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Le rideau se lève, des comédiens sur la scène, quelques mots, des notes, la pièce de théâtre commence, un décor, des costumes, les projecteurs… mais avant tout cela, avant que le public n’entre dans la salle de spectacle, il a fallu du temps, du rêve, l’appel à l’imaginaire, de l’énergie et beaucoup de travail. Nous allons découvrir ce processus de création d'une pièce de théâtre. La pièce, c’est La Dame aux camélias, d’après Alexandre Dumas fils, mise en scène au TNB, Théâtre National de Bretagne à Rennes par Arthur Nauzyciel. Première création du nouveau directeur de la structure dans ses propres murs.

 

Du texte à la scène


Le metteur en scène a fait appel à l’écrivain, vidéaste plasticienne Valérie Mréjen pour adapter le texte. Quelques mois avant de démarrer le travail de lecture avec les comédiens, ils ont travaillé à la fois sur la pièce de théâtre et sur le roman de Dumas, pour cette nouvelle création. Mêlant les deux textes, pour n’en faire qu’un seul, avec un narrateur, qui reprendra pour la pièce de longs extraits du roman.
 
Répétition sur scène avec Arthur Nauzyciel / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne
Répétition sur scène avec Arthur Nauzyciel / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne

Arthur Nauzyciel pensait depuis longtemps à ce texte, un des seuls du répertoire abordant le thème de la prostitution, à cette époque-là, le XIXe siècle. La première étape a été de réunir une équipe, un collectif autour de lui. Alors il a entraîné dans l’aventure, quelques complices de longue date. Les comédiens Marie-Sophie Ferdane, Pierre Baux, Mounir Margoum, avec qui il avait déjà travaillé, mais aussi le scénographe Riccardo Hernandez, qui vit aux Etats-Unis, comme Scott Zielinski, pour les lumières, et puis encore le chorégraphe Damien Jalet, le designer, José Lévy, pour créer les costumes et Xavier Jacquot le concepteur son. De nouveaux venus ont également rejoint le projet, les jeunes comédiens Hedi Zada, Guillaume Costanza, Joana Preiss, Océane Caïraty et Pascal Cervo et puis toute l’équipe technique du TNB. Ce sont au total plus de cinquante personnes qui ont été mobilisées pour la création, dont une trentaine, travaille pour le théâtre rennais, en tant que permanents ou non.
 
Les huit comédiens lors d'une séance avec le chorégraphe Damien Jalet / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne
Les huit comédiens lors d'une séance avec le chorégraphe Damien Jalet / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne


Le travail a commencé plusieurs mois avant les représentations, avec la lecture à la table, réunissant tous les comédiens, étape essentielle du travail avec Arthur Nauzyciel. Une façon singulière de rentrer dans la pièce, d’appréhender cette langue du 19e siècle, de se l’approprier. Ce moment dure plusieurs semaines, durant lesquelles, le texte est lu, relu, décortiqué, chaque mot pesé, analysé. Un travail sur le sens, pour extraire ce qu’il a au plus profond dans la pièce et aboutir à une vision plus grinçante, plus sociale, plus politique, éloignée des représentations habituelles de la dame aux camélias, et du romantisme de la tragédie amoureuse. Une phase longue et qui peut paraître un peu laborieuse et déroutante pour les acteurs.
 
La Dame aux camélias : une œuvre pour le théâtre
Un magazine de Krystel Veillard – Pascal Cosset – Dominique Dallemagne – Alexis Guedes – Martial Le Carrour Interviews : Marie-Sophie Ferdane, actrice « Marguerite Gautier » - Hedi Zada, acteur « Armand Duval » - Pierre Baux, acteur « Georges Duval, le père d'Armand » - Arthur Nauzyciel, metteur en scène Invitée : Valérie Mréjen, écrivain, vidéaste – ARCHIVES : 1941


En parallèle de ce travail sur le texte, les huit acteurs de la pièce, ont entamé après quelques semaines, des séances avec le chorégraphe Damien Jalet. Une partition physique cette fois. Travail de concentration, de maîtrise du geste, de respiration. Une mise en condition, la recherche d'un accord entre les corps, de constitution d’un collectif, mais pas seulement. Ces séquences, en duo, trio, ou en groupe, qu'ils ont construit ensemble, pourront peut-être aussi, trouver leur place dans la pièce.
 
