Les 75 ans d'Ouest-France : la construction d'une institution

Le siège historique de Ouest-France rue du Pré-Botté à Rennes / © JP JASLET/OUEST FRANCE / Maxppp
Le siège historique de Ouest-France rue du Pré-Botté à Rennes / © JP JASLET/OUEST FRANCE / Maxppp

Ouest-France fête ses 75 ans. Le quotidien régional, le premier de France est devenu durant ces années une véritable institution, régulièrement saluée pour la qualité de son information. Un empire de presse, construit notamment par un homme, François-Régis Hutin, disparu en décembre 2017.

Par Krystell Veillard


Le 7 août 1944, après les années d'occupation, c'est la Libération. « Enfin Libre ! » titre d'ailleurs le premier numéro de Ouest-France. Le journal naît à Rennes, sur les idéaux  de la Résistance, à l'initiative de Paul Hutin. Un organe de presse construit sur les cendres d’Ouest-Eclair, créé en 1899 par l'abbé Trochu et Emmanuel Desgrées-du-Loû, le beau-père de Paul Hutin.
 

Après Ouest-Éclair, Ouest-France


Ouest-Eclair ne ne se relèvera pas de la tourmente de l'occupation, durant laquelle certains choisiront de continuer à faire paraître le journal et se compromettront, alors que d'autres rentreront dans la clandestinité et la Résistance... Ce sont ceux-là, qui prépareront l'après-guerre et qui reviendront pour créer Ouest-France.

Une nouvelle histoire va s’écrire avec ce journal, qui n'en finira plus de grandir pour devenir le premier quotidien en France en 1975. Aujourd'hui il sort chaque jour à quelque 660 000 exemplaires sur trois régions, Bretagne, Normandie, Pays de la Loire et compte 1576 salariés.
  

La modernisation engagée par François-Régis Hutin


Pour mener à bien cette entreprise, un homme : François-Régis Hutin, un des cinq fils de Paul, entré au journal en 1961, à son corps défendant, lui qui a "bourlingué" raconte t-il et qui se serait bien vu poursuivre une vie entre aventures et études sociologiques. Mais rappelé par son père, il lui succède en 1964, évinçant au passage son oncle et son frère.

C'est lui qui engagera le déménagement, de la rue du Pré Botté, site historique, vers Chantepie, à la périphérie rennaise à la fin des années 60. Une révolution pour le personnel, suivie quelque temps plus tard par la fin du plomb, le passage à l’Off-7 et à la couleur. Des évolutions qui amèneront le patron à faire preuve d'une grande force de persuasion.
 
 
François-Régis Hutin en 2011 / © DAMIEN MEYER / AFP
François-Régis Hutin en 2011 / © DAMIEN MEYER / AFP
 

Humanisme et catholicisme


L'entreprise se développe au service d'une information de qualité, soutenue par des valeurs bien affichées, et une devise à la Une du journal : Justice et Liberté. Le journal ne cessera jamais de défendre une ligne démocrate chrétienne, européenne et humaniste, marquée par l’engagement contre la torture durant la Guerre d'Algérie, contre la peine de mort, ou encore pour la défense de l'école privée... Une ligne à laquelle devra souscrire chaque journaliste à partir de 1977, suite à la grève des journalistes, déclenchée par le licenciement de l'un d'eux, clairement opposé à l'école libre dans ses articles. Les journalistes lors de leur embauche, auront désormais tous un entretien individuel avec le patron, avant de signer une charte, dont les principaux préceptes sont : Dire sans nuire; Montrer sans choquer; Témoigner sans agresser; Dénoncer sans condamner. 
 
La nouvelle rotative inaugurée en 2014 / © DAMIEN MEYER / AFP
La nouvelle rotative inaugurée en 2014 / © DAMIEN MEYER / AFP


Une association pour protéger le journal


En 1990, voyant le magnat de la presse hexagonal, Robert Hersant racheter petit à petit de nombreux journaux, François-Régis Hutin pour protéger Ouest-France, créé une association loi 1901. Cette association intitulée "Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste", est à la tête du groupe et détient 100% de la holding Sipa Presse. Une organisation tout à fait unique, qui garantit l'indépendance du journal.
 

Un groupe de presse et de communication tous azimuts


Ouest-France est aujourd'hui devenu hégémonique, régnant presque sans partage sur l'info dans le Grand Ouest, rachetant moult petits titres. Hormis sur l'ouest breton, où subsiste le Télégramme, la concurrence a été absorbée. L’empire s’est aussi beaucoup diversifié, édition, publicité, communication, annonces gratuites, télévision, radio...

François-Régis s'en est allé en 2017, laissant un groupe confronté à de nouveaux défis. La révolution numérique, le déclin de la presse papier et la chute des ventes, avec des projets de réorganisation, ayant entraîné une contestation des journalistes à l'automne 2018... un projet suspendu officiellement, mais dont tous savent qu'il est mis en place petit à petit et plus insidieusement. 

Au cours de ces 75 ans d'existence, Ouest-France a su évoluer, s'adapter, grandir. Depuis longtemps déjà, le journal est devenu incontournable dans l'ouest, une véritable institution, le plus grand, et sans doute aussi le meilleur quotidien régional, reconnu pour la qualité de ses contenus.    
 

Une journée spéciale sur France 3 Bretagne


À l'occasion des 75 ans de Ouest-France, France 3 Bretagne délocalise son antenne au siège du journal ce mercredi 16 octobre et propose trois grands rendez-vous en direct : la matinale, le 12/13 et le 19/20. Dirigeants du journal, collaborateurs et lecteurs seront présents pour évoquer l'histoire du premier quotidien français.

De même sur le web à 17h, depuis l'Espace Ouest-France Pré-Botté à Rennes, France 3 Bretagne organise en Facebook live, un débat sur le thème : les lycéens face à la presse.
 

Ouest-France en chiffres (2018)

 

  • Le premier quotidien français en terme de diffusion depuis 1975
  • Diffusion : 660 000 exemplaires en moyenne sur 3 régions, Bretagne, Normandie, Pays de la Loire (12 départements)
  • 53 éditions différentes et 2 éditions numériques : l'Édition du soir et l'Édition France
  • 1576 salariés, dont 550 journalistes - 2 400 correspondants locaux et 58 rédactions
  • Deux unités de production : Chantepie, avec 4 rotatives et La Chevrolière (44) avec 2 rotatives
  • Produits bruts 2018 : 318 millions d'euros

Le groupe Ouest-France

Géré depuis 1990 par une association à but non lucratif (loi 1901) « Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste », présidée par Jacques Duquesne
Le président du directoire et directeur de la publication d’Ouest-France est Louis Échelard.

Holding SIPA Ouest-France

  • Le journal Ouest-France / Dimanche Ouest-France
  • Infomer : Le Marin, Cultures Marines, Chasse Marée, Produits de la Mer
  • Les Journaux de Loire : Le Courrier de l'Ouest, Le Maine Libre, Presse Océan
  • Sofiouest : La Presse de la Manche, Voiles et Voiliers, Bretons, Le Mensuel (une partie du capital)
  • les éditions Edilarge, l'agence API
  • Precom Multimédias : régie de publicité + Régie Radio Région (Hit West, Radio Cristal, RFM, Virgin Radio, Radio Bonheur, Océane FM, Radiocéan...)
  • Spir communication : petites annonces immo, auto...
  • 20 Minutes

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