"Au collège beaucoup de filles cessent de prendre la parole". L'orientation scolaire vue sous l'angle de l'égalité des sexes

La journaliste et documentariste Anne Gouérou s'est intéressée à l'inégalité entre sexes, dans tous les domaines et dès le plus jeune âge. Elle en a fait une série de courts-métrages diffusés tous les dimanches dans Bali Breizh sur France 3 Bretagne. Au collège de Diwan de Quimper, elle interroge l'enseignante et les élèves de 3ᵉ sur leur choix de parcours d'orientation.

Anne Gouérou est journaliste indépendante. Dans la série intitulée Reizh Direizh qu'elle vient de réaliser, elle s'intéresse à l'inégalité filles garçons, depuis le plus jeune âge.  

Chaque semaine dans Bali Breizh sur France 3 Bretagne

Ces petits films sont diffusés chaque semaine depuis le 14 janvier dans l'émission en langue bretonne Bali Breizh sur France 3 Bretagne.

Nous les publions également chaque semaine ici, sur notre site. Vous trouverez aussi les explications de l'auteure, sur chacun de ces courts-métrages. 

Ce deuxième épisode s'intéresse à l'égalité des sexes au collège. L'orientation des filles et des garçons, à l'adolescence, est elle moins stéréotypée que celle des générations précédentes ?  

Retrouvez le deuxième épisode de Reizh Direizh :

Le mot de l'auteure :

"Après avoir exploré l'école primaire, je m'intéresse aux parcours d'orientation des filles et des garçons à l'adolescence. Sont-ils moins stéréotypés que ceux des générations précédentes ? Que nenni ! La plongée dans les statistiques est saisissante."

"Dans les lycées généraux, les spécialités littérature, langues, sciences économiques et sociales sont massivement squattées par les filles (85 % contre 15 %) tandis que les garçons trustent les spécialités mathématiques, numérique, sciences informatiques, physique, chimie (87 % contre 13 %). Les nombreuses filles qui suivent néanmoins une orientation scientifique se concentrent surtout dans une spécialité : la biologie."

"Du côté des lycées professionnels, les garçons se répartissent dans une myriade de formation aux métiers de la production, tandis que les filles se concentrent sur un nombre plus restreint de spécialités du domaine sanitaire et social et des services."

"Contrairement aux idées reçues, le problème de l'orientation concerne donc autant les garçons que les filles, car ils sont tout aussi frileux à s’engager dans les filières dites féminines, que les filles dans les filières dites masculines."

1ᵉʳ étage de la fusée dans le parcours de l'orientation

"C'est au collège, le premier étage de la fusée dans le parcours d'orientation.

Ninnog Latimier, l'enseignante et référente des troisièmes de Diwan Kemper en matière d'orientation, est à la manœuvre dans l'organisation du forum de l'orientation commun aux six collèges Diwan de Bretagne. Elle explique : "Avant même la période d'orientation, dans le courant de la cinquième,
beaucoup de filles cessent de prendre la parole. En troisième, les mains des garçons s'élèvent majoritairement dans la classe".

Décrochage pour les uns, conciliation pour les autres

"Un coup œil sur les études sociologiques corrobore cette information. Certains spécialistes y voient surtout une conséquence du décrochage scolaire plus fort des garçons, ces derniers étant aussi plus turbulents. Les enseignants, attentifs aux élèves en difficulté et préférant la participation aux débordements, donnent davantage la parole à ces derniers. Pour d'autres, il s'agit de la manifestation des traits de caractère partagés par beaucoup de garçons : sûrs d’eux, ils foncent tête baissée, quitte à bâcler le travail, ou chahutent pour affirmer leur virilité naissante."

"En face, les filles, pourtant meilleures élèves en moyenne, se posent davantage de questions, brident leurs ambitions et, contrairement à la légende, tournent sept fois la langue dans leur bouche avant de parler."

Inégale répartition des tâches familiales

"Mais dans cette affaire, ce n'est pas forcément l'institution scolaire qui est en cause, nous explique Ninnog Latimier. Que se passe-t-il donc ailleurs ? Pourquoi les filles sont-elles meilleures élèves et seront orientées dans des filières moins prestigieuses ? Pourquoi les garçons sont-ils plus nombreux à rencontrer des difficultés scolaires ? Et là, surprise : une des racines du problème plonge dans l'inégale répartition des tâches familiales depuis la plus tendre enfance.

"Assez tôt, les petites filles apprennent à participer aux travaux de la maison alors que leurs frères en sont davantage dispensés. Si l'on compare cet apprentissage ménager à celui qui sera rencontré par un élève à l'école, on peut dire qu'elles apprennent, à la maison, à comprendre un énoncé (« Mets le couvert, s'il te plait »), à exécuter la tâche demandée et à vérifier si elle est bien réalisée (« As-tu pensé au dessert ? »), à corriger ce qu’elle a mal exécuté (« Ah oui, les petites cuillères ! ») puis à terminer le travail demandé."

"Or, que constatent les enseignants ? Trop de garçons lisent l'énoncé, réalisent la tâche, mais rechignent à relire leur travail ou se rebellent si on leur demande de se corriger. D'où de moins bons résultats. Si les parents savaient qu'ils renforcent les compétences scolaires de leurs enfants en les sollicitant, ils hésiteraient moins à leur demander un coup de main !"

L’éducation passe par les adultes autant que par l'éducation scolaire

"Devenus plus grands, Ninnog Latimier constate que cette sollicitation des filles à la maison ne cesse de grandir avec parfois des tâches à forte responsabilité, tandis que leurs frères seront plus nombreux à vaquer librement à leurs occupations. Or, ce n'est pas seulement injuste : cette socialisation différenciée forge les caractères et les destins durablement. On comprend mieux pourquoi Ninnog Latimier insiste sur le fait que l'éducation passe autant par les exemples donnés par les adultes que par l'orientation scolaire proprement dite (...). Ainsi, pour Ninnog Latimier, il faudrait organiser des sessions
d'orientation où les adolescentes découvrent des femmes investies dans des carrières peu féminisées, en particulier dans les métiers scientifiques et techniques, tandis qu'on en ferait autant auprès des garçons, en valorisant par exemple les métiers du soin ou de l'éducation."

Questionner le poids des stéréotypes

"Car ces orientations différenciées sont à la fois la cause et la conséquence de la division sexuée du marché du travail : les femmes dans le secteur tertiaire, sanitaire et social, plus précaires et moins payées ; les hommes dans les secteurs techniques et industriels, aux progressions plus fortes et aux revenus plus confortables."


"Il s'agit donc de questionner le poids des stéréotypes qui renforcent le manque de
confiance des filles et les amènent à se préoccuper très tôt de la conciliation entre vies professionnelle et familiale, comme l'ont bien compris les ados du Skolaj Diwan qui témoignent dans le film."

Renforcer l'ambition des femmes sans réduire celle des hommes

"La socialisation des garçons favorise l’affirmation du soi, la compétition et leur inculque, jeunes, que leur carrière compte plus que celle des filles."

"Il ne s'agit pas de nier les différences ou de vouloir les raboter, mais de promouvoir l'égalité en mettant les valeurs d'altruisme, de tolérance, de coopération au même niveau que celles de l'esprit de compétition ou l'affirmation de soi."

"Les études montrent que le renforcement de ces valeurs, réduit les écarts en augmentant l'ambition des femmes sans réduire celle des hommes."

Anne Gouérou

Retrouvez chaque semaine un épisode de Reizh Direizh dans Bali Breizh, à 9h55 sur France 3 Bretagne et en replay sur France.tv.

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