79 après, Marcel Cohen, enfant juif caché à Messac pendant la Seconde Guerre Mondiale, retrouve la famille de ses bienfaiteurs

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Écrit par S.B. avec Madeleine Le Page

Un prénom, Annette, un nom, Gru… Voilà tous les éléments que possédaient Marcel Cohen. Depuis des années, il cherchait à retrouver la trace de cette femme qui lui a sauvé la vie en le cachant, lui, le petit garçon juif, pendant la seconde guerre mondiale. Ce 7 mai 2022, il a enfin rencontré les descendants d'Annette.

"J’ai échappé à la déportation tout à fait par miracle " témoigne Marcel Cohen.

Le petit garçon avait 5 ans ce 14 aout 1943. Comme il faisait du bruit dans l’appartement, sa mère avait demandé à Annette, la bonne, de l’emmener au Parc Montceau.

Quand ils sont rentrés, la concierge a fait signe à Annette qu’il ne fallait surtout pas monter. Les policiers étaient dans l’appartement. Annette et le petit garçon sont restés sur le trottoir, ils ont vu toute la famille, huit personnes, monter dans un camion.

Seul rescapé

Tous ont été déportés à Auschwitz. Aucun n’est rentré. Marcel et Annette ont passé deux nuits dans la capitale puis la jeune femme a décidé de rentrer chez elle à Messac avec l’enfant.

"Quand ma mère était détenue à Drancy, elle a jeté un mot au-dessus des barbelés demandant à Annette de s’occuper de moi comme si j’étais son fils. A ce moment-là, j’étais déjà avec elle, en Bretagne" sourit Albert Cohen.

"Annette et son mari m’ont sauvé la vie comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. En accueillant un enfant juif, ils risquaient pourtant la peine de mort."

Une longue quête

Le TER a fait son entrée dans la gare de Messac, il y a quelques minutes à peine. Marcel Cohen en est descendu. Comme il y a 79 ans sans doute, le cœur battant un peu plus fort qu’à l’accoutumée.

Pendant deux ans, il a vécu dans la maison d’Annette et de son mari Mathurin au 46 rue de la Gare. Après la guerre, il les a cherchés, en vain.

Et puis, il y a quelques mois, une de ses lettres est arrivée entre les mains de Jean-Claude Bourgeon, historien local de Messac. "Personne dans la commune ne savait qu’il y avait eu une enfant juif caché pendant la guerre ", s’étonne alors Jean-Claude Bourgeon.

Pendant des semaines, il va remuer ciel et terre pour retrouver les traces de ce couple héroïque.

Un jour, sur une annonce de décès, Jean-Claude Bourgeon déniche une piste. Un nom, un numéro de téléphone et ce 7 mai 2022, les voilà, tous ensemble. Marcel Cohen, l’historien et les descendants d’Annette et de Mathurin Gru. "J’étais émue aux larmes quand j’ai lu votre histoire" raconte Patricia Roudain, arrière-petite-fille d'Annette.

Un acte de bravoure

"C’est un acte de bravoure incroyable" renchérit Jean- Claude Bourgeon. "Marcel n’allait pas à l’école parce que c’était trop risqué. Il aurait pu être démasqué par un copain de classe un peu trop bavard."

"Je sentais un très grand manque j’imagine, se souvient Marcel mais, et c’est peut-être le vrai drame de la Shoah, c’est que la vie continue malgré tout et malgré tout, on a une enfance heureuse."

"Quiconque sauve une vie, sauve l'univers"

Marcel Cohen souhaite qu’une plaque soit apposée quelque part dans la commune pour témoigner du courage et de l’engagement d’Annette et de Mathurin. Devenu journaliste et écrivain, il a lancé les démarches pour qu’ils reçoivent tous deux la Médaille des Justes, décernée à des personnes non juives pour leur acte de bravoure pendant la Seconde Guerre mondiale.

"Ce sont des choses que l’on doit à tous ceux qui se sont battus, ont résisté, la plupart du temps, c’était des gens simples" explique Jean-Claude Bourgeon.

"Je dois la vie à Annette et Mathurin termine Marcel Cohen et je leur dois aussi l’idée que la vie vaut la peine d’être vécue parce qu’il y a des gens qui font des choses extraordinaires dans la discrétion."