séance de travail avec le chorégraphe Damien Jalet / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne
séance de travail avec le chorégraphe Damien Jalet / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne
 
La Dame aux camélias : la mise en scène d'une pièce
Un magazine de Krystel Veillard – Pascal Cosset – Dominique Dallemagne – François-Xavier Robert – Alexis Guedes – Martial Le Carrour Interviews : Damien Jalet, chorégraphe - Mounir Margoum, acteur "Gaston Rieux" - Marie-Sophie Ferdane, actrice « Marguerite Gautier » - Pierre Baux, « Georges Duval, le père d'Armand » Invité : Arthur Nauzyciel, metteur en scène – ARCHIVES : 1981 "Le Roman de Marguerite Gautier" de Georges Cukor (1941) - La Dame aux camélias" de Mauro Bolognini (1981)

 

Un coffret rouge pour la Dame


Mais il n’y a pas qu’une œuvre et des comédiens, une pièce c’est aussi une scénographie, des lumières, du son et des costumes… des éléments qui vont ajouter à l’esthétique, à la compréhension aussi du texte et des personnages. Pour la construction du décor, comme une grande boîte rouge, avec velours, plafond, plancher, rideaux, il aura fallu quelques semaines. Constructeurs, techniciens, régisseurs tous sont à leur tâche, avec énergie et précision. Il y aura eu aussi des échanges nombreux avec les différents créateurs lumière, son et de la scénographie, Riccardo Hernandez, aux États-Unis, qui valide à distance chaque partie. Un décor qui va devoir voyager avec la tournée et s’adapter aux différents plateaux, plus ou moins grands, et c’est une des grosses difficultés de la construction.
 
Répétition sur la scène et dans le décor... / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne
Répétition sur la scène et dans le décor... / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne


Particularité de cette création, un écran géant occupe tout le fond de la scène, sur lequel seront projetées des vidéos, parties intégrantes de la pièce. L’objectif du réalisateur Pierre-Alain Giraud, est d’y raconter autre chose de l’histoire, la vie réelle des personnages, de s’approcher d’eux au plus près, montrer, explique-t-il ce qu’on ne voit pas habituellement au théâtre. L’idée est également de marcher sur les pas de la Dame aux Camélias, dans les lieux qu’elle a visités. En dehors des répétitions, des tournages ont donc été organisés avec les acteurs.
 
Essayage d'une robe pour Marie-Sophie Ferdane, "Marguerite Gautier", avec le créateur des costumes, José Lévy  / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne
Essayage d'une robe pour Marie-Sophie Ferdane, "Marguerite Gautier", avec le créateur des costumes, José Lévy / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne
 
La Dame aux camélias : la scénographie d'une pièce
Un magazine de Krystel Veillard – Pascal Cosset – François-Xavier Robert – Alexis Guedes – Martial Le Carrour Interviews : Tugdual Trémel, régisseur général - Christophe Delarue, régisseur lumière - Xavier Jacquot, concepteur son Invité : José Lévy, créateur des costumes - ARCHIVES : 2011

 

La vraie Marguerite Gautier


Cette œuvre en partie autobiographique d'Alexandre Dumas fils, écrite d'abord sous forme de roman en 1848, a été adaptée par l'auteur, pour la scène. Une pièce scandaleuse à l’époque, longtemps censurée et qui n’a pu être jouée qu’à partir de 1852.

L'histoire est celle de Marguerite Gautier. Une courtisane, une demi-mondaine, sujet peu abordé en ce milieu du 19e siècle et très nouveau. C’est pourtant un personnage très caractéristique de cette époque, qui représente une forme de prostitution, particulière, qui n’existe plus aujourd'hui. Cette très jeune femme, vit de ses charmes, entretenue par plusieurs amants, elle évolue dans un luxe extraordinaire, fréquente la bonne société, va au théâtre, au spectacle, invitée partout. Mais lorsqu‘elle tombe amoureuse d’Armand Duval, ce système dans lequel elle vit, va s’effondrer. Elle va se sacrifier pour le jeune homme et mourir très jeune à 23 ans, de la tuberculose, abandonnée et seule. Ça c’est la version du roman. Une mort qui rachète en quelque sorte une vie frivole et dissolue, selon la morale bourgeoise du 19è siècle. Dans la pièce, la fin de l’histoire est différente, Armