1er mai sans muguet : ce n’est pas la Fête du Travail pour les fleuristes

Autour de Rennes, les fleuristes s’impatientent. Ils avaient rêvé d’une dérogation aux règles du déconfinement pour vendre les traditionnelles petites clochettes blanches. Ils vont devoir attendre le 11 mai et voir l'avenir de leur profession différemment.
Quelques fleurs sans clochettes pour des compositions du 1er mai 2020
Quelques fleurs sans clochettes pour des compositions du 1er mai 2020 © Mathieu Michel / DR

D’ordinaire, pour préparer une bonne journée de vente un 1er mai, un commerçant fleuriste doit anticiper en passant commande aux grossistes dès la fin mars ou le début avril. Mais que faire ? Ils ne font pas partie des commerces de première nécessité.
D'ailleurs cette année, les producteurs nantais n’ont cueilli que ce qu’on leur a commandé, eux qui cultivent 80% de la production nationale. Ils n’ont pas voulu trop embaucher de cueilleurs ni mettre de gros stocks aux frigos comme d'habitude. Trop de risque d’investir à perte.
 

Un 1er mai sans muguet

La fleuriste de mon village, elle non plus ne se berçait pas d’illusions : 
"C’est toujours une fête difficile à gérer au niveau du stock. Quand il fait beau les jardins regorgent de muguet et il y a beaucoup de vendeurs à la sauvette. Le niveau des commandes dépend donc de la météo. Et cette année on ne savait pas où on allait, même les grandes surfaces ont diminué leurs achats se demandant si les clients allaient encore avoir envie d’acheter des fleurs."
 

Vente à la sauvette interdite

Le 21 avril, le ministre de l’agriculture et de l’alimentation a annoncé que la vente du muguet dans la rue était interdite, mais il a aussi douché les espoirs des fleuristes.

 

Ainsi seuls les commerces de première nécessité pourront vendre du muguet : les supermarchés, les tabacs... Un crève-cœur pour les artisans fleuristes qui espéraient vendre le muguet au moins sur le pas de leur porte.

J’ai appelé mon comptable hier : c’est très compliqué

La fleuriste installée dans un petit bourg au sud de Rennes n’a pas les mêmes ventes qu’en ville où une bonne partie des clients achète pour eux-mêmes, pour égayer le domicile, pas seulement pour offrir. Alors ouvrir un drive et organiser des livraisons (les seuls types de vente autorisés) ce n’est pas une perspective très rentable, surtout pas pour de petits bouquets de muguets à quelques euros.

Se refaire une trésorerie

Au moins notre fleuriste s'estime-t-elle plus heureuse que bien d'autres petits commerçants : elle a la chance d’être propriétaire de ses murs. Son mari travaille pour une entreprise qui n’a pas fermé et elle a pu garder ses enfants. Elle a rempli des dossiers un peu compliqués pour obtenir l’aide aux petites entreprises et maintenir un salaire à son employée à temps partiel. Elle attend maintenant de connaître les conditions d’ouverture : le nombre de clients en boutique, le port de masques…

L’aide gouvernementale va à l’entreprise, avec ces 1500 euros elle aura assez de trésorerie pour acheter un petit stock de nouvelles fleurs pour rouvrir doucement après le 11 mai. Les clients sont bien présents, ils passent souvent des appels et l’encourage. L’espoir c’est de se remettre en selle pour la Fête des Mères. 
Mathieu Michel a repris les commandes lundi à mercredi pour livrer ce jeudi et ce vendredi 1er mai
Mathieu Michel a repris les commandes lundi à mercredi pour livrer ce jeudi et ce vendredi 1er mai © Mathieu Michel / DR

 

Une cagnote pour le fleuriste de Bruz

Comment se refaire une trésorerie quand elle a fondu sur la durée du confinement ? C’est aussi la question que se posait Mathieu Michel, le fleuriste de l’Atelier Bis à Bruz un des trois fleuristes de la plus peuplée des communes de Rennes Métropole. Michel, lui aussi s’est confronté au dossier de chômage partiel pour sa collaboratrice Laura. Elle travaille avec lui à plein temps et il veut maintenir son salaire : « Il faut rentrer des RIB et des codes… ce dossier c’est une véritable usine à gaz ».
Huit jours après le début du confinement, il se demandait de quoi sera fait l'avenir. Comment se donner les meilleures conditions de reprise ?

C’est à l’occasion d’un apéro-visio avec des amis de New-York que l’idée germe. Là-bas les restaurants et leurs employés se préparent à entrer dans la crise sanitaire sans filet social. Certains lancent des appels sur les réseaux sociaux pour pré-vendre à leurs plus fidèles clients de futurs repas sous forme de bons d’achats. Une façon de solliciter la solidarité des clients mais aussi de se rendre plus visibles sur les réseaux sociaux.

10, 20… 50€ pour acheter plus tard des compositions florales, pourquoi pas ?
Le 25 mars, le fleuriste du cluster de Bruz et sa complice se lance dans l’aventure. Le défi sera d’atteindre 4500 euros !

 Une semaine plus tard ils ont déjà atteint la moitié de la cagnotte et passe à l’antenne de Radio Laser.
La radio associative de Guichen éveille des jeunes au journalisme depuis des années ; elle est très écoutée par la population des environs de Rennes jusque dans les Ehpad.


L’espoir d’un lendemain différent après le confinement

Ce montant a été atteint le 26 avril. 4680 €, de quoi voir venir. Mais le fleuriste se pose aussi des questions d’avenir plus philosophiques et politiques. Sa formation de paysagiste l’a sensibilisé très tôt à l’écologie. Il pense qu’il est temps de vendre plus de productions locales plutôt que des fleurs de grossistes qui viennent de Hollande ou d’Afrique au prix de grosse dépenses de gasoil et de kérosène. On ne peut pas continuer comme ça dans le monde de demain. Mathieu a déjà recensé une quinzaine de producteurs bretons, dont un à Laillé à quelques kilomètres de Bruz. Mais les consommateurs vont-ils évoluer et revenir à des fleurs locales et de saison ?

Lui aussi mise sur la Fête des Mères, le 7 juin, pour remonter ses finances. En attendant il a fait l'impasse sur le 1er mai.
Lui non plus n'a pas commandé de muguet aux producteurs nantais. "Autrefois toute la famille des fleuristes confectionnait des bouquets mais les temps changent et ma femme a une autre profession". Le drive et la livraison ça ne marche pas pour des brins de muguets. Lui, son truc c'est la composition florale et surtout le contact avec la clientèle qu'il faut satisfaire et surprendre : avec sa collaboratrice ils ont décidé de redémarrer en reprenant les commandes lundi, mardi et mercredi dernier. Ils réamorcent l'activité avec quelques livraisons sans attendre le 11 mai avec des fleurs locales qu'ils sont allés chercher à Noyal-Chatillon avec la camionnette. 
Oeillets du poète, pivoines, roses ou ancolies, il y a de quoi faire.
Comme pour les légumes, il y a une saison pour chaque fleur.
 
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