Congrès des maires. "Avec la fatigue, la flamme s’éteint" Pourquoi cet élu Breton a démissionné

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Écrit par S.B. avec Gilles Le Morvan

En juillet dernier, à peine plus de deux ans après son élection comme maire de sa commune, Le Sel de Bretagne, Stéphane Morin a choisi de démissionner. Depuis mars 2020, plus de 900 maires ont, comme lui, choisi de raccrocher leur écharpe. C’est autant en deux ans que pendant la totalité du mandat précédent. Un malaise des élus que Stéphane Morin a accepté de nous expliquer.

"Il y a un moment où j’ai senti que ça allait craquer et je ne veux pas craquer", explique Stéphane Morin. En juillet, il a envoyé sa lettre de démission en Préfecture et prévenu les habitants qu’il quittait ses fonctions.

En 2020, le maire sortant du Sel de Bretagne avait décidé de ne pas briguer un mandat supplémentaire. Stéphane Morin, un de ses adjoints s’est lancé. Une seule liste. Sans étiquette. Il a été élu avec 100% des suffrages. Mais il a déchanté.

Une épidémie mondiale pour commencer le mandat

Les élections ont lieu en mars 2020 au début de l’épidémie de Covid. "On a tout de suite dû faire face à la crise, gérer le confinement. On se retrouve maire à piloter un bateau compliqué parce qu’on ne sait pas où on va, et que l’on n’a pas de masques," décrit l’ancien maire.

A 36 kilomètres de Rennes, le Sel de Bretagne, est une commune tranquille de 1 106 habitants.

Quand j’ai été élu, on m’a posé les clés de la mairie et on m’a dit, débrouille-toi !

Stéphane Morin

"Et dans les petites communes, poursuit l’ancien élu, le maire fait tout avec le ou la secrétaire."

Un rôle à plein temps



Il y avait donc les réunions (8 à 10 heures par semaine), le quotidien, (30 heures hebdomadaire de travail pour la mairie) et tout le reste. "On est maire 24 h sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an. On est maire, toutes les minutes, toutes les heures. C’est une pression incroyable. Je pouvais être appelé le dimanche matin par un habitant ou par les gendarmes…"

Résultat, Stéphane Morin cumule : 35h pour son métier, autant pour la commune, plus quelques autres activités, il travaille 80 à 90h par semaine. "C’est une fatigue qui fait que la flamme s’éteint."

"J’avais des agents et des adjoints extraordinaires, mais si on a un métier, une famille, c’est impossible d’être maire correctement, conclut rapidement Stéphane Morin. Et on le voit, la plupart des élus, ce sont des personnes à la retraite qui n’ont plus de famille à charge et peuvent donc se consacrer pleinement à leur mission, mais cela pose un problème de représentativité. Il faudrait que cela soit un rôle à plein temps."

Un apprentissage sur le tas

Quand il est entré à la mairie, Stéphane Morin n’avait pas eu la moindre formation aux tâches administratives, pas de formation non plus à la comptabilité, aux finances. Pas une seule heure d’explication sur l’urbanisme, la politique culturelle, la gestion sociale des agents et évidemment, pas de cours pour apaiser les conflits entre riverains.

L'élu a suivi quelques formations mais entre son travail, sa fonction de maire et sa famille, impossible d'être partout ! 

Comme on ne peut pas conduire une voiture si on n’a pas le permis, on ne devrait pas pouvoir être maire si on n’a pas suivi une formation

Stéphane Morin

"Là, en l’état actuel des choses, on peut être maire, gérer un budget de 2 millions d’euros, sans rien. Alors évidemment, on veut bien faire et on s’épuise".

Boîte à claques des habitants

Stéphane Morin conserve quelques bons souvenirs de sa brève carrière de maire. "J’ai fait de très belles rencontres avec les habitants, avec les élus, souligne-t-il, c’est une mission passionnante. Il faut être très polyvalent, très touche à tout. On passe d’un problème d’assainissement à une question de budget, puis on saute dans une réunion sur l’école."

"Mais la pression est importante et permanente. Et puis, il y a les mauvais côtés, quand il faut annoncer des décès, quand les discussions entre voisins s’enveniment parce que le chien aboie toute la nuit. On a parfois droit à des insultes."

Ceux qui sont contents ne viennent pas dire à la mairie, nous sommes contents de vous… mais on voit passer tous ceux qui ne sont pas contents.

Stéphane Morin

"Et on est un peu trop souvent la boîte à claques des habitants."  Si l’on ajoute à ce constat, la crise de l’énergie, la disparition des services publics, les budgets en berne, la crise de vocation des maires cesse d’être un mystère.

"On ne maitrise plus nos ressources, comme la taxe d’habitation, qui ont été nationalisées, s’agace Stéphane Morin. On nous demande d’avoir des projets, mais on ne sait pas quel sera notre budget. S'il y a de moins en moins d’élus, ce n’est pas un hasard."

Monsieur le maire a droit à une vie

Parmi les administrés, il y en a une qui se félicite de la démission du maire, c'est son épouse, Anne-Claire. "Depuis qu’il a démissionné, on est plus au calme, témoigne -t-elle. Il y a beaucoup moins de stress à la maison. Il était trois ou quatre soirs par semaine en réunion, on ne mangeait plus en famille. Et quand il rentrait, il ne s’endormait pas avant minuit ou 1 heure du matin le temps que le stress redescende."

"Il était un peu à cran. On n’en était pas à se disputer à cause de ça, mais ça rajoutait du stress au quotidien, qu’il n’y avait pas avant et qu’il n’y a plus."

Un malaise national

Selon les chiffres de la Gazette des communes, au 1er septembre 2022, 960 maires avaient démissionné. En 2 ans, c’est autant de départs que pendant la totalité du mandat précédent.

Près des trois quarts des démissions concernent les élus de communes de moins de 1 500 habitants et plus de 450 étaient les édiles de communes de moins de 500 habitants.

 

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