Confinés sur les îles, épisode 1 / Ouessant. Marie-Noëlle : "On a la mer partout, à moins d’un kilomètre !"

En cette période de confinement, impossible de se rendre sur les îles bretonnes. Leurs habitants nous racontent comment la vie s'organise. A Ouessant, Marie-Noëlle gère des chambres d’hôtes. Depuis le 17 mars, l’activité s’est arrêtée mais les habitants sont solidaires.


D’habitude à cette saison, le téléphone sonne 20 à 30 fois par jour pour des réservations. Là, c’est plutôt deux fois par semaine.


Marie-Noëlle Miniou a du temps pour elle en ce moment. La veille, elle a passé une partie de l’après-midi à débroussailler son jardin. A bientôt 60 ans, elle gère trois chambres d’hôtes pour un propriétaire de l’île. Un boulot qu’elle adore, pour le contact surtout. Mais depuis le confinement, les chambres sont vides.


Encore plus au large du continent


A Ouessant, une grande partie des 830 habitants vit du tourisme ou de ses retombées. Mais depuis le 17 mars, la compagnie maritime Penn ar Bed n’effectue plus que deux rotations par semaine. Et encore, quasiment à vide, côté passagers. Après accord des autorités, seuls les résidents permanents peuvent débarquer sur l’île. A bord, il n’y a guère plus que quelques soignants qui viennent relever leurs collègues.

Dans l’autre sens, les départs vers le continent ne sont validés que pour les urgences. Les bateaux continuent en revanche d’approvisionner les épiceries de l’île mais aussi d’acheminer le courrier et les médicaments. "On ne manque de rien, ni de produits frais ni de papier toilette!" s’amuse Marie-Noëlle, conseillère municipale sortante, réélue avec la majorité de l’équipe. "Bien sûr, on n’a pas toujours exactement ce que l’on veut quand on veut. Mais c’est comme ça depuis toujours sur les îles. Ni plus ni moins que d’habitude."
 


Habitués à être coupés plusieurs jours du continent durant les coups de tabac de l'hiver, les îliens ont développé une forme de résilience. Mais alors que tout le monde sort pendant les tempêtes pour profiter du spectacle des éléments déchaînés, cette fois, au contraire, chacun reste chez soi.  


Une vie au ralenti, une île encore plus silencieuse


Ce qui change, c’est que l’on ne se croise plus guère sur l’île.

Les rues sont vides. Les Ouessantins respectent les consignes à la lettre.

Evidemment le confinement ne va pas de soi pour qui est habitué aux grandes balades sur la côte découpée de l’île. Mais les gendarmes, débarqués durant une journée lors de la première semaine, ont mis les points sur les i. Et depuis la garde champêtre sillonne l’île pour vérifier que personne n’emprunte les sentiers côtiers.

Marie-Noëlle, qui est née à Ouessant, s'estime heureuse d'être enfermée au large, sur son caillou. "On a quand même de la chance d’être ici. A moins d’un kilomètre autour de nous, on a la mer partout. Même si on ne peut pas descendre sur la grève, ça fait du bien de prendre l’air et de voir l’horizon. 

Je pense souvent à ceux qui sont coincés chez eux, dans les grandes villes, dans des petits logements, à ceux qui sont malades.

Comme partout, la nature a repris du terrain. "On n'entend que les oiseaux et le bruit des vagues. C’est extraordinaire cette absence de bruits parasites. Aucune voiture, aucun tracteur. Quel calme! C’est reposant", conclut Marie-Noëlle Miniou.

Pour respecter les consignes, elle limite ses visites auprès de sa mère de 92 ans et préfère l’appeler quotidiennement au téléphone. "Mon frère, qui habite sur le continent, est venu le dimanche 15 mars sur l’île pour voter. Et il y est resté pour s’occuper de maman." L’infirmière lui rend aussi visite tous les jours. "C’est une dame âgée mais elle va bien. Elle ne semble pas particulièrement inquiète des  risques de contagion. Ce qui la chagrine beaucoup c’est qu’elle ne peut plus se rendre au club tricot. Normalement, elle y passe deux après-midi par semaine. Ça rythme ses journées. Elle y rencontre ses copines.

Le relationnel, c’est cela qui lui manque le plus. Sinon, c’est lecture et télé, pas d’internet."
Marie-Noëlle ajoute : "Les gens de la génération de ma mère ont vécu la guerre, le couvre-feu. Alors le confinement, ça ne la perturbe pas plus que ça. Mais nous qui n’avons jamais connu ça, ça nous fait quand même vraiment bizarre de devoir se balader avec une autorisation de sortie."

Ce mois-ci, elle devait commencer en complément de son activité de chambre d’hôte, un CDD de sept mois dans une boutique d’artisanat de l’île. "Evidemment, tout ça est suspendu. Le magasin est fermé."  La propriétaire travaille chez elle et prend de l’avance pour la saison.


Mais les touristes reviendront-ils une fois le confinement terminé? 


Les loueurs de vélo, les cafés, les restaurants, la salle de concert de l’Eskal des Tiersen ont baissé le rideau. Le Coronavirus pourrait porter un coup très dur à l’économie locale. Prévu initialement du 21 au 23 mai, le 17ème festival des fanfares de Brest et Ouessant est annulé en attendant des jours plus propices à ce type de rassemblement.

Pour l’instant, les réservations de l’été sont maintenues mais entre les inquiétudes liées à l’épidémie et les baisses de revenus, les vacanciers pourraient se faire plus rares sur les îles.


Une insulaire solidaire 


Dans son appartement situé en bas du bourg de Lampaul, Marie-Noëlle ouvre ses fenêtres tous les soirs à 20 h pour encourager les soignants de l’île. Pour l’instant, elle est seule avec son voisin d’en face à "faire du bruit en tapant sur la gouttière pour saluer l’engagement des médecins, des infirmières mais aussi des commerçants, du boulanger, de tous ceux qui continuent à travailler pour que notre quotidien soit plus facile. Si j’avais habité sur le continent, j’aurais été volontaire pour cueillir des fraises ou travailler aux champs."

Habitués à se serrer les coudes et à pratiquer la solidarité des gens de mer, les îliens font le gros dos dans cette tempête planétaire en rêvant à des jours meilleurs.

"J’attends avec impatience que cette histoire se termine. Ce jour-là, je pense qu’il y aura du monde dans le bourg pour une belle riboul’dingue. Parce que la convivialité et les échanges humains, c’est vraiment ce qui nous manque le plus."

 
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