon cerveau, qui est capable d’enregistrer des souvenirs et de les associer à des émotions.

Un temps où on opère le vide en soi, comme en apnée… pour mieux retrouver ses ressources. Cette privation de liberté due au confinement ne permet-elle finalement pas de se recentrer sur soi-même et de vivre l’instant présent ?
 

Prudence pendant et après le confinement !


Olivier, comme tous ses camarades, n’a qu’une peur : attraper ce fameux virus, le Covid-19. Ce qui mettrait une fin brutale à sa pratique sportive ! Des lésions aux poumons seraient préjudiciables à son aptitude à plonger dans les abysses.

Plus que jamais, il joue la carte de la prudence. Il espère retrouver rapidement les sensations de glisse et de plongée en rade de Brest et en mer d'Iroise.
 
Olivier, en stage en Grèce avec Vincent Mathieu, à 32 mètres de profondeur
Olivier, en stage en Grèce avec Vincent Mathieu, à 32 mètres de profondeur © Gmap

Il sait aussi que le retour à l’eau devra être progressif.

"Si nos poumons ou nos tympans ne sont pas préparés à subir la pression, explique Olivier, le risque est le déchirement. Pour les tympans, la douleur est un bon indicateur et ils savent nous alerter. Par contre, pour les poumons, il est très difficile de ressentir la douleur, car ils sont dénués de nerfs. Et là, l’accident peut arriver…"

En attendant, Olivier s’impose une sacrée discipline de vie, pour retrouver l’ivresse des profondeurs, en toute sécurité. Comme tous, il scrute les prochaines décisions en matière d'activités nautiques.

"Le départ de l'activité peut se faire autrement qu'en partant d'une plage, tout en respectant les gestes barrières." invoque-t-il.
 
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