Découverte majeure : la plus ancienne carte d'Europe datant de l'âge du bronze, représente la vallée de l'Odet

La découverte est tout à fait exceptionnelle. La dalle gravée, dite de Saint-Bélec représentant la vallée de l'Odet et mise au jour à Leuhan (Finistère) en 1900, serait la plus ancienne carte d'un territoire, connue en Europe. Elle daterait de l'âge du Bronze ancien, soit il y a environ 4000 ans. 

Cette dalle gravée de Saint-Bélec, retrouvée en 2014 est le centre d'intérêt de chercheurs depuis 2017. Une attention récompensée aujourd'hui. Ils viennent de mettre en évidence qu'il s'agit d'une représentation cartographique, datant de l’âge du Bronze ancien, soit entre 2150 et 1600 ans avant notre ère. C'est ce que révèle une étude publiée ce mercredi dans le Bulletin de la société préhistorique française.

C'est ainsi la plus ancienne carte en relief d'Europe. Une carte, en schiste bleu gris, de belles dimensions. Elle mesure en effet 2,20 mètres de long sur 1,53 m de large pour 16 cm d'épaisseur et représente la vallée de l'Odet. Cette carte pourrait être "le marqueur du pouvoir politique d’une principauté de l’âge du Bronze ancien", indiquent les archéologues.
 


Une dalle tombée dans l'oubli pendant un siècle

Cette fameuse dalle a été mise au jour dans le tumulus de Saint-Bélec à Leuhan dans le Finistère en 1900 par Paul du Chatellier, grand préhistorien de la seconde moitié du XIXe siècle. Cassée, elle avait été utilisée, en réemploi, comme paroi d'un coffre funéraire. Et sa face gravée était orientée vers l'intérieur de la tombe.

Lors de l'été 1900, la dalle est déplacée  jusqu’au château de Kernuz, à Pont-L’Abbé. C'est la demeure en même temps que le musée privé de Paul du Chatellier. En 1924, elle devient la propriété du Musée d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en Laye, qui aquiert et déménage l'ensemble des collections de l'archéologue. Abandonnée dans une niche des douves du château de Saint-Germain, la dalle tombe dans l’oubli pendant un siècle. C'est en 2014, qu'elle est retrouvée dans une cave.
 

En 2017, les archéologues entreprennent de faire parler la pierre

A partir de 2017, les chercheurs entreprennent une série d'axamens de la dalle afin d'analyser sa morphologie, et la chronologie des gravures. Couverture  photogrammétrique et relevés 3D haute résolution, elle est étudiée sous toutes les coutures.

Les scientifiques veulent faire parler cette pierre en schiste bleu-gris, d'origine locale. Selon leur description, "la composition graphique est ainsi divisée en quatre quarts qui comportent des signes inégalement répartis (cupules rondes et ovales, lignes droites ou courbes, carrés, cercles, ovales, motifs piriformes) formant une série de motifs complexes, joints par un réseau de lignes piquetées." 
 

Une carte préhistorique en bas-relief de la vallée de l'Odet

Des motifs qui représenteraient donc une carte préhistorique, en bas relief et c'est sa particularité principale. Avec une répétition de motifs et un réseau de lignes. Les archéologues expliquent que pour confirmer leur hypothèse, ils vont alors la comparer "à d’autres représentations similaires tirées de la Préhistoire européenne et de l’ethnographie (Touaregs, Papous, Aborigènes d’Australie…)."

Ils découvrent que "la topographie de la dalle a été volontairement modifiée pour représenter la vallée de l'Odet, tandis que plusieurs lignes paraissent figurer le réseau hydrographique." Il apparait ainsi que la carte représente un espace d’environ 30 km de long et 21 km de large, qui correspondrait au cours de l’Odet, avec les montagnes Noires, les collines de Coadri, le massif de Landudal.

Le dessin central, qui semble symboliser une enceinte, fait supposer l'existence d'un territoire d’une communauté de l’âge du Bronze, situé aux confins de l’Odet, de l’Isole et du Stêr Laër. 


Une dalle brisée, signe de condamnation

Cette dalle de Saint-Bélec est une découverte majeure. D'abord, contemporaine du fameux disque céleste de Nebra, en Allemagne, elle permet de "mettre en évidence le savoir cartographique" de nos ancêtres de la Préhistoire. Mais elle fait davantage penser à une carte mentale.

Ensuite cette pierre gravée s'inscrit dans "un contexte socio-historique dit des "tumulus armoricains", marquée par une forte hiérarchie sociale ainsi qu'un contrôle étroit de l'économie". Les tombes princières de cette période sont des éléments clés de ces territoires, aussi pour les archéologues,

"Si la dalle de Saint-Bélec figure le territoire d’une entité politique fortement hiérarchisée et contrôlant étroitement un territoire au Bronze ancien, son bris pourrait avoir valeur de condamnation, de désacralisation".

Ils expliquent ainsi qu"un acte d’enfouissement, accompagné d’un geste iconoclaste, pourraient ainsi marquer la fin ou le rejet de ces élites qui auront exercé leur pouvoir sur la société durant plusieurs siècles au cours de l’âge du Bronze ancien."  


 

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