"Pour trouver un repreneur, il faut en chercher un", les salariés redoutent la liquidation de leur abattoir

Ce mercredi 10 juillet, après l’échec de la réunion du CSE hier et une journée de débrayage, le travail a repris dans l’atelier de découpe de viandes d’Antrain (Ille-et-Vilaine), mais le cœur n’y est pas. Les 60 salariés redoutent la liquidation judiciaire qui pourrait être prononcée le 17 juillet par le tribunal de commerce de Rennes.

"On sait qu’en France, il y a trop d’abattoirs, se désole Philippe Choisnel, 31 ans de désossage dans l’atelier d'Antrain, la consommation de viande a baissé. Mais nous, on faisait notre boulot et là, tout s’effondre."

Lundi 8 juillet 2024, les salariés ont reçu un dossier :"on nous annonce qu’on passe d’une procédure de redressement à une procédure de liquidation, explique Philippe Pichon, membre du CSE. 60 salariés risquent de se retrouver sur le carreau. "

L’arrêt de l’abattage à l’automne


Ces dernières années, l’abattoir d’Antrain a connu de nombreux propriétaires. Ses salariés ont travaillé pour Charal, puis l’atelier est devenu un des sites d’AIM (Abattoir industriels de la Manche) pour finir par tomber dans l’escarcelle du groupe belge Sopraco.

Le matériel date des années 1990 et n’a presque pas été remplacé constatent les salariés, mais les vraies difficultés ont débuté cet automne quand la préfecture a annoncé la fin de l’abattage pour des raisons sanitaires. 

"L’abattage s’est arrêté parce qu’il y avait une mise aux normes à faire, témoigne Philippe Pichon, ils ont fait des petits travaux et puis ils ont dit, demain on ne tue pas et hop terminé. Depuis on ne tue plus, on reçoit des carcasses qu’on découpe mais les frais de transport coutent très cher. "

"On en a travaillé de la viande, c’était phénoménal se souvient Josselin. Fallait abattre, fallait abattre et maintenant, on est livrés à nous-mêmes. Moi, plusieurs fois, j’ai tiré le signal d’alarme en disant, quand même, avec le chiffre d’affaires qu’on fait, on pourrait faire de la rénovation, on m’a fait… pssiiitt "dit -il en faisant un geste façon pousse-toi… 

"Il y avait notamment la triperie à remettre aux normes, des aides de l’Etat étaient prévues pour aider à financer les travaux, ils n’ont même pas répondu de l'abattoir" s’indigne Philippe Pichon. 

25 licenciements en janvier


Sur les grilles du site, les salariés ont accroché des croix noires et de grandes banderoles. Dans quelques jours, le site pourrait fermer mais ses 60 salariés sont dans le flou. "On ne sait pas, poursuit le membre du CSE, ils ont tout laissé tomber. "

En janvier 2024, 25 salariés ont été licenciés mais cela n’a semble-t-il pas suffi. Le 28 mai, le site a été placé en redressement judiciaire. Une nouvelle audience est prévue le 17 juillet au tribunal de commerce de Rennes. 

"Pour trouver un repreneur, il faut en chercher un, constate Elise Brand avocate du collectif des salariés, et depuis plusieurs mois, tout a été mis en œuvre pour ne pas en trouver pour ne surtout pas installer un concurrent. "

"Depuis la fin de l’abattage, le 9 novembre 2023, les salariés n’ont eu aucune explication, regrette l’avocate. La seule information qu’ils ont reçue, c’est en mars-avril, on leur a dit, vous allez démonter les outils de production, les chercher dans un camion et il y a des salariés qui vont aller à Sarreguemines pour former les salariés de là-bas.  Les engins ils fonctionnent… là-bas, à Sarreguemines ! "

Elise Brand parle de "pillage des actifs" par l’actionnaire belge. "Ensuite, dit-elle, il a mis des cadenas pour que personne ne puisse entrer dans l’usine et voir les chaines de production. Il n’y a plus rien, l’atelier d’abattage est vide !" et elle reprend son leitmotiv : "pour trouver un repreneur, il faut en chercher une et il faut qu’il ait quelque chose à reprendre, là, il n’y a plus rien ! " 

L’avocate exige le retour de ces machines à Antrain. Il ne servira sans doute pas à travailler mais pourra être vendu pour financer le départ des salariés.  "Manifestement, on n’aura pas de repreneur, mais ce qu’on veut c’est que les salariés qui ont travaillé 30 ans ici ne partent pas sans aucune aide et sans aucun soutien. "

Devant l’atelier où il a travaillé toutes ces années, Philippe Choisnel s’inquiète," il y a des gens qui ont des maisons, des prêts à rembourser, des enfants qui font des études. Et on est dans une région où le travail ne court pas les rues. Certains ont 57 ou 58 ans… "

Une nouvelle journée d’action est prévue juillet à la veille de l’audience, le 16 juillet. 

(avec Gilles Le Morvan )

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