Coronavirus : “le travail de deuil sera plus dur à faire pour les familles”, Basile conseiller funéraire

© PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP
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Avec l'épidémie de Coronavirus, les obsèques sont bouleversées. Ceux qui les organisent, s'inquiètent alors qu'ils manquent, eux aussi de matériel de protection. Basile est conseiller funéraire dans le Finistère. Françoise, thanatopracteur.

Par Emilie Colin


"On doit avoir énormément de délicatesse et d'empathie, comme d'habitude, mais là tout est remis en cause avec le coronavirus." Basile est conseiller funéraire dans le Finistère. L'épidémie de coronavirus bouleverse les rites habituels des obsèques et commence à l'inquiéter. 


"Les familles ne comprennent pas qu'on les prive d'un dernier moment"


"On parle beaucoup des soignants, mais peu des gens qui travaillent dans l'ombre" relève-t-il. "Ce qui est dur, c'est que nous sommes en contact avec les familles. Les règles sont les mêmes pour tout le monde. Même si les décès ne sont pas liés à cette maladie, il n'y a plus de cérémonie religieuse ou civile. Elles ont lieu en comité restreint, avec parents, frères ou enfants. Pour les cousins ou oncles et tantes, ce n'est pas la peine de se déplacer. " 

Si la personne est décédée des suites de coronavirus, les règles sont encore plus strictes. La mise en bière est immédiate, donc pas de recueillement possible. Les crémations subissent aussi des changements : "On dépose le cercueil à l'entrée, on récupère l'urne, sans personne". Pour l'instant pas de dispersion ou d'inhumation possible des cendres. Il faudra attendre la fin de l'épidémie. 

Basile note que beaucoup de personnes ne sont pas au courant de ces mesures, qu'elles ont du mal à comprendre, confrontées au chagrin. "Les gens savent que les messes sont annulées, mais ne pensent pas que des règles s'appliquent au cimetière." 


La question du risque sanitaire


Basile s'inquiète. Pour l'instant les décès liés au coronavirus sont peu nombreux dans la région. Mais si la situation se dégrade, il ne sait pas ce qu'il décidera. Faire jouer ou non son droit de retrait ? "On va chercher des corps à la chambre mortuaire. On est forcément prévenu des causes du décès. Mais on n'est pas forcément équipé. En ce moment, on essaie d'être solidaire entre pompes funèbres, pour se passer des combinaisons de protection à usage unique, des masques, des protèges chaussures."

Pour l'instant, seules les tâches administratives sont en train de se dématérialiser. La préfecture a envoyé des consignes notamment pour le retrait des certificats de décès.
 

Je trouve déplorable qu'on oublie les pompes funèbres, on est en première ligne. Françoise, thanatopracteur
 

12 ans de métier. Françoise, thanatopracteur ne cache pas son angoisse, surtout vis-à-vis des équipements de protection. "Tous les jours, on fait les comptes de ce qu'il nous reste" raconte-t-elle. Son mari est aussi dans le domaine, il est transporteur. "Il nous reste 14 combinaisons et quelques masques."  Elle a du personnel, et si elle n'est pas en mesure de pouvoir assurer leur sécurité, elle arrêtera tout.
 "De ne pas les protéger, ce serait grave. Je suis prête à ne plus travailler."  Elle pense à ses confrères mais aussi les pompiers, les ambulanciers, tout ceux qui conduisent les corps, vont les chercher, parfois à domicile où ils sont encore plus exposés. 

Sur le terrain, elle observe un changement : "nous les thanatopracteurs, on est moins nombreux, en ce moment. On établit des roulements pour nous faire intervenir. On voit bien que ça change." 

"A la fin si ça continue, il n'y aura plus personne pour transporter les gens et les enterrer."

 

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