A l'école des arbres, ou comment grimper permet aux enfants de se reconnecter avec la nature

L’association Là-Haut propose des dispositifs d’animation favorisant la relation homme-nature. Les ateliers de grimpe ont pour objectifs de changer le regard des participants sur les arbres mais aussi de contribuer à leur épanouissement personnel.

Les sixièmes du collège Théophile Briant de Tinténiac en "arbesanteur"
Les sixièmes du collège Théophile Briant de Tinténiac en "arbesanteur" © Maylen Villaverde

« Il est gros...y’a de la mousse… y’a pas de branche… » les yeux bandés par un foulard, Nicolas tâte l’arbre sur toute sa hauteur. Le jeu consiste à utiliser le toucher et l’odorat pour tenter de reconnaître cet arbre une fois la vue retrouvée. Ce matin-là, Nicolas et ses camarades de sixième du collège Théophile Briant de Tinténiac (Ille-et-Vilaine) participent à un atelier entièrement consacré à l’arbre. Ce premier exercice est en fait une petite entrée en matière car l’évènement de la matinée est une session de grimpe aux arbres.

 

Mise en condition

Les uns après les autres les enfants sont équipés de baudriers. A ce stade, aucun d’entre eux n’a l’air inquiet. Il faut dire que c’est là leur deuxième séance de grimpe depuis le début de l’année.  « Vous vous souvenez. Ce nœud coulant s’appelle le nœud de Prusik… la boucle en dessous, c’est la pédale où vous mettez le pied, et tous les deux mètres environ vous n’oubliez pas de faire un nœud magique » les éducateurs à la grimpe réexpliquent les bases techniques et rappellent les règles de sécurité.

Alors que le moment est venu de s’élancer, Ismaël est tout de même impressionné « ben là, je trouve que c’est vachement haut ». Ben Yamin, lui, a hâte de profiter du paysage mais… « quand même, j’ai un peu peur » dit- il en souriant.

 

A l’assaut des cîmes ou pas

Les enfants s’élancent enfin. Chacun avec ses appréhensions et surtout chacun à son rythme. Comme dans tous les disciplines il y a celles et ceux qui filent et ceux qui prennent leur temps.

Lorenzo et ses trois camarades ont quelques mètres de retard sur les trois filles du groupe. Ils ont décidé de s’arrêter à trois mètres du sol. « La difficulté c’est la peur de tomber et aussi il faut beaucoup de force. C’est difficile de prendre confiance » nous confie-t-il.

Après une heure de grimpe, certains jeunes ont presque atteint les cîmes, d’autres ont stoppé leur progression bien avant mais pas question de redescende tout de suite. "Maintenant on va lâcher, se balancer en poussant sur nos jambes et on essaie de lâcher les mains" leur propose Ludivine de l'association Là Haut. Doucement, l'éducatrice grimpeuse tente de rassurer les enfants et de leur faire gagner un peu en confiance. S'ils ne sont guère très à l'aise, les jeunes essayent et s'encouragent entre eux. Si la grimpe est un défi pour chacun d'entre eux c'est aussi une expérience collective où la solidarité tient une belle place. Au final quelle que soit leur performance, les grimpeurs en herbe semblent tous satisfaits du moment passé.

« C’était bien ! Je suis allé assez haut. Le but c’était d’aller le plus haut possible mais aussi de se taire pour profiter de la nature, des oiseaux, pour ressentir la force de l’arbre » explique Armel.  

Lewis aussi est content de cette aventure : « A la première séance j’ai eu du mal et là j’ai été à fond. J’ai été presque au bout, et en haut j’ai fait de la balançoire. En plus, on voyait tout le paysage. J’ai eu confiance en moi et j’suis assez fier de moi. »

 

L’arbre, outil d’émancipation

Aux commandes de ces ateliers, il y a Régis Morel et Ludivine Pilu de l’association Là-Haut. Tous les deux sont des professionnels de l’animation et de l’éducation à l’environnement. Convaincus des multiples vertus de l’arbre sur l’homme, ils en ont fait un outil pédagogique.

Avec ces classes perchées, comme ils les appellent, les deux éducateurs à la grimpe entendent bien sûr sensibiliser les jeunes à leur environnement pour les amener à le préserver. Ils sont aussi persuadés que la grimpe a un réel pouvoir d’émancipation.

« Dans la grimpe, on est face à soi-même en fait.  On a confiance dans le matériel, on a confiance dans l’arbre. Reste à avoir confiance en nous même et dépasser cette peur.» explique Régis Morel.

Cordes voyageuses, table-perchée, tyrolienne, bivouac dans les arbres, l’association organise de nombreuses activités autour de l’arbre qu’elle propose aussi aux personnes en situation de handicap.

Sur son site internet, l’association Là haut annonce comme un slogan : ,

Nous entendons que la pratique de la nature a un effet bénéfique sur la santé. Nous pouvons nous appuyer sur des études qui le démontre.

« La grimpe permet une reconnexion totale » ajoute le cofondateur de la structure. « C’est une pédagogie intégrale Le corps est en mouvement, on est en connexion avec la nature. On touche l’arbre, on est ancré à lui et on est en « arbesanteur ». Au fur à mesure que l’on grimpe on se rend compte du côté majestueux. Energétiquement ça nous fait du bien !»

Le message de l’association est clair : prenons soin de l’arbre car lui prend déjà soin de nous.

 

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