L'association Assistance et recherche de personnes disparues, un recours pour des familles bouleversées

Près de 60 000 personnes disparaissent en France chaque année. Pour accompagner leurs proches confrontés à l'absence, l’association Assistance et recherche de personnes disparues apporte son soutien. La Brestoise Pascale Bathany en est la présidente depuis quatre ans.

Lors de disparitions inquiétantes, des battues sont organisées, impliquant gendarmes et citoyens, comme ici à Montfort-sur-Meu où des recherches ont été menées pour retrouver Magali Blandin en février 2021. Son mari a fini par avouer l'avoir tuée.
Lors de disparitions inquiétantes, des battues sont organisées, impliquant gendarmes et citoyens, comme ici à Montfort-sur-Meu où des recherches ont été menées pour retrouver Magali Blandin en février 2021. Son mari a fini par avouer l'avoir tuée. © PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP

"Vous vous rendez compte le chaos que représente une disparition ? Cela vous assomme complètement." Tous les ans, des personnes disparaissent. Tous les ans, Pascale Bathany continue de se battre pour qu’elles ne soient pas oubliées, et que surtout leurs proches soient entendus, accueillis dans leur détresse.

Depuis 2003, cette Finistérienne s’est engagée au sein de l’association Assistance et recherche de personnes disparues (ARPD) créée par Thierry Coulon, après avoir lu un article dans la presse.

La famille de Pascale a vécu deux disparitions, des enfants de ses cousins, avec une issue dramatique. "C’était mon premier constat personnel, sur la façon dont étaient gérées les choses" se rappelle-t-elle, regrettant qu’aucunes recherches n’aient été menées, lesquelles peut-être auraient pu empêcher le pire.

Elle développe l’activité de l’association en Bretagne, finit par en devenir la vice-présidente pendant 11 ans, puis la présidente. L’ARPD compte aujourd’hui 170 adhérents, avec un représentant par région. Tous sont bénévoles. Dans les rangs, d'anciens gendarmes ou policiers.

Les membres du bureau de l'ARPD (Assistance et recherche de personnes disparues) A gauche en haut : Delphine Darbonnel, trésorière nationale et Brigitte Perrigault, coordinatrice technique. En bas à gauche, Pascale Bathany, présidente et 
Bernard Valezy, vice-président de l'association.
Les membres du bureau de l'ARPD (Assistance et recherche de personnes disparues) A gauche en haut : Delphine Darbonnel, trésorière nationale et Brigitte Perrigault, coordinatrice technique. En bas à gauche, Pascale Bathany, présidente et Bernard Valezy, vice-président de l'association. © DR


Que met-elle derrière les termes "disparition inquiétante" ? "Nous, c’est d’abord par rapport à ce que nous raconte l’entourage. Cela devient inquiétant quand il y a une pathologie, une maladie mentale, une maladie avec un traitement en cours, ou quand on se rend compte que les gens sont sous influence", précise Pascale.

L’ARPD se fixe cependant des limites : "Si cela va trop loin, que l’on constate que cela peut-être lié à du trafic ou du terrorisme, on ne gère pas. On transmet à des services compétents." Elle évoque aussi la situation des mineurs, des fugues et de la montée de la prostitution infantile depuis plusieurs années. Quand on l’interroge sur les disparitions volontaires, elle répond qu’il y en a quelques-unes. 


Accompagner l’entourage

L’ARPD aide les familles, les prend en charge, leur explique ce qu’il faut faire. Le premier acte, c’est signaler la disparition. "Cette déclaration, on doit les aider à la faire aboutir auprès de la police ou des gendarmes. Il faut que ces disparitions apparaissent dans le fichier des personnes recherchées (FPR)."

Pascale Bathany regrette l’accueil dans les commissariats ou gendarmeries. Surtout lorsque les disparus sont des personnes majeures. "L’argument, c’est qu'elles font bien ce qu’elles veulent""De manière générale, les proches ne sont pas informés des investigations. On dit aussi qu’on ne fait rien avant 48 heures, comme dans les séries américaines alors qu’on sait que les premières heures sont déterminantes."

La prise en compte de ces dernières est devenue plus complexe depuis l’abrogation de la Recherche dans l’intérêt des familles (RIF) par Manuel Valls en 2013. Ce dispositif permettait alors aux familles de retrouver un proche disparu avec l'aide de la puissance publique.

On se dit toujours que cela n’arrive qu’aux autres, on se demande ce que l’on n’a pas vu. Chaque matin, on se réveille en y pensant. Ne pas savoir, c’est ça le pire.

Pascale Bathany

Pascale Bathany monte les dossiers et les distribue à son équipe. Avec l’accord des familles, elle publie des photos. Récemment, le cas de Céline Vervaele, disparue à Rennes depuis le 13 mars est remonté jusqu'à l'association.

