Scandale du Mediator : “ce procès, c’est l’heure de vérité” pour Irène Frachon

Irène Frachon / © FRED TANNEAU / AFP
Irène Frachon / © FRED TANNEAU / AFP

Le 23 septembre s’ouvre devant le tribunal correctionnel de Paris le procès au pénal de l’antidiabétique des Laboratoires Servier. La pneumologue brestoise Irène Frachon, lanceuse d’alerte de l'affaire, nous expose les enjeux du procès qui réunit environ 4000 parties civiles.

Par J.A

Un procès majeur


« On arrive à un moment crucial, l’heure de vérité, assure Irène Frachon. Il s'agit, selon elle, de "mettre cartes sur table devant un juge et s’expliquer sur la nature du médicament Mediator, la molécule, ce que Servier a dit de cette molécule, ce qu’elle est en réalité, c’est ça l’enjeu du procès ».

"J'ai une très grosse angoisse vis-à-vis de ce procès, nous confie la pneumologue du CHU de Brest : c’est qu’une majorité de victimes a accepté d’être indemnisé, et je les ai encouragé à recevoir des indemnisations de Servier lorsque la somme était décente, mais elles se sont engagées à renoncer à toute action civile, pénale. Servier a acheté leur silence. Beaucoup de victimes aujourd’hui ne se sentent pas autorisées à venir s’exprimer et elles se sont désistées des actions civiles et pénales. »


La toxicité du Médiator


« De 1997 à 2009 il n’y avait aucun doute sur la toxicité mortelle du Médiator, c’est de ça qu’on va discuter au procès pénal », assure Irène Frachon.

« Cette molécule, c’est un dérivé de ce qu’on appelle une amphétamine, qui est un psychotrope commercialisé par Servier pour servir de coupe-faim. Ca s’appelait d’abord Ponderal et Isoméride, des médicaments interdits en 1997 parce que extrêmement dangereux pour le cœur et les poumons, poursuit-elle.
 


"A partir de 1997, Servier a laissé sur le marché avec le Médiator une molécule identique mais qu’il avait étiqueté différemment, de façon trompeuse : le laboratoire n’a pas dit que c’était un coupe faim mais un antidiabétique. »


Relations entre l’Afssaps (l’ex-Agence du Médicament) et les Laboratoires Servier


« L’Afssaps ne dispose que d’informations partielles et Servier va perpétuellement contribuer à embrouiller ces connaissances-là en jouant sur les concentrations sanguines, urinaires. Un jeu de dupes absolument incroyable et qui va durer pendant plus de 10 ans, s'indigne Irène Frachon.

« L’Afssaps demande à des experts italiens de l’Agence européenne du médicament de faire une analyse de ces éléments. Ces experts avertissent que la molécule est probablement hautement toxique. Ce rapport s’évapore. Nul ne l’a plus jamais revu. Nous sommes en 1999. »
 

Entretien avec Irène Frachon sur les enjeux précis du procès au pénal

Mediator : Irène Frachon expose les enjeux du procès

 

Nos dossiers sur l'affaire Médiator


 

Le scandale du Mediator en dates

1976 : mise sur le marché du Mediator

1999 : un premier cas de "valvulopathie", dysfonctionnement des valves cardiaques, décelé chez une personne prenant du Mediator.

2003-2004 : retrait du médicament en Espagne et en Italie

2007 : l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps, devenue ANSM) recommande de ne plus le prescrire comme coupe-faim. La même année, Irène Frachon, pneumologue à Brest, entame des recherches sur les dangereux effets cardiaques du médicament. 
 
30 novembre 2009 : le Mediator est retiré du marché en France.

15 novembre 2010 : l'Afssaps évalue à plus de 500 les décès dus à ce médicament. Une autre estimation évoque, un mois plus tard, entre 1.000 et 2.000 morts.

18 février 2011: ouverture à Paris d'informations judiciaires pour "tromperie aggravée, prise illégale d'intérêt" et "homicides et blessures involontaires", élargies des faits d'"escroquerie" en août de la même année.

21 septembre 2011: le fondateur Jacques Servier et cinq sociétés du groupe sont mis en examen pour "tromperie et escroquerie". M. Servier le sera également pour "homicides et blessures involontaires" en décembre 2012.

22 octobre 2015: le tribunal de grande instance de Nanterre reconnaît, pour la première fois, la responsabilité civile des laboratoires Servier qui ne pouvaient "ignorer les risques".

22 septembre 2017: la Cour de cassation juge les laboratoires Servier responsables civilement pour avoir maintenu la commercialisation du médicament qui "présentait un défaut" d'information sur ses risques.
    

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