Enrico et Marcelo, installés en Bretagne : "Au début de la pandémie, on a pris l'Italie pour un pays sous-développé"

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Écrit par Gilles Le Morvan
La basilique de Florence à l'heure du confinement
La basilique de Florence à l'heure du confinement © Carlo BRESSAN / AFP

Ils sont bretons et italiens. Enrico et Marcelo ont depuis 30 ans leur vie ici, leurs attaches là-bas, et le coeur des deux côtés. Les voilà à leur tour, confinés. Avec le sentiment que la France a peut-être fait preuve à l'égard de leur pays d'un peu trop de suffisance, au début de la pandémie. 
 


En Italie, l'hécatombe se poursuit. 800 morts en 24 heures, 4.825 décès depuis un mois, plus de 3.000 pour la seule région de Lombardie.

A 1100 km de là, Marcelo et Enrico, deux Italiens installés en Bretagne depuis plus de trente ans, suivent par procuration l’évolution de la pandémie dans leurs pays d'origine.
 

Des proches jusqu’ici épargnés


Marcelo a sa famille dans la région de Milan. Dans ce qu’on appelle la "zone rouge", l’épicentre. Pour l’instant, pas de décès à déplorer parmi ses proches, mais "ce qu’ils vivent là bas, est une catastrophe. Les gens ont la trouille."

"Ceux qui doivent sortir pour aller bosser, qui ne télétravaillent pas, sont très inquiets. Le gouvernement vient de durcir encore le confinement, en ordonnant l’arrêt de toute activité de production autre que celle strictement nécessaire. C'est une bonne chose."

   
Enrico lui, est originaire de Toscane, d’un village jusqu’ici épargné. "J’ai beaucoup de chance, dit-il. Mais, ma maman de 92 ans qui souffre de diabète vit, elle aussi recluse dans son appartement. C’est mon frère qui lui amène de quoi manger. Elle est très angoissée. J’étais allé là-bas en décembre pour le décès de mon père. Je devais retourner la voir en avril, je vais devoir attendre."   
 

"Avant je m’inquiétais pour ma famille italienne, maintenant c'est elle qui m’appelle"


Tous les deux suivent la propagation de l’épidémie via internet, la télé, la radio. "Grâce à certaines applis, ajoute Marcelo, on communique aussi par vidéo. Avant je prenais de leurs nouvelles, aujourd’hui, c’est à leur tour de s’inquiéter pour moi."   

"J’essaie de ne pas me noyer dans les réseaux sociaux, explique Enrico. Je veux garder la tête froide. Les Italiens ont parfois un caractère un peu excessif.  C’est un peu tout ou rien. Il y a les ultra angoissés, et ceux qui prennent çà un peu trop à la légère, et ne respectent pas suffisamment les consignes de confinement."
 

"Avant les Parisiens en Bretagne, il y a eu les Milanais dans les Pouilles"


Si la Bretagne a connu ces derniers jours quelques tensions avec l’arrivée de Parisiens dans leur résidences secondaires, Enrico raconte que le même phénomène s’est déroulé en Italie, il y a 2 semaines.

Beaucoup de Milanais ont plié bagages vers le sud.  Avec le risque de contaminer des secteurs jusqu’ici épargnés. Le Président de la région des Pouilles avait alors instauré des mises en quarantaine pour toutes les personnes arrivant de Lombardie, et demandé aux voyageurs de renoncer, voire de faire demi tour, en leur disant : "Vous êtes en train de transporter le virus, qui infectera les poumons de vos frères et sœurs, de vos grands-parents, oncles, cousins et parents.”

Selon Enrico, "cette crise ne fait aussi que révéler un peu plus l’individualisme de nos sociétés."

 

En France , on a pris l’Italie pour un pays un peu sous-développé


Depuis un mois, les deux hommes regardent évoluer la crise du coronavirus avec leur double identité. Et ils estiment, c'est leur ressenti, que la France a peut-être fait preuve d’un de peu de "suffisance".

"Au départ, j’ai le sentiment qu’en France, lâche Enrico, on a considéré que ce qui se passait là-bas, ne pouvait pas nous arriver ici. Comme si l’Italie était un pays pauvre, les clichés ont la vie dure. Dans nos pays occidentaux en général, il y a toujours cette forme d’arrogance, on s’imagine qu’on est forcément plus développé que le voisin du dessous."

"Il y a là-bas, c’est vrai de fortes inégalités entre le Nord et le sud, ajoute-t-il, mais dans le Nord, le système sanitaire est un des plus pointus d’Europe. Et il a été submergé. Et maintenant, la France découvre à son tour qu’elle n’est pas forcément mieux lotie, qu’on manque de gel, de masques, de lits de réanimation..."

"La théorie de la rentabilité des hôpitaux, ça fonctionne peut-être sur le papier,
analyse Enrico, Mais là, face à l’impondérable, une catastrophe naturelle, un tel virus, les digues lâchent. Le monde de la santé devrait avoir ici, comme là-bas plus de moyens en amont pour pouvoir gérer ce type de situations".
 

Tirer les leçons ce ce qui s'est passé en Chine et en Italie, pour vaincre la pandémie 


Un peu de suffisance française ? Marcelo partage.

"Quand l’Italie a été touchée, j’ai été un peu surpris ici parce que j’entendais, ce que je lisais, alors que le système sanitaire en Lombardie tient vraiment la route. Et puis le virus a fait le voyage. Et la France, qui aurait pu voir venir le danger, a eu retard à l’allumage. On se met à commander des masques, c’est bien, mais on aurait pu gagner du temps." 

"Maintenant, il faut tous regarder devant et tirer les enseignements de ce qui s’est passé en Chine, en Italie, ailleurs, pour en finir avec cette pandémie »    


 

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