Jules Diatta droit devant : le foot, le métier d'avocat, et la mémoire du père

Jules Diatta a tenu la promesse de ses 15 ans. Arrivé en France en 2009, le footballeur de Plabennec est devenu avocat. En 2002 au Sénégal, il avait perdu son père dans le naufrage du Joola. La catastrophe avait fait près de 2000 morts. Et "justice n'avait pas été faite". 

 

Jules Diatta, le footballeur avocat. Avec sa thèse, "le navire et sa fin"
Jules Diatta, le footballeur avocat. Avec sa thèse, "le navire et sa fin" © GLM/FTV

En décembre dernier, Jules Diatta a prêté serment. A 34 ans, l’attaquant du Stade Plabennecois est devenu avocat. L'aboutissement de longues années d’études commencées au Sénégal et achevées à Brest. Où il avait débarqué en 2009, sur les traces de son père. 


Blessure d'enfance


L'histoire commence par une blessure d'enfance. "J'ai perdu mon père quand j'avais 15 ans, dans la catastrophe maritime du Joola, raconte Jules Diatta. C'était un ferry qui faisait la liaison entre Dakar et la région de la Casamance, le sud du Sénégal. Il a sombré le 26 septembre 2002, au large de la Gambie"

Le père de Jules, qui était dans la Marine nationale sénégalaise, faisait partie de l'équipage. "On n'a jamais retrouvé son corps, poursuit Jules. Il fait partie des 1863 morts et disparus du bilan "officiel". Mais il y a sans doute eu encore plus de victimes".

"Le bateau calibré pour 550 personnes était surchargé, il n’était pas en bon état, et il a chaviré dans la tempête. Les secours sont arrivés très très tard. Il y a eu très peu de rescapés."

 

Jules Diatta droit devant : le foot, le métier d'avocat et la mémoire du père ©France 3 Bretagne

 

Justice n'a pas été faite

 

Quasi vingt ans plus tard, celui qui est donc désormais avocat, explique qu'à l'époque, le Sénégal, n’a pas tiré les enseignements de la catastrophe. "On a fait reposer l’entière responsabilité du naufrage sur le capitaine du navire, qui avait péri dans la catastrophe. On n’a pas cherché à établir les véritables responsabilités. Et elles étaient multiples. Justice n'a pas été faite".
 

L'épave du Joola. Septembre 2002.
L'épave du Joola. Septembre 2002. © MARINE NATIONALE / AFP


Et c’est cette douleur, doublée d'un sentiment de frustration, qui a poussé Jules à vouloir entreprendre des études de droit, maritime notamment, pour "faire en sorte que ce genre de catastrophe puisse être évité. Et le Sénégal ne dispose pas encore de beaucoup de spécialistes en la matière".

 

Etudes à Brest, là où son père avait fait l'Ecole navale


Après quatre années d’études au Sénégal, Jules est venu en 2009 poursuivre son cursus en France, à Brest. 

"J’aurais pu aller à Aix ou au Havre, mais j’ai voulu Brest parce que c’est ici que mon père était venu faire l’Ecole navale au cœur des années 90. Je voulais être sur ses traces, c'était une façon de lui rendre hommage".
 

Le père de Jules Diatta, à l'Ecole navale dans les années 90
Le père de Jules Diatta, à l'Ecole navale dans les années 90 © DR

        

Son père était aussi... footballeur


Désormais avocat, Jules Diatta collabore à un cabinet brestois, enseigne à la fac, en droit maritime, et compte aussi monter un cabinet au Sénégal. "J'aimerais faire ma carrière dans les deux pays, c'est une chance d'avoir un pied de chaque côté."            

En attendant, à bientôt 35 ans, il termine doucement sa carrière... de footballeur à Plabennec. Sous l'oeil admiratif de son coach Gwen Servais. "Sa réussite professionnelle est exemplaire. Mais sur le terrain aussi, son parcours est incroyable".

"Quand il est arrivé en France à 22 ans, souligne l'entraîneur finistérien, Jules n'avait jamais joué dans un club. Il a commencé au niveau district , avant de passer par Milizac, et de nous rejoindre au Stade Plabennecois. Jouer en Nationale 2 quand on a commencé le foot si tard, c'est très rare !"

Question de génétique peut-être. "Mon père aussi était un footballeur, sourit Jules Diatta. Il a évolué en première division au Sénégal. C'était un attaquant comme moi. Mais je ne l’ai jamais vu jouer."  
 

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