Aviron indoor. A la prison pour femmes de Rennes, détenues et surveillantes battent un record

Publié le Mis à jour le
Écrit par E.C avec AFP

C'était une première en univers carcéral. A la prison pour femmes de Rennes, une équipe réunissant détenues et surveillantes ont sué sang et eau pour battre, en aviron indoor, le record de km parcourus en 24 h, un défi qui offre un moment de cohésion et de dépassement de soi. Reportage.

Dans le gymnase de la prison, une musique crachant les tubes du moment et des cris d'encouragement rompent le calme habituel. En tenue sportive, les mains gantées et un chiffre sur l'épaule qui détermine leur passage dans le relais, les 19 femmes, treize détenues et six surveillantes, montent à tour de rôle sur le rameur, spécialement scellé au sol. 

Elles doivent tirer quinze fois leur instrument et faire défiler les mètres parcourus au compteur, avant de tomber sur des matelas pour laisser le plus rapidement possible leur place à l'équipière suivante. 

"Elles partent sur quinze coups puissants, ce qui équivaut à trente secondes d'effort intense et 4 minutes 30 secondes de récupération entre chaque passage : c'est largement faisable et l'objectif est qu'elles aient cette cadence là pendant 24 h", lance Nicolas Margely, 51 ans, surveillant et professeur de sport, qui ne lésine pas

sur les cris de soutien.

Ramer à trois heures du matin, mentalement, ça peut être compliqué. Ça va leur faire une sacrée expérience.

Jérôme, surveillant et professeur de sport

Pendant trois mois, elles ont suivi une préparation physique intensive à la prison, afin d'être en mesure de battre le record de France de cette catégorie réalisé par l'université de Paris-Saclay en mars 2020 avec plus de 300 km.

Ruisselante de sueur, Myriam, 38 ans, qui purge une longue peine, fait baisser son cardio après avoir "envoyé". "L'effort est bref, mais c'est intense si on veut réussir un bon chrono. J'adore me surpasser", dit-elle, au milieu de fresques réalisées par les détenues où l'on retrouve Louise Michel, Angela Davis et Zehra Dogan, une journaliste et artiste kurde. "Ça fait bizarre de voir les surveillantes habillées comme nous, mais ça ne nous dérange pas, au contraire!", ajoute-t-elle.

Ouvrir de nouveaux horizons dans un univers carcéral

Certaines redoutent les relais au coeur de la nuit, avec l'accumulation de la fatigue, quand il sera nécessaire d'effectuer les relais à 3 h du matin, même si l'adrénaline devrait être une alliée précieuse. "On se donne beaucoup au début mais il faudra assurer aussi la nuit", analyse Nelly, 54 ans, surveillante et également vice-championne de France en quatre féminin d'aviron indoor, autant dire un atout de poids dans l'équipe.

Tout a été préparé pour que le relais arrive à ses fins : un stand avec des fruits et des gâteaux, des bouteilles d'eau numérotées, une salle de repos (deux pauses de 45 minutes sont prévues durant la nuit) et même la venue d'étudiants kinés pour prendre soin des muscles endoloris. Nicolas Margely doit lui prendre des photos toutes les heures du compteur pour que le record puisse être homologué par la Fédération française d'aviron (FFA). 

 

Mais au-delà de la performance sportive et de la quête du record, ce défi, qui avait été reporté une première fois à cause de la pandémie, permet surtout d'ouvrir de nouveaux horizons dans un quotidien carcéral routinier.

"On connait les vertus du sport, c'est l'exploit mais c'est aussi la résistance à l'effort, c'est le meilleur dérivatif qu'on peut proposer", explique Véronique Sousset, directrice de cet établissement qui compte 210 détenues et où a été ouvert le premier Quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) pour femmes de France. "On peut faire de très belles choses à l'intérieur des murs et qui vont certainement leur servir quand elles seront à l'extérieur", assure-t-elle.

Record battu !

Cette performance sportive a eu lieu du vendredi 24 au samedi 25 septembre. Au total, les 19 membres de l'équipe ont parcouru 385 kilomètres et 439 mètres ce qui leur permet de battre le record de France remporté précédemment par l'université de Paris-Saclay. "Toutes sont fières", précise Véronique Sousset. 

 

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