“On se sent abandonnés par la France” : les camping-caristes bloqués au Maroc

Les campings-caristes français ne peuvent plus quitter le Maroc. / © DR
Les campings-caristes français ne peuvent plus quitter le Maroc. / © DR

Des touristes bretons sont coincés au Maroc après que le pays a subitement fermé ses frontières vendredi dernier, en raison du coronavirus. Des vols spéciaux ont depuis été mis en place vers l'Hexagone mais les campings-caristes se sentent oubliés face à l'absence de liaisons maritimes. 

Par Julie Jeunemaître


"Tous les ports sont fermés, il n'y a plus aucun bateau. On est nombreux à vouloir rentrer. On se sent abandonnés par la France"


Françoise Eude, 74 ans, originaire de Bénodet (Finistère) est bouleversée depuis que le Maroc, a décidé de fermer ses frontières vendredi 13 mars, pour lutter contre l'épidémie de coronavirus.

Comme des milliers de Français, cette Bretonne passe ses hivers sous le soleil marocain, à bord de son camping-car. Aujourd'hui, elle souhaite rejoindre l'Hexagone, et surtout, sa soeur âgée de 85 ans, restée seule à Bénodet. 
 
Françoise Eude est bloquée à Agadir. Elle espère être rapatriée en France par bateau, avec son camping-car. / © Françoise Eude
Françoise Eude est bloquée à Agadir. Elle espère être rapatriée en France par bateau, avec son camping-car. / © Françoise Eude


"J'aurais aimé être près d'elle pour l'aider, puisqu'elle ne peut pas faire de courses, et m'assurer qu'elle va bien. Ça fait deux jours que je n'ai plus de ses nouvelles, je suis inquiète."
 

Un manque de réponse de l'ambassade de France


Dans le camping où Françoise Eude est installée, près d'Agadir, d'autres touristes partagent son inquiétude. Christine Ruiz et son mari, originaires de Gouesnach (Finistère) espèrent également pouvoir être rapatriés, avec leur camping-car. 

"La situation est préoccupante puisque nous ne sommes pas dans notre pays.  Le système de santé marocain n'est pas pourvu des mêmes capacités que celles que nous avons en France et les camping-caristes sont des gens retraités, âgés, qui présentent parfois des pathologies et nous n'avons pas de masques ou gants", raconte Christine Ruiz, infirmière à la retraite. 


Les camping-caristes sont d'autant plus destabilisés qu'ils ne se sentent pas suffisamment informés par l'ambassade de France au Maroc. Comme oubliés. 

"On a l'impression que l'ambassade n'a pas idée que nous sommes des milliers de voyageurs en camping-cars sur le territoire marocain. Elle s'est occupée principalement des personnes en hôtels ou résidences, mais ne s'est pas adaptée à notre situation", se désole Christine Ruiz.
 


Un "pont aérien" entre les deux pays a été mis en place à la demande du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. L'évacuation par voie maritime en revanche n'est pas à l'ordre du jour.

Il est cependant impensable pour ces trois Finistériens, de laisser leur véhicule et tous leurs biens sur place. "Quand bien même nous partions en avion, nous ne savons pas quand nous pourrons revenir les chercher", ajoute Françoise Eude. 


Confinement total 


Jeudi soir, le Maroc a décrété l'état d'urgence sanitaire, en plus du confinement total. Ce vendredi en fin d'après-midi, 77 cas étaient recencés dans au Maroc. Bien moins qu'en Europe, mais dans la panique, de nombreux touristes ont tenté de rejoindre les ports. Ces Bretons préfèrent prendre leur mal en patience : si ils quittent le camping, ils ne pourront pas faire marche arrière.

"Des ressortissants français ou européens se retrouvent à errer au Maroc car les ports sont fermés et les sites d'accueil refusent désormais tout le monde", indiquent Emmanuelle et Françis Hanquier, les gérants. "Nous devons restés confinés, il y a actuellement 145 camping-caristes sur le site qui ont pour caractéristique d'être une population d'un âge avancé et plus fragile. Notre plus grande crainte est que l'un d'entre eux soit infecté."

D'autres Bretons s'affirment plus sereins, comme Marylène Michel, de Saint-Barnabé (Côtes-d'Armor) : "L'ambassade n'est pas au fait de tous nos problèmes mais au moins les autorités marocaines ont pris des mesures radicales et rapides. Je me sens finalement plus en sécurité ici et il y a une belle solidarité entre nous. Je reste optimiste !"
 

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