Les élus locaux vent debout contre la fermeture annoncée de Hop! Air France à Morlaix

L’annonce officielle sera faite aux organisations syndicales vendredi : les mesures de suppressions de postes à Hop! Air France entraîneront la fermeture progressive du site morlaisien d’ici 2022. Refusant le choix de la direction, les élus exigent l’intervention de l’Etat.

Le site Hop Air France devrait fermer ses portes à Morlaix d'ici 2022. Près de 300 emplois sont menacés. Les élus locaux ne veulent pas s'y résoudre.
Le site Hop Air France devrait fermer ses portes à Morlaix d'ici 2022. Près de 300 emplois sont menacés. Les élus locaux ne veulent pas s'y résoudre. © Julie Jeunemaître
En aéronautique, être vent debout, permet à un avion de prendre son envol. Si Jean-Paul Vermot est vent debout lui, c’est pour s’opposer au crash, à la disparition programmée du site Hop! Air France à Morlaix. 300 emplois sont menacés, principalement dans la maintenance mais aussi au centre de formation pour les pilotes et dans les bureaux administratifs. Premiers départs cette année, fermeture totale du site en 2022.

Celui qui n’est pas encore maire de Morlaix (il sera installé samedi) aurait bien aimé ne pas avoir ce combat à mener. Pensant aux salariés concernés, Jean-Paul Vermot espère la mobilisation de tous les élus locaux. Avec lui, entre autres : Loïg Chesnais-Girard, président de la Région, Nathalie Sarrabezolles patronne du département du Finistère, Agnès Lebrun, encore maire de Morlaix pour quelques jours... La lettre qu’ils cosignent est partie ce mercredi matin à destination de Matignon. Les Bretons réclament un rendez-vous avec le Premier ministre, Edouard Philippe.
 
En parallèle, quatre députés de la majorité (Sandrine Le Feur, Jean-Charles Larsonneur, Graziella Melchior, du Finistère et Eric Bothorel des Côtes d’Armor) dénoncent également une décision inacceptable d’Air France qui avait, disent-ils, apporté des garanties quant à sa volonté de pérenniser le site finistérien. Tous réclament une intervention gouvernementale. Argument massue mis en avant : le prêt de sept milliards d’euros accordé par l’Etat à Air France pour surmonter la crise du Covid-19. "Cet engagement ne peut s’accompagner que d’un maintien des emplois et du site industriel sur Morlaix", écrivent les députés.
© PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/MAXPPP


Risque de paupérisation de Morlaix


Le futur maire de Morlaix abonde. "L’Etat ne peut pas promouvoir d’un côté le plan national Coeur de ville pour améliorer les conditions de vie dans les villes moyennes et conforter leur rôle moteur dans le développement du territoire et laisser partir Hop! d’ici 2022." Le site de Morlaix pourrait déménager à Nantes. "Nantes peut se passer d’un tel outil, pas Morlaix", clame Jean-Paul Vermot.

Les salariés de Hop, chez nous, font partie des classes moyennes. La ville compte déjà 20% de sa population sous le seuil de pauvreté. On ne peut pas les laisser partir !

Jean-Paul Vermot, futur maire de Morlaix



Un fleuron du désenclavement breton


D’autant que la compétence des salariés et la capacité de production du site à Ploujean semblent reconnues de tous. Rappelées par Sandrine Le Feur et les trois autres députés, elles sont issues de l’histoire de Brit Air, la compagnie bretonne créée à Morlaix en 1973 par Xavier Leclercq. A l’époque, elle est un outil de désenclavement de la Bretagne, comme la Brittany Ferries, fondée un an auparavant. "Celle-ci s’appelle alors BAI : Bretagne, Angleterre, Irlande. En se calquant sur le même sigle, on crée la Brittany Air International, rapidement contractée en Brit Air" se souvient Xavier Leclercq. Les actionnaires sont à 80% les mêmes : Sica de Saint-Pol-de-Léon, Crédit agricole, CCI de Morlaix et quelques PME finistériennes.

La compagnie aérienne relie plusieurs villes bretonnes à Londres, puis une vingtaine d’autres villes en France et en Europe. Elle ouvre des bases, notamment à Lyon mais garde le savoir-faire à Morlaix (centre de formation et entretien lourd des avions).


Le temps des grandes amours avec Air France


Brit Air est alors un partenaire d’Air France. Par contrat d’affrètement, ses lignes sont commercialisées sous l’étiquette de la compagnie nationale. "Là où Air France mettait auparavant un avion de 120 places, rempli de moitié, nous pouvions, nous, faire décoller des appareils de 50 ou 70 places, toutes occupées." Les résultats économiques s'envolent. Brit Air compte 1200 salariés. 

Elle devient un fleuron de l’industrie bretonne consacrée en 1995, "compagnie aérienne de l’année" par l’Association européenne des compagnies régionales et même "compagnie régionale mondiale de l’année" par une revue américaine spécialisée.
 

Vente "forcée" au groupe Air France


A la fin des années 1990, Xavier Leclercq vend Brit Air à Air France. "Nous n’avions pas le choix. Si nous n’acceptions pas, elle menaçait de racheter une autre compagnie régionale, à qui elle aurait donné les contrats." Pendant cette période, Air France est "réglo". Elle dit qu’elle maintiendra l’emploi à Morlaix pendant dix ans. "Ce qu’elle a fait" précise le fondateur de Brit Air, devenue officiellement Hop! en 2013 (avec deux autres compagnies rachetées par Air France : Airliner et Régional).
 

J’ai toujours eu de bonne relations avec elle (Air France, Ndlr). Mais aujourd’hui je suis écœuré par ce gâchis.

Xavier Leclercq, le fondateur de Britair


Le Finistérien met en cause la technostructure de la compagnie nationale qui semble vouloir se débarrasser des lignes régionales. "Air France se tire une balle dans le pied" estime Xavier Leclercq. "Qui dit qu’un passager en région, une fois rejoint Paris en train ou par une compagnie concurrente, voyagera sur Air France pour la suite de son voyage ?"

Judicieux ou pas, Air France est maître de ses choix. L’Etat pourra-t-il ou voudra-t-il infléchir la position de la compagnie pour maintenir le site de Morlaix au delà de 2022 ? Début de réponse ce vendredi. La direction d’Air France dévoilera sa stratégie aux représentants du personnel à l’occasion d’un comité social et économique.
 
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