JUSTICE. Un chauffeur de taxi de Brest soupçonné d'avoir fait fortune sur le trafic de cocaïne jugé en appel

La cour d'appel de Rennes a jugé à nouveau, ce vendredi 10 mars 2023, un chauffeur de taxi de Brest. Il avait été condamné à six ans de prison pour des faits de trafic de cocaïne et de blanchiment d'argent.

La cour d'appel de Rennes a jugé à nouveau, ce vendredi 10 mars 2023, un chauffeur de taxi de Brest  qui avait été condamné à six ans de prison pour des faits de trafic de cocaïne et de blanchiment d'argent.

Pour rappel, l'homme, âgé de 49 ans, avait été condamné par le tribunal correctionnel de Brest le 17 novembre 2022. C'est un "renseignement anonyme" qui avait mis les enquêteurs sur la piste de ce chauffeur de taxi déjà condamné pour trafic de stupéfiants. "Géolocalisation" et "sonorisations de voiture et du domicile" avaient donc été mises en place. 

Il avait été interpellé après qu'une "mule" soit arrivée à Brest en mars 2022 : un jeune d'Orléans (Loiret) "transportait de la cocaïne dans son ventre contre 7.500 euros".

Le chauffeur de taxi s'était vu remettre "un ovule de cocaïne" et avait finalement été interpellé le 5 mars 2022. Il avait alors affirmé avoir "donné 21.000 euros en liquide pour 123 boulettes de cocaïne de 8 g". De l'argent provenant de son "activité non déclarée de commerçant ambulant sur les marchés" avait-il déclaré.

Achats de maisons

Près d'un kilo de "produit de coupe" avait été découvert chez lui et son patrimoine avait largement été étudié : le chauffeur de taxi avait notamment fait une demande de logement social entre la vente d'un bien immobilier et un futur achat. 

Ces achats de maisons à Brest avaient attiré l'attention des enquêteurs. Le quadragénaire certifiait "avoir fait fructifier [ses] gains de jeu aux paris sportifs", ce qui lui avait permis de "monter une petite caisse" et finalement d'acheter plusieurs biens immobiliers sur lesquels il a opéré "des travaux qui lui ont permis de réaliser de fortes plus-values".

Il avait notamment acheté une petite maison dans le centre-ville de Brest pour 10.000 euros. Il l'avait revendue 100.000 euros et acquis un premier bien grâce aux paris sportifs. 

"J'ai fait un bon coup, j'ai bien acheté" a donc répété cet homme lors de l'audience devant la cour d'appel de Rennes, alors qu'il comparaissait de nouveau pour des faits de "blanchiment" de l'argent provenant du "travail dissimulé".

"Double comptabilité"

Il tenait en effet "une double comptabilité" de son activité de chauffeur de taxi. Il  est également propriétaire d'un bateau et de deux véhicules. Des comptes en banque à son nom et au nom de son ex-compagne ont également donné lieu à "la saisie de 450.000 euros outre sa licence de taxi".

Pour sa défense, le prévenu a répété qu'il travaillait "depuis très longtemps", qu'il n'était "pas dépensier" et qu'il avait simplement "mis de l'argent de côté" pour se constituer un tel patrimoine.

L'avocat général a pour sa part réclamé "la confirmation" de la peine prononcée en première instance, alors que le parquet de Brest avait initialement requis huit ans de prison ferme. 

Plus de 500.000 euros de saisies en jeu

Me Elma Kraisnik, l'avocate de ce chauffeur de taxi, a pour sa part rappelé que l'enquête était allée "très vite". "Et vite et bien, ça va rarement ensemble" a-t-elle ajouté. Selon elle, "on se contente d'hypothèses" dans ce dossier où des "relaxes partielles" sont intervenues sur la durée de la prévention. L'avocate a donc réclamé à la cour de "ne pas confirmer cette peine de six ans"

Son confrère, Me Jérôme Stéphan - qui assurait également la défense du prévenu - a d'ailleurs fait valoir que "tout ce qui est antérieur à 2015 dans la dissimulation de son travail dissimulé est aujourd'hui prescrit".

L'avocat a demandé aux juges de faire preuve de "proportionnalité" concernant les saisies : le patrimoine de son client s'est "constitué sur sept années" et "notamment par des plus-values qui n'ont rien d'illicites et qui ont même généré le règlement d'impôts". Il s'agirait donc selon lui d'une "atteinte disproportionnée à son droit de propriété si l'intégralité de son patrimoine était confisquée", à hauteur de plus de 500.000 euros au total.

La cour d'appel de Rennes, qui a mis sa décision en délibéré, se prononcera dans un mois environ.

(Avec CB/PressPepper)