"On va te crever". Un journaliste menacé de mort après des articles sur le projet d'accueil de migrants à Callac

Le mail reçu par la rédaction du Poher ce 31 janvier 2023 est explicite : "On va te crever pourriture". La menace de mort cible le rédacteur en chef de l'hebdomadaire du Centre-Bretagne. Le message, qui déroule également des propos racistes, fait suite aux articles publiés par le média finistérien sur le projet d'accueil de migrants à Callac. Un projet qui, sous la pression des opposants, est aujourd'hui abandonné.

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"Erwan Chartier, on va te crever". Ainsi est formulé l'objet du mail adressé, ce 31 janvier 2023, à la rédaction du Poher, l'hebdomadaire du Centre-Bretagne basé à Carhaix. Il donne le ton du message contenu dans le courriel que nous reproduisons ici, fautes d'orthographe incluses : "Les batards comme toi on leur fout un manche à balai dans le cul ! On va te crever pourriture et te jeter dans la fosse avec tes négros que tu aimes tant ! A très bientot salope !".

Ces menaces de mort ont été envoyées depuis une fausse adresse mail, tout aussi explicite : vatefaireniquer@chartiertuvascrever.fr

"Rendre compte"

Contacté par téléphone, Erwan Chartier, le rédacteur en chef du Poher, ne cache pas sa sidération. Ni le choc qu'il a encaissé à la lecture de "ces mots très violents et racistes". Le mail fait implicitement référence aux articles que le journal a publiés sur le projet Horizons à Callac, lequel s'articulait autour de l'accueil de migrants pour redynamiser la commune.

Sous la pression des opposants et face aux menaces de mort qui visaient certains élus, le maire de Callac avait annoncé, le 11 janvier, qu'il préférait jeter l'éponge et abandonner le projet. "C'est dommage qu'on en arrive là, avait indiqué l'édile. C'était un projet humain d'une très grande valeur, sans doute très important pour Callac dans l'avenir".

Le Poher, comme l'ensemble des médias bretons, a fait son travail d'information, relatant que le projet Horizons a fracturé en deux camps ce village des Côtes-d'Armor. D'un côté, les pour. De l'autre, les contre. "Nous ne sommes pas un journal d'opinion mais un média d'informations générales. Je ne suis pas un militant politique. Je suis journaliste, rappelle Erwan Chartier. Nous avons couvert le sujet. Notre intention n’était pas de prendre parti pour ou contre ce projet ni de nous prononcer sur la légitimité à le défendre ou à le critiquer, mais, répétons-le, de rendre compte".

Le Poher, cible de l'extrême-droite

Le rédacteur en chef de l'hebdomadaire indique également que, lors de la manifestation du 5 novembre 2022 à Callac, où pour et contre étaient mobilisés, il a été pris à parti par les opposants à Horizons, rassemblés à l’appel de plusieurs partis et mouvements d’extrême droite et identitaires dont Reconquête. "Ça ne leur pas a plu que je prenne des photos, dit le journaliste. Alors que je faisais mon boulot. Cela montre le climat qu'ils ont instauré à Callac" analyse-t-il.

Quelques semaines avant cette manifestation, un article mis en ligne par le site d'extrême-droite Résistance Républicaine et signé de Bernard Germain, candidat aux législatives de 2022 du parti Reconquête à Lannion-Paimpol, ciblait déjà Le Poher : "Un misérable torchon d'extrême-gauche", "un journaliste vendu aux immigrationnistes qui soutient les envahisseurs", "un minable petit collabo", etc etc. C'est en ces termes que l'auteur s'attaque à l'hebdomadaire et déroule son fiel identitaire.

Il est inadmissible de voir des journalistes insultés ou menacés

Erwan Chartier

Rédacteur en chef du Poher

Erwan Chartier entend demeurer "digne et calme" face aux menaces de mort dont il est destinataire. "Il est inadmissible de voir des journalistes insultés ou menacés, c’est pourquoi nous avons saisi la justice" déclare le rédacteur en chef du Poher. 

Une plainte a été déposée à la gendarmerie de Carhaix et transmise au procureur de la République de Brest. "Nous laissons la justice faire son travail, souligne Erwan Chartier. Quant à l'équipe du Poher, elle ne demande qu'à continuer à faire son travail de journaliste sereinement et à rendre compte de l'actualité sans pression d'aucune sorte et d'où qu'elles viennent".