Une lettre originale et inédite de Paul Gauguin, acquise par le Musée de Pont-Aven

Une lettre originale, témoignage de la vie de Paul Gauguin vient d'être acquise par le Musée de Pont-Aven. Ecrite en 1888, il s'adresse à son ami Émile Schuffenecker. Il lui raconte son quotidien dans la commune du Finistère, le climat mais aussi sa précarité financière qui l'inquiète. 

 

La lettre du peintre Paul Gauguin, envoyée à son ami Émile Schuffenecker
La lettre du peintre Paul Gauguin, envoyée à son ami Émile Schuffenecker © Musée de Pont-Aven

Cétait au mois de novembre. Le musée de Pont-Aven achète aux enchères, une lettre inédite de Paul Gauguin. Selon les experts, elle n'a jamais été ni exposée, ni publiée. On ne connaît pas l'origine de sa provenance. 

Son enveloppe permet toutefois de la dater du mois de mars 1888. Ces trois pages constituent une source précieuse de renseignement sur le peintre. Le musée y voit un "document patrimonial."

"Ce qui nous intéressait, c'était cette date justement", explique Sophie Kervran, directrice du musée. "C'est une année clé pour la naissance du synthétisme, l'année où Gauguin a peint 'La Vision après le sermon', conservée à Edimbourg, une oeuvre majeure de Pont-Aven." 

Elle ajoute : "Ce qui est important aussi c'est à qui il écrit. Il débute la lettre par 'Mon cher Schuf..."


Une lettre à un ami, témoignage du quotidien de l'artiste, de ses inquiétudes 


Dans cette lettre, Paul Gauguin s'adresse effectivement à Émile Schuffenecker. Les deux artistes se rencontrent en 1872 chez l’agent de change Bertin et se lient d’amitié. Schuffenecker est à l’origine de la rencontre historique entre Émile Bernard et Paul Gauguin en juillet 1886 mais aussi de l’organisation de la première exposition du groupe de Pont-Aven au Café Volpini, à Paris, en 1889.

"Avec cette lettre, on rentre dans son intimité, son rapport à la création alors qu'il vit dans le dénuement, ses états d'âmes" note Sophie Kervran.

Paul Gauguin raconte en effet sa vie à Pont-Aven, son état de santé, pas toujours compatible avec le climat breton.

Le climat de Pont Aven n’est pas tout à fait ce qu’il me faut mais que voulez vous on ne choisit pas. En outre il y a un tel détraquement chez moi qu’il faut de temps pour venir à bout de la maladie.

Extrait de la lettre de Paul Gauguin

On y ressent aussi son état d'esprit, un moral pessimiste. Il apparaît découragé. "Depuis quelques jours je vais un peu mieux ; le principal ennui est que je suis moins courageux au travail. Je vois si noir dans l’avenir, la lutte tellement compromise par la jeune bande ! [...]"

L'artiste évoque sa précarité financière. Paul Gauguin explique en effet qu'il devra emprunter de l'argent. "Il cite Marie-Jeanne Gloanec, de la fameuse pension Gloanec, là où les artistes les plus sous-dotés séjournaient" souligne Sophie Kervran. 

La question d’argent est tellement prépondérante. A partir du mois prochain je vais être obligé de demander crédit à Marie-Jeanne et actuellement j’ai 18 F. en poche pour les menues dépenses 

Extrait de la lettre de Paul Gauguin


Une correspondance abondante 


Paul Gauguin a toujours beaucoup écrit. Des ouvrages regroupent ses correspondances. Maurice Malingue a, par exemple, recueilli et préfacé des lettres du peintre dans "Lettres de Gauguin à sa femme et à ses amis", parues en 1946.

L'auteur y parle des "79 feuilles" envoyées à sa femme, des lettres à Emile Schuffenecker, Emile Bernard, Daniel de Monfreid. Il y explique à quel point l'écriture même du peintre reste toujours appliquée. "Quels que soient les événements qui marquent sa vie, altèrent sa santé ou son esprit, l'écriture du peintre n'est jamais désordonnée. (…) la calligraphie de l'artiste est toujours légèrement penchée, ordonnée et fine quoique nuancée."

Le public pourra venir voir cette lettre écrite à Émile Schuffenecker, à l'automne 2021. "Ce n'est pas une lettre qu'on peut exposer tout le temps. Le papier est fragile. Cela se conserve plus difficilement qu'un tableau." 

Le Musée de Pont-Aven prévoit de la montrer lors d'un accrochage dédié à Paul Gauguin et au dessinateur Emile Bernard, l'un de ses compagnons de route. Trois mois sous la lumière, avant de repartir en réserve pour trois ans. 

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