Mort du rorqual Kalon : les causes des trois échouages interrogent toujours

Le troisième rorqual retrouvé mort sur l'île Tristan à Douarnenez est bien Kalon. Il avait pu retrouver la mer après l’intervention des équipes de Sea Shepherd. Comme redouté, il n’a pas survécu. La mort de ces trois grands mammifères interroge.

“Je suis allée le voir. J’ai pu constater que le rorqual mort est bien Kalon” lâche dépitée Lamya Essemlali présidente de Sea Shepherd. L’ONG de défense des océans avait mis les bouchées doubles pour réussir à faire regagner la mer au troisième rorqual échoué sur une plage du Finistère au cours du mois de septembre.

Le 20 septembre, le rorqual baptisé Kalon, courage en breton, avait réussi à repartir. Le grand mammifère fatigué, et sans repère, n’est pas sorti de la baie de Douarnenez. Son corps a été retrouvé mort, le 27 septembre, sur la plage Tristan à Douarnenez.

Sea Shepherd interroge les raisons de ses nombreux échouages de rorqual

Trois rorquals échoués en un mois sur une plage du Finistère. Le premier cétacé, de près de 20 mètres et 20 tonnes, retrouvé mort sur l’île de Sein le 2 septembre 2022 avait surpris les scientifiques du parc marin d’Iroise.

Une semaine plus tard, le 10 septembre 2022, un deuxième rorqual est retrouvé échoué sur la plage de Kermabec. Ce cétacé de 16 mètres, présentait un amaigrissement important, mais aucune cause de son échouage ne pouvait être mise en avant par les scientifiques l’ayant ausculté.

Moins de dix jours plus tard, le 19 septembre 2022, c’est un troisième rorqual qui s’échoue sur la plage de Ty Anquer, sur la commune de Ploeven. Depuis plusieurs jours, des vacanciers l’avaient aperçu dans la baie de Douarnenez.

C’est ce troisième rorqual, le plus petit, que Sea Shepherd avait aidé à reprendre la mer, le lendemain de son échouage, grâce à une tractopelle amenée sur la plage. L’engin avait permis de creuser un chemin vers la mer.

Ce troisième rorqual, baptisé Kalon, s’est échoué de nouveau ce 27 septembre. Son cadavre a été retrouvé sur la plage Tristan de Douarnenez.

Pour l’ONG Sea Shepherd, ces animaux sont très sensibles aux ultrasons. La proximité des échouages avec la base militaire de l’île longue pose question. “Nous suspectons des tests sur des sonars qui auraient pu fragiliser les cétacés” déclare un membre de l’équipe de protection des océans.

Pas de bâtiments militaires près des cétacés au moment des échouages

Cette hypothèse d’onde émise depuis des bateaux militaires ou sous-marins revient régulièrement depuis le premier échouage de rorqual en début septembre. La préfecture maritime indique qu’aucun bateau de la marine, sous-marins, ou bâtiments militaires émettant des ondes n’étaient proches des rorquals les jours des échouages.

Pas d'explication claire

"La raréfaction de leur nourriture peut amener ces grands mammifères à chasser sur de nouvelles zones" propose Lamya Essemlali. La présidente de Sea Shepherd met en valeur le contexte de surpêche dans les eaux au large de la Bretagne.

Une thèse confirmée par Cécile Gicquel, responsable du patrimoine naturel au Parc marin d'Iroise. La spécialiste analyse les raisons de la présence des trois cétacés. "Il est probable qu'avec les eaux exceptionnellement plus chaudes depuis cet été, ils auraient pu suivre leur nourriture".

Selon la scientifique, la présence de rorquals dans cette zone de la mer d'Iroise est difficile à établir.

Lire : Rorquals échoués. Ce que l'on sait de ce phénomène qui touche les côtes bretonnes.

Les scientifiques ont ainsi constaté que le krill, principal aliment des cétacés, se déplace de plus en plus vers les eaux froides, et qu’il avait diminué de 50% en 60 ans. Le réchauffement climatique pourrait ainsi avoir rapproché les cétacés des zones de pêche, augmentant ainsi le risque de collision.

Une possible perte de repères des rorquals

Le bruit des bateaux et les sonars sous-marins auraient également un effet déroutant sur ces mammifères, expliquait François Sarano, directeur de l'association longitude 181, en juin 2021.

"Ils envoient des "tac", des sons et écoutent l'écho pour se positionner ou trouver leur proie, précise François Sarano, mais quand tout à coup l'activité des navires est très importante, le bruit ambiant fait qu'ils se repèrent de moins en moins".