Affaire Seznec : la piste de l'Eure-et-Loir peu probante selon le procureur

Montage de deux photos d'identité judiciaire, face et profil, datées des années 20 de Guillaume Seznec / © AFP
Montage de deux photos d'identité judiciaire, face et profil, datées des années 20 de Guillaume Seznec / © AFP

Début décembre, une femme affirmait que Pierre Quémeneur aurait été tué par un garagiste d'Eure-et-Loir. Cette révélation innocenterait Guillaume Seznec, condamné en 1924 au bagne à perpétuité pour ce meurtre. Un témoignage peu probant selon le procureur de la république.

Par Thierry Peigné


Le 5 décembre dernier, Cécilia Morand, 85 ans, révélait qu'elle aurait surpris, alors qu'elle était adolescente, une conversation entre son père et un garagiste au cours de laquelle ce dernier faisait état de ses remords vis-à-vis de Guillaume Seznec. Elle affirmait alors que son père lui aurait dit que le garagiste aurait tué Pierre Quémeneur près de la gare de Houdan, à moins de cinq kilomètres de Saint-Lubin-de-la-Haye, après une dispute autour d'un véhicule en réparation. Après ces confidences, son père lui aurait fait jurer de ne rien dire. Le corps du conseiller général aurait été enterré dans une tombe abandonnée depuis des années dans le petit cimetière de Saint-Lubin-de-la-Haye.
 

La crédibilité du témoignage en question

Mais cette version des faits est depuis sérieusement mise en doute par le procureur de la république de Chartres, Rémi Coutin. Suite à ces révélations, le magistrat avait demandé aux gendarmes de la brigade de recherches de Dreux de rencontrer ce témoin et de l'entendre dans le cadre d’une procédure de renseignement judiciaire.

"La rencontre a eu lieu la semaine dernière à Marseille où réside l’octogénaire. Les éléments recueillis par les gendarmes ne sont pas vraiment les mêmes que ceux parus dans la presse" précise le procureur.

Et de préciser : "Lors de son audition, Mme Morand a fini par dire que jamais elle n'a entendu son père prononcer le nom de Quémeneur. Elle parle bien d'avoir perçu, alors qu'elle était jeune, une conversation secrète au cours de laquelle son père et ce garagiste auraient évoqué avoir enterré un corps dans un cimetière mais ce serait elle qui aurait fait une association d'idées, une déduction, lorsqu'elle aurait entendu parler bien des années plus tard de l'affaire Seznec. Sa déduction serait devenue une conviction, d'une certaine manière."

Guillaume Seznec lors de son procès à Quimper, en 1924 / © MaxPPP
Guillaume Seznec lors de son procès à Quimper, en 1924 / © MaxPPP

 

Des incohérences

Rémi Contin ajoute également qu'aucune des deux soeurs de Cécilia Morand, auditionnées elles aussi, "ne vient confirmer les dires de leur soeur".

De plus, les premières recherches pour savoir si Georges Morand, le père de Cécilia Morand, était bien fossoyeur au cimetière de Saint-Lubin-de-la-Haye en 1923, ne sont pas concluantes. "Il l'a été" explique Rémi contin, "mais plutôt dans les années 40 ou 50".

Pour le procureur de la république de Chartres, à l'issue de l'audition de Mme Morand, on ne lui apporte plus le même degré de crédibilité".

Le magistrat tient à préciser que pour autant, il "ne ferme pas  complètement la porte à cette piste". "Nous allons quand même continuer à enquêter jusqu'au bout".
 

Un témoignage crédible selon le petit-fils de Seznec

Denis Le Her-Seznec, petit-fils de Guillaume Seznec, qui a rencontré l'octogénaire à Marseille, a qualifié ce témoignage de "très crédible, car tout coïncide". Il a rappelé que la dernière fois que Pierre Quéméneur avait été vu vivant aux côtés de son grand-père, c'était à Houdan, commune située à 5 km de Saint-Lubin-de-la-Haye.


Une hypothèse de plus sur cette énigme judiciaire

Sans preuves ni aveux, Guillaume Seznec avait été condamné en 1924 au bagne à perpétuité pour le meurtre un an plus tôt de Pierre Quémeneur, conseiller général du Finistère, avec lequel il était associé en affaires, ainsi que pour des faux en écriture. Mais le corps de l'élu n'a jamais été retrouvé.

Une autre hypothèse sur la mort de Quéméneur avait été avancée en mai dernier par d'autres petits-fils de Guillaume Seznec. Quéméneur aurait été tué par l’épouse de Guillaume, Marie-Jeanne. Celle-ci aurait repoussé les avances pressantes du conseiller général. Des faits qui se seraient produits dans la propriété des Seznec, à Morlaix (Finistère).

Des fouilles ont été menées en janvier 2018 dans cette propriété à la recherche d'indices ou d'ossements. Ils n’ont rien donné de probant.

L'affaire Seznec demeure l'une des énigmes judiciaires les plus troublantes du XXe siècle. 

Tous nos articles sur l'affaire Seznec sont à retrouver ICI
 

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