Les bénévoles tentent de remonter le fil. Souvent, ils se rendent sur le terrain. Un travail collaboratif existe avec des associations de chiens de recherches.

Les réseaux sociaux peuvent devenir une source d’information mais Pascale tempère : "Cela peut nous aider mais c’est aussi une plaie parce que tout le monde s’y autoproclame détective privé, cela pollue et cela attire des gens malsains." Sur le site de l’ARPD, une rubrique est spécialement dédiée aux exploiteurs de détresse.

Dans sa démarche, Pascale veille à ne pas mentir à ceux qu'elle reçoit. "Au cours des échanges, je passe des messages, je dis d’emblée qu’il y a plusieurs scénarios possibles." Au bout de 15 ans, elle constate que rien n’est jamais limpide, "on ne connaît jamais vraiment les gens, même dans sa propre famille."

"On n’est pas là pour faire le travail des autorités", rappelle-t-elle. Ce travail résonne tout de même. Lorsque Nordahl Lelandais a avoué avoir tué Arthur Noyer, l'ARPD a fait des regroupements dans ses dossiers, "de gens qui l'ont croisé".  Ses rapprochements ont mené à la création de la cellule Ariane au sein de laquelle sept enquêteurs du pôle judiciaire de la gendarmerie nationale ont été mobilisés pour examiner le passé de l'ancien militaire

L’association réclame des changements sur la gestion des disparitions, elle a émis 33 propositions. "On voudrait un fichier unique pour les personnes disparues, pas mélangé à celui des personnes recherchées, un fichier aussi pour les enfants."

Pascale Bathany ne lâche pas. "Tant que les familles ne seront pas considérées comme des victimes, je resterai." 

 

Je me suis senti compris et rassuré par les mots de l'ARPD.

Michel, dont la femme est portée disparue depuis 2014

Michel vit dans le Tarn-et-Garonne. Il accepte de raconter l'absence qui le taraude tous les jours, celle de sa femme Annie. "On s'est rencontrés en 1984 et on s'est mariés en 2009" sourit-il. Après des problèmes de santé qui la contraignent physiquement en 2012, la dépression la gagne peu à peu.

Des petites phrases reviennent à Michel, prononcées un peu avant sa disparition. "Elle m'a dit 'je ne suis pas bien, il faut que je m'en aille'." Le 17 juin 2014, la mère d'Annie appelle Michel et annonce : "Elle est partie". Annie a alors 70 ans. 

Sur le moment, son mari se lance à sa recherche, se rend sur les lieux où elle pourrait se trouver. Il appelle très vite les secours. Gendarmes et pompiers répondent présents. Des moyens sont déployés : caméra thermique, hélicoptère. Les chiens perdent sa trace sur un parking, comme si elle était montée dans une voiture. Quelqu'un dit l'avoir vue avec deux sacs.

Pendant deux semaines, les gendarmes restent mobilisés. Michel fait appel à la presse. Trois témoignages concordants la signalent. "Elle a pris sa trousse à maquillage, sa trousse de toilettes, j'ai du mal à croire qu'elle ait pris avec elle ses affaires pour se suicider"  lâche Michel.

L'enquête patine. Chez qui Annie aurait-elle pu aller ? Michel fait allusion à une amie, mais on lui apprend qu'elle est décédée. Sauf qu'un jour, cette amie le contacte, bien vivante. Entre temps, il dit recevoir des coups de fil anonymes. La gendarmerie refuserait de lui en dire plus sur la provenance de ces appels.

"J'ai l'impression qu'on me cache quelque chose." Il finit par signer une décharge chez les gendarmes. L'affaire est mise en sommeil, faute d'éléments nouveaux. Depuis rien n'a bougé. "Je me sens responsable d'une certaine manière, même aujourd'hui" souffle-t-il. 

Je ne me fais pas d'illusion, il faut s'attendre à tout même si j'ai un tout petit espoir. Si elle est vivante et qu'elle ne veut pas revenir, je veux juste savoir, mettre un terme à cette situation qui commence à me peser.

Michel

Plus tard, Michel demande à avoir accès au dossier, assisté d'un avocat. Il y a trois ans, il rentre en contact avec l'ARPD. "Un soir, je me suis dit, 'il faut trouver quelqu'un qui t'aide'." Ghislaine, représentante de l'ARPD pour sa région vient à sa rencontre plusieurs fois. Avec lui, elle va tout reprendre. 

Depuis les débuts de l'ARPD, 500 familles ont été aidées, avec des résultats, "en retrouvant les personnes mortes ou vivantes" souligne Pascale Bathany. "Actuellement, on a 220 dossiers en cours, plus une centaine de dossiers très anciens (le plus vieux remonte à 1976)."

 

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