Pourquoi cette bonne moisson n'est pas une si bonne nouvelle pour les agriculteurs bretons

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Écrit par MT avec G Le Morvan

Depuis février et l'invasion russe en Ukraine, les cours du blé ont doublé, atteignant jusqu’à 400 euros la tonne. Mais certains agriculteurs bretons avaient déjà pré-vendu leur récolte en début d'année, alors que la cotation n'était pas au plus haut. Ceux-là appréhendent de devoir racheter prochainement du grain pour nourrir leurs bêtes. Tandis que ceux qui vendent en ce moment, se frottent les mains.

A Guichen au sud de Rennes, la moisson de blé bat son plein. Avec quinze jours d’avance sur le calendrier habituel, comme pour l’orge ou le colza ces dernières semaine. L'année se révèle très chaude et très sèche, enregistrant, en Ille-et-Vilaine, 30 à 40% de pluviométrie en moins par rapport à la normale. 

 "Le blé a pris des coups de chaleurs il y a trois semaines, ça l'a fait avancer beaucoup plus vite", précise Pascal Auguin, agriculteur à Guichen

De bons rendements

 Le manque d'eau a déjà donné des sueurs froides aux agriculteurs bretons. Finalement, les premiers rendements de blé s'avèrent plutôt bons: environ 75 quintaux par hectare. Avec néanmoins de fortes disparités selon les endroits: certaines parcelles ont pu, dans l'état de sécheresse générale, profiter des pluies d'orage, et d'autres non. Les rendements peuvent ainsi osciller du simple au double, à quelques kilomètres de distances… 

La flambée des cours du blé

Depuis février et le début de la guerre en Ukraine, les cours ont doublé. Quatre mois et demi après le début du conflit, la fièvre reste élevée mais elle est un peu retombée. Vendredi 1er juillet, la tonne de blé tendre, livrable en septembre, se négociait à 334 euros sur le marché Euronext. A comparer au record historique atteint à la mi-mai 2022, à 438 euros la tonne. Ainsi, selon la période où la vente a été signée, tout le monde ne sera pas logé à la même enseigne.

Certains agriculteurs ont vendu avant la crise ukrainienne, à 200 ou 230 euros la tonne, d'autres ont attendu et ont vendu à 350 euros la tonne, le résultat économique final est évidemment très différent.

Lionel Quéré

Ingénieur agronome et conseiller à la Chambre régionale d’agriculture

Soit, pour une récolte moyenne de 7 tonnes, plus de 1000 euros de différence dans la poche de l'agriculteur, selon la période à laquelle il a vendu sa production.

Du grain à vendre mais aussi à acheter

Cet agriculteur de Goven regrette d'avoir vendu l’essentiel de sa récolte avant la flambée des cours. Mais il avait besoin d’argent cet hiver. Heureusement, Raphaël Lebrun a encore du blé à mettre sur le marché. Avec une tonne autour de 300 euros, il va pouvoir se rattraper un peu. Mais comme il est avant tout éleveur, il sait qu’il reperdra ce qu’il a gagné, en achetant des céréales pour ses bêtes, pour l'hiver prochain.  

La Bretagne compte peu de céréaliers. Sur une terre d’élevage, un prix du blé élevé n’est donc pas forcément une bonne nouvelle.

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