Morlaix. A la Manu, les conservateurs restaurent les machines anciennes

La Manufacture de Morlaix est un lieu emblématique de la cité du viaduc. Lorsque la Seita définitivement ferme en 2004, elle change de fonction. Aujourd'hui, ses anciennes machines de production font peau neuve sous les mains de deux conservateurs. Rencontre avec ceux qui font revivre la Manu.

Olivier Morel restaure des objets anciens depuis une trentaine d'années
Olivier Morel restaure des objets anciens depuis une trentaine d'années © FTV

Il faut pousser une lourde porte rouge pour pénétrer dans l'antre des machines de la Manu. Les plus imposantes? Des moulins à râper les feuilles de tabac.

Les moulins à râper, les pièces les plus anciennes

Ils trônent au milieu de la vaste pièce, sur 3 étages. Majestueux malgré l'oxydation causée par le temps et la plante elle-même, ils servaient à fabriquer le tabac à priser très consommé entre le XVIème et le XIXème siècle.

Deux conservateurs travaillent depuis 2019 pour leur redonner de leur superbe. Patiemment, rainures par rainures, Olivier Morel et Galateia Kriezi appliquent une étrange mixture noire et odorante sur les moulins à râper. Ne leur parlez pas d'anti-rouille, c'est un mélange spécial constitué d'une bactérie qui va ronger l'oxydation pour révéler la couleur et la texture d'origine des pièces.

La salle des moulins à râper le tabac s'étend sur 3 étages
La salle des moulins à râper le tabac s'étend sur 3 étages © FTV

S'il n'y avait que ces moulins à restaurer... Mais le binôme doit également s'atteler à la noria, l'ascenseur à tabac qui permettait de distribuer la matière première dans les 10 moulins. En 1995, l'incendie qui a ravagé une partie de la toiture de la Manu est venu lécher le mur adjacent à la noria, des godets ont brûlé, les engrenages ont fondu. "Les pompiers ont abondamment arrosé cette noria. Il a fallu refaire la pièce d'entraînement. Mais ça tourne, l'incendie ne l'a pas empêchée de remarcher" explique, admiratif, Olivier Morel alors qu'il graisse les engrenages de l'ascenseur. Et le Phénix de la Manu de lui répondre par un grondement, alors même qu'il termine sa réponse. 

Le patrimoine industriel et la mémoire des hommes à transmettre absolument

A l'étage du dessous, Galateia Kriezi finit de badigeonner un des moulins. "Pouvoir transformer un lieu qui n'a pas été touché pendant des années, pour faire redécouvrir aux gens leur patrimoine industriel, c'est très émouvant." D'autant que sur ce chantier, l'équipe de conservateurs a eu la chance de recevoir la visite d'un ancien ouvrier qui a travaillé plusieurs décennies sur cette machine. "On conserve la mémoire des lieux mais aussi la mémoire des hommes. Il nous a transmis des informations sur son savoir-faire, sur comment la machine fonctionnait à l'époque, ça facilite énormément notre travail", détaille la jeune restauratrice. 

 

Les machines modernes datant des années 1920 aux années 1950

Quelques dizaines de mètres plus loin, dans une autre salle, des machines plus récentes attendent d'être dévoilées aux yeux des visiteurs. Celles-ci datent des années 20 aux années 50. Olivier Morel et Galateia Kriezi y ont terminé leurs rénovations. Il suffit d'actionner de les brancher et d'actionner un interrupteur pour que la capeuse, le rouet ou l'écabochoir se mettent en route. 

On est émerveillé face au fonctionnement de ces machines qui reproduisent parfaitement le geste humain.

Olivier Morel, conservateur, restaurateur

Le restaurateur a beau avoir plus de trente ans d'expérience dans le domaine, son visage s'illumine lorsqu'il décrit le fonctionnement des "bêtes". Sous le ronron de l'écoteuse, il explique le plaisir qu'il a eu à rencontrer un ancien de la Manu. "J'aime bien, je ne vais pas vous mentir. On est émerveillé face au fonctionnement de ces machines qui reproduisent parfaitement le geste humain."

Car les nombreuses petites mains de la Manu, majoritairement des femmes, ont peu a peu été remplacées par machines qui accomplissaient le travail de plusieurs d'entre-elles. 

Dans le bâtiment, classé aux monuments historiques et dont les travaux sont suivis par un architecte en chef des monuments historiques, bientôt siègera l'Espace des Sciences, un centre des cultures scientifiques, techniques et industriels qui mettra en valeur ce patrimoine industriel riche à l'histoire de Morlaix. 

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