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Une pièce très rare remontée de l'épave d'un bateau parti de Brest en 1845

Cet appareil, un gros cube tout en cuivre, avec des robinets et des cavités destinées aux marmites et au foyer, permettait aux équipages de cuisiner et d'avoir toujours de l'eau douce à bord / © Fred Payet / AFP
Cet appareil, un gros cube tout en cuivre, avec des robinets et des cavités destinées aux marmites et au foyer, permettait aux équipages de cuisiner et d'avoir toujours de l'eau douce à bord / © Fred Payet / AFP

C'est peut-être une pièce aujourd'hui unique au monde. Une "cuisine-distillatoire", pour fabriquer de l'eau douce, a été remontée de l'épave de "La Seine", un navire de la Marine royale française parti de Brest en 1845, et qui a fait naufrage, au large de la Nouvelle-Calédonie l'année suivante.

Par CLAUDINE WERY / AFP

Cet appareil d'1,2 tonnes, un peu cabossé et rongé par le sel, permettait aux équipages des navires long-courriers de cuisiner et d'avoir toujours de l'eau douce à bord. C'est un gros cube tout en cuivre, avec des robinets et des cavités destinées aux marmites et au foyer. Entreposé au laboratoire du Musée maritime de Nouméa, il va subir un traitement
électrochimique de plusieurs mois pour arrêter la corrosion et ôter la croûte de calcaire. 
"Nous avons contacté de nombreux musées et il semble qu'il s'agisse du dernier exemplaire au monde de cette cuisine-distillatoire", se réjouit Philippe Houdret, président de l'Association Fortunes de mer, qui regroupe des passionnés d'archéologie sous-marine. 
  

Au large de la Nouvelle Calédonie


L'association a effectué plusieurs campagnes de fouille sur l'épave de ce navire français de 40 mètres, parti de Brest en 1845, qui gît à proximité d'une passe au large du village de Pouébo, dans le nord de la Nouvelle-Calédonie. Des sabres, de la vaisselle, des boulets de canons, des poignées de coffre... en ont été ramenés et sont au centre d'une exposition jusque fin février au Musée Maritime"Nous avons même trouvé des flacons d'eau de vie avec les prunes encore à l'intérieur ainsi que des éléments de colliers de chefs de Wallis et Futuna taillés dans des dents de cachalot", précise Philippe Houdret.

Un engin inventé en 1840


Très à l'écart de l'épave, la cuisine-distillatoire, dont l'association connaissait la présence à bord, n'a été repérée qu'en septembre 2015 et sortie de l'eau en décembre avec l'appui d'un bateau des Phares et Balises. 
L'engin a été inventé vers 1840 par un chimiste et un constructeur de machines à vapeur, nommés Peyre et Rocher. "Les aliments cuisaient dans les fours, allumés au bois. En même temps, de l'eau de mer était pompée pour chauffer les marmites à la vapeur, laquelle était refroidie et transformée en eau potable", explique Marie Arnautou, conservatrice restauratrice. Cette machine ingénieuse se trouvait dans les entrailles d'un navire au destin particulier,

Une pièce très rare, une cuisine-distillatoire, remontée des fonds au large de Nouméa / © LUC FAUCOMPRE / AFP
Une pièce très rare, une cuisine-distillatoire, remontée des fonds au large de Nouméa / © LUC FAUCOMPRE / AFP


Un navire au destin particulier


"La Seine", parti de Brest le 3 septembre 1845, commandé par le capitaine de corvette François Leconte, est chargé par le roi Louis-Philippe d'une mission secrète dans le Pacifique: apaiser les tensions avec les Anglais. Or, le 3 juillet 1846, pensant mettre le cap sur la mission catholique française de Balade, au nord de la Nouvelle-Calédonie, l'homme se trompe de passe et fracasse son navire sur le récif.   
Toute la nuit, avec ses 232 hommes, Leconte essaie de sauver "La Seine" mais les naufragés, épuisés, finissent par gagner le rivage. A Balade, le commandant remet à Monseigneur Douarre, évêque de la mission, la lettre confidentielle confiée par le ministre de la Marine et des Colonies.  

Pavillon tricolore discrètement retiré


Avec stupeur, l'ecclésiastique apprend que la France a décidé de "n'exercer aucune part de souveraineté sur ce pays" et d'annuler la déclaration de souveraineté conclue en 1844 entre le commandant d'un autre navire de la Marine royale, le Bucéphale, et quelques chefs kanaks de la région. Discrètement, le pavillon tricolore qui flottait sur la mission mariste est retiré, mettant un terme à la confusion provoquée par la première tentative de prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France.
Les Anglais n'ayant manifesté aucun intérêt particulier pour cette terre, sept ans plus tard, le 24 septembre 1853, le contre-amiral Febvrier-Despointes prendra officiellement possession de la Nouvelle-Calédonie, au nom de l'empereur Napoléon III.

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