Pour sauver les cultures de fraises, ils lâchent des micro-guêpes : "les premiers essais semblent concluants"

Les premiers lâchers d'insectes parasitoïdes ont débuté dans les serres des producteurs de fraises. Objectif : lutter de manière biologique contre les ravages des pucerons. L'expérimentation va durer quatre mois.

Le puceron n'est pas le meilleur ami des fraisiers. Particulièrement quand la lumière et la chaleur d'une serre lui offrent de quoi se développer rapidement. Il est certes de très petite taille (1 à 4 millimètres) mais les ravages qu'il provoque sont, eux, à grande échelle. L'effet toxique de sa salive affaiblit le fruit et peut également être vecteur de virus.

Pour lutter biologiquement contre ce parasite, la filière de la fraise a lancé, en mars 2022, son projet Aphidius 2.0, du nom de la micro-guêpe chargée de tuer les pucerons. L'AOP nationale Fraises de France et la coopérative Savéol ont mis sur pied la structure Fraise'Nat, pour mener les expérimentations sous serres et réaliser les premiers lâchers d'insectes parasitoïdes.

"Confiant, mais prudent"

Romain Ulmer, ingénieur chez Frais'Nat, fait le tour de cette culture de fraises sous-abri du Relecq-Kerhuon, près de Brest. Dans sa main, un tube hermétique dans lequel grouille une multitude de micro-guêpes. L'ingénieur ouvre le récipient de verre, tapote pour libérer les petits hyménoptères qui vont se charger de décimer les foyers de pucerons repérés.

Le principe est simple : les femelles pondent leurs œufs dans les nymphes de pucerons. Les larves s'y développent et, en grandissant, tuent les parasites. "On en est aux tout premiers essais qui semblent concluants, explique Ronan Saliou, le producteur de fraises chez lequel l'expérimentation est menée. Je suis confiant, mais je reste prudent, car on est sur du vivant".

Des parasitoïdes élevés à Guipavas

Ainsi que le souligne Romain Ulmer, il existe des espèces de micro-guêpes disponibles dans le commerce, "à l'efficacité peu convaincante sur les pucerons du fraisier" selon lui. Le projet Aphidius 2.0 a donc décidé de créer ses propres souches d'insectes parasitoïdes spécifiques aux cultures de fraises. Les micro-guêpes sont élevées à Guipavas, là où Savéol a installé sa ferme aux insectes.

Pour Ronan Saliou, "l'insecte auxiliaire s'annonce comme une bonne alternative". Les agents biologiques "à base d'amidon ou d'huiles essentielles d'orange" ne donnent pas toujours des résultats satisfaisants. Le puceron est résistant et les fraisiculteurs se retrouvent sans solution naturelle pour venir à bout de ce ravageur.

Reste à savoir quelle efficacité auront les souches d'insectes parasitoïdes développées par Frais'Nat et testées pendant les quatre prochains mois sur les fraises bretonnes. Des tests qui tombent à pic puisque le Movento commercialisé par Bayer, un insecticide couramment utilisé contre les pucerons des fraisiers, devrait être interdit d'ici à 2025 dans l'Union européenne.

(Avec Julien Le Bot)