L'Ifremer de Brest observe les mystères des abysses à travers jeux et vidéos

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Écrit par CJ avec Manon Le Charpentier

L'année dernière, le chef de l'Etat a décidé de consacrer 300 millions à l' exploration des abysses. Les profondeurs marines, plus vaste écosystème de la planète, sont étudiés à l'Ifremer de Brest, où les chercheurs tentent d'en percer les mystères. Il y a les explorations annuelles, et de nombreux programmes de recherche. Ils font aussi appel, et c'est plus étonnant, à des jeux vidéo.

On appelle cela un serious game, en français : un jeu sérieux. Il s’agit d’aider les chercheurs à mieux comprendre la faune des abysses. Devant  un écran, deux membres de l'Ifremer de Brest en font l'expérience : "là tu retrouves toutes les espèces, moules ,crevettes..." explique l'un d'entre eux,  "le jeu est assez intuitif".

Il faut repérer les animaux sur des milliers de clichés captés dans les grands fonds. 1400 joueurs y ont déjà participé. Ce qui permet d'aider les scientifiques à traiter une masse de données.


Marjolaine Matabos, chercheuse en écologie benthique au centre Ifremer de Brest-Plouzané, explique : "il faut cliquer sur les animaux, ça nous permet de les mesures, de mesurer les surfaces. Tout le monde peut se connecter et nous aider à noter ces images puisqu'on en reçoit plusieurs minutes par jour dans l'Atlantique et également  du Pacifique. Ainsi, ce sont des milliers d'heures de vidéos qu'on a accumulées depuis 2010"

Un observatoire pour récupérer des vidéos dans les profondeurs abyssales

Cette masse de clichés provient entre autre d’un observatoire installé au large du Portugal, à 1 700 m de profondeur. Depuis 10 ans, il a déjà enregistré près de 360 heures de vidéo, tout en réalisant des relevés chimiques et sismiques quotidiens. 

"Ces donnés sont un plus, car pour lancer une mission océanographique, il faut de gros moyens : un bateau, un sous-marin, un équipage et du temps en mer. Ces vidéos nous permettent d'acquérir des données et des résolutions plus nombreuses qu'avec une mission océanographique" précise la jeune femme.

Grâce à cet observatoire, Marjolaine Matabos et ses collègues ont pu, par exemple,  identifier un comportement étonnant chez les moules abyssales .

Sur les images, on a regardé toutes les quatre heures si les moules étaient ouvertes ou fermées. On s'est rendu compte que leur comportement suivait le rythme des marées. sans doute à cause de l'inversion des courants: c'était une découverte inattendue.

Marjolaine Matabos, chercheuse Ifremer Brest

Cet observatoire a été installé sur une zone foisonnante de vie où l’activité géologique est intense. C’est ce qu’on appelle un site hydrothermal. Il en existe plus de 700 dans le monde.