Bugaled Breizh. "On chavire, viens vite" : l'appel de détresse du patron du chalutier raconté à Londres

"On chavire, viens vite". Serge Cossec, qui commandait le chalutier Eridan, a raconté ce mardi l'appel de détresse lancé par le patron du Bugaled Breizh, au second jour des investigations de la justice britannique sur le naufrage de ce navire, resté inexpliqué depuis 2004.

Au second jour des investigations de la justice britannique sur le naufrage du Bugaled Breizh, resté inexpliqué depuis 2004, c'est un témoin-clé qui se présente, par vidéoconférence, devant la Haute Cour de Londres, ce mardi. 

Serge Cossec commandait le chalutier Eridan, quand le Bugaled Breizh a sombré avec ses cinq hommes d'équipage. Il est venu raconter l'appel de détresse lancé par ce dernier. "On chavire, viens vite", ce sont les derniers mots d'Yves Gloagen, le patron du navire de pêche de Loctudy. La liaison radio entre les deux bateaux s'achève très vite. 

"Et là, ça grésille"

Le 15 janvier 2004, l'Eridan pêche à trois ou quatre miles du Bugaled Breizh, au large des Cornouailles anglaises. "A 13h25, j'ai un appel du patron du Bugaled Breizh me disant qu'il chavire sans me dire pour quelle raison, témoigne Serge Cossec. Je lui ai demandé : 'Qu'est-ce qu'il se passe ?' et il m'a répété la même chose : 'on chavire, viens vite'. Sa voix n'était pas comme d'habitude, il avait l'air de se demander lui-même ce qui lui arrivait".

Le patron de l'Eridan lui dit de larguer ses radeaux de survie et lui demande sa position. Puis il descend prévenir son équipage que le Bugaled Breizh est en difficulté afin qu'il se prépare à aller le secourir. Il remonte ensuite avec son second pour appeler de nouveau le patron du chalutier en train de sombrer. "Je prends le combiné et là ça grésille" explique Serge Cossec qui n'arrivera plus à entrer en contact avec l'autre navire. Entre ces deux appels, "peut-être une minute s'est écoulée" estime le patron de l'Eridan.

"Vite, on vire"

L'Eridan arrive sur la zone du drame environ trois quarts d'heure plus tard, mais ne voit sur place qu'une "grosse nappe de mazout à la surface et quelques débris". Aucune trace de vie : tout l'équipage du Bugaled Breizh a été emporté par le fond.

Marc Cariou, mécanicien à bord de l'Eridan, entendu également par la Haute Cour de Londres, se souvient de ce début d'après-midi de janvier 2004. Les marins se reposent après le déjeuner, lorsque Serge Cossec les alerte. "Le patron est descendu pour nous réveiller. Il nous a dit, 'vite, on vire, le Bugaled Breizh est en train de chavirer'" relate-t-il.

Après avoir remonté les filets de pêche, l'Eridan met "30 à 40 minutes" pour rejoindre la position donnée par le Bugaled Breizh, l'équipage participe aux recherches et repère un premier canot de sauvetage, puis un autre, mais "il n'y avait personne dedans" se rappelle le mécanicien. Marc Cariou voit aussi un sous-marin en surface qui était à "300-400 mètres de l'Eridan", selon lui. 

"Carré quand il prenait la mer"

La veille, lors du premier jour de l'audience, les familles des victimes ont évoqué les hommes d'équipage du Bugaled Breizh, parlant de marins "à cheval sur la sécurité", "carré en mer". Elles ont dressé par écrit le portrait de pêcheurs expérimentés. Des portraits que le fils du mécanicien du Bugaled Breizh, Thierry Lemétayer, est venu lire à Londres. "La pêche, il avait ça dans le sang, dit le frère de Pascal Le Floc'h, 49 ans, né dans une famille de pêcheurs. "Petit, il allait en mer pendant les vacances scolaires. Jamais nous n'aurions imaginé une mort aussi brutale voire violente"


"Joyeux et blagueur mais carré quand il prenait la mer" relate la soeur d'Yves Gloagen, 44 ans. "Il n'aurait jamais pris le risque de mettre ses hommes et son outil de travail en danger" précise-t-elle. L'enquête britannique se concentre sur ces deux marins dont les corps avaient été ramenés sur le sol anglais par les secouristes. Georges Lemétayer et Eric Guillamet ont eux été portés disparus en mer.

La thèse du sous-marin examinée

Depuis le début, plutôt qu'un accident de pêche, les familles des victimes soutiennent la thèse d'un accrochage avec un sous-marin militaire, qui n'a jamais pu être confirmée par la justice française, au terme d'une longue procédure, clôturée en 2016 par un non-lieu. Le jour du naufrage du Bugaled Breizh, l'OTAN et la Royal Navy menaient des exercices militaires à proximité de la zone de pêche.

Lors de la première journée d'audience, le juge Nigel Lickley a rappelé que trois sous-marins y opéraient au moment du naufrage : le sous-marin néerlandais Dolfijn, remonté en surface et le plus proche lors du premier appel de détresse à 12h25, l'allemand U22, également en surface, et un britannique. 

Le ministère britannique de la Défense et la Royal Navy ont démenti toute implication d'un sous-marin britannique. L'objectif de la procédure au Royaume-Uni est d'éclaircir les causes des décès sans toutefois prononcer de condamnations.

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