Mort de Clément Méric : deux ex-skinheads jugés en appel

Une marche à Paris le 2 juin 2018, pour commémorer le cinquième anniversaire de la mort du jeune militant d'extrême gauche Clément Méric / © LUCAS BARIOULET / AFP
Une marche à Paris le 2 juin 2018, pour commémorer le cinquième anniversaire de la mort du jeune militant d'extrême gauche Clément Méric / © LUCAS BARIOULET / AFP

Condamnés en première instance à 11 et 7 ans de prison, deux ex-skinheads impliqués dans la mort de l'étudiant breton antifasciste Clément Méric, tué lors d'une rixe en 2013, seront jugés en appel devant les assises de l'Essonne. Le principal accusé est absent, le procès est reporté au 10 décembre.

Par AFP


Le procès en appel de deux ex-skinheads impliqués dans la mort du militant antifasciste Clément Méric lors d'une rixe à Paris en 2013, qui devait débuter ce lundi à Evry, a été reporté à mardi en raison de l'absence de l'un des accusés.

Esteban Morillo, condamné à 11 ans de prison en 2018 par la cour d'assises de Paris, a été dans "l'impossibilité" de se rendre sur place à cause du mouvement de grève contre la réforme des retraites qui perturbe fortement les transports, a expliqué son avocat Me Antoine Maisonneuve à la cour d'assises de l'Essonne. Le contrôle judiciaire d'Esteban Morillo lui impose de demeurer dans l'Aisne. Le second accusé, Samuel Dufour, condamné à 7 ans de prison en première instance et résident actuellement à Amiens, était, lui, présent. Le procès doit durer deux semaines.

L'enjeu principal de ce nouveau procès pour Esteban Morillo, le plus lourdement condamné par la cour d'assises de Paris en septembre 2018 : obtenir une "diminution significative" de sa peine, dit son avocat Patrick Maisonneuve.
           
La cour l'avait déclaré coupable d'avoir frappé Clément Méric, étudiant brestois de 18 ans, avec un poing américain. Lui, 20 ans à l'époque, a toujours admis avoir asséné "deux coups", mais à mains nues.


Le 5 juin 2013, l'étudiant breton s'écroule sur le bitume parisien

           
Le 5 juin 2013 en fin d'après-midi, un petit groupe de jeunes militants d'extrême gauche se trouve dans un appartement du centre de Paris pour une vente privée de vêtements Fred Perry. Arrive un deuxième petit groupe de jeunes. L'un porte un t-shirt "White Power", un autre un t-shirt "100 % pure race". "Les nazis viennent faire leurs courses ?", dit l'un des jeunes "antifas".
           
La suite, ce qu'il se passe entre le moment où les jeunes se toisent et s'invectivent dans l'appartement et celui où Clément Méric s'écroule sur le bitume de la rue très passante une demi-heure plus tard, est couverte de zones d'ombres. Les versions des participants, des témoins et des expertises divergent ou se contredisent.


Clement Méric se remettait d'une leucémie

           
Ce qui est certain, avait dit l'avocat général lors du procès en première instance, c'est que "la bataille aurait pu être évitée" si les skinheads n'avaient pas choisi, en sortant du showroom, d'aller "droit" sur les jeunes antifascistes qui patientaient dans la rue. Clément Méric, qui se remettait d'une leucémie, ne représentait "aucun danger" pour eux.
            

"Sauvagerie inadmissible", selon l'avocat général en premiere instance


L'agression, qui ne dure que "sept secondes", est d'une sauvagerie inadmissible", avait-il dit. Les skinheads avaient eux décrit leur "peur", dit s'être sentis "menacés" voire "traqués" après avoir été prévenus qu'on les attendrait "à dix" en bas.
           
"Ils les attendaient. Ce n'était pas pour leur dire bonjour", soutient aujourd'hui Me Maisonneuve qui espère que ce second procès montrera que le groupe de Méric était "à l'initiative" de l'affrontement. "Ils voulaient en découdre, comme c'est le cas depuis 10 ans dans ce genre de confrontations" entre "antifas" et skinheads.
           
La mort du jeune homme avait choqué l'opinion et fait ressurgir le spectre des violences d'extrême droite, poussant le gouvernement à dissoudre plusieurs groupuscules d'ultradroite, notamment Troisième voie, dont les accusés étaient proches.
           

Deux nouvelles semaines de procès


A l'énoncé du verdict en première instance, Esteban Morillo, qui avait depuis la rixe "changé de vie" et fait recouvrir le "Travail, famille, patrie" qui tatouait son bras, était resté stoïque. Samuel Dufour, apprenti boulanger de presque 20 ans au moment des faits, était d'abord resté sidéré, avant de fondre en larmes.
           
Si ce dernier n'a pas frappé Méric, l'avocat général avait cependant estimé qu'il avait empêché ses camarades de lui venir en aide en se battant avec eux. "Vous ne pouvez pas condamner Dufour pour ce qu'il n'a pas fait !" s'était insurgé son avocat. Sa défense n'a pas souhaité s'exprimer avant le début du procès en appel.

Les parents de Clément Méric, qui ne souhaitent pas non plus s'exprimer, avaient dit leur soulagement devant une décision qui avait "établi des responsabilités et fait un sort aux mensonges concernant le comportement de Clément. Il y a eu des agresseurs et des agressés, ils ne sont pas renvoyés dos à dos, comme cela a été le cas depuis cinq ans", avait déclaré son père.

 

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