François Morel dans les filets d'un marin-chanteur breton

Pour son nouvel album, doublé d'une biographie, François Morel exhume les chansons d'Yves-Marie Le Guilvinec, un marin-chanteur breton originaire de Trigavou près de Dinan. Tombé dans l'oubli, ce pêcheur de morue composa l'essentiel de son oeuvre au cours de ses voyages en mer. 

Avec un livre et un album, François Morel remet au goût du jour le marin-chanteur breton Yves-Marie Le Guilvinec
Avec un livre et un album, François Morel remet au goût du jour le marin-chanteur breton Yves-Marie Le Guilvinec © Giovanni Cittadini Cesi
L'histoire raconte que c'est en flânant dans une brocante à Saint-Lunaire, en Ille-et-Vilaine, que François Morel a mis la main sur un livret de plusieurs chansons écrites par Yves-Marie Le Guilvinec, dont la fameuse "Cancalaise". L'histoire ne dit pas si tout cela est vrai mais c'est une belle histoire. Et Morel est un conteur hors pair. La trajectoire de ce comédien-chansonnier normand croisant celle d'un marin-poète breton, il n'en faut pas plus pour entamer le voyage. Au long cours.


Echappées belles


Morel s'est volontiers laissé prendre dans les filets de Le Guilvinec, entraînant avec lui ses copains Gérard Mordillat et Antoine Sahler. Résultat : une biographie de ce matelot oublié, "Tous les marins sont des chanteurs", et un album éponyme. "Cette chanson, 'La Cancalaise', je la connaissais car j'avais un oncle Octave qui la chantait souvent" relate François Morel qui confie aussi que sa grand-mère était originaire de Lambézellec. Mais ça, c'est une autre histoire. 

Le livret déniché à Saint-Lunaire étant "un peu usagé", il a fallu changer "quelques petites choses" dans ces chansons qui fleurent bon le large, les échappées belles à bord du chalutier "L'audacieux" où Yves-Marie Le Guilvinec oeuvra, allant pêcher la morue sur les bancs de Terre-Neuve. 


"Kenavo Brest"


Epaulé par son comparse de toujours Antoine Sahler, François Morel revisite avec allégresse ces chants de marin, "des raccourcis de toutes les choses de la vie, souligne-t-il. Ils évoquent les départs, les retrouvailles. C'est de l'amitié chantée à plusieurs. C'est du partage, dans les bars, les fins de repas. Il y a la rigolade, la tristesse, la douleur des séparations. La vie, en somme".

Et puisqu'il s'agit aussi de ressusciter un Breton, né en 1870 à Trigavou près de Dinan, mort en mer à 30 ans, le duo Morel-Sahler s'est appuyé sur des connaisseurs de la musique traditionnelle. "J'ai appelé Marc Riou, qui joue de la flûte celtique, de la bombarde et des percussions, raconte Antoine Sahler. De son côté, il a pris contact avec l'accordéoniste Ludovic Rio et le guitariste Antoine Leclerc. On avait envie de faire un truc qui ramène évidemment à la Bretagne".

"Tous les marins sont des chanteurs" recèle également une chanson en langue bretonne, "Kenavo Brest", portée par la voix de Nolwenn Korbell. 
Morel-Le Guilvinec, la rencontre est heureuse. On pourrait dire que le hasard d'un vide-grenier à Saint-Lunaire fait même bien les choses quand il place sur le chemin du comédien un dreyfusard, admirateur de la Commune de Paris, marié à une métisse, "l'antithèse de Théodore Botrel" précise François Morel.
Botrel, lui aussi né à Trigavou, lui aussi chanteur qui connaîtra le succès avec "La Paimpolaise" et qui s'emploiera à rayer son rival de la carte. Jusqu'à ce qu'une main curieuse s'empare d'un vieux livret et dépoussière l'histoire.
 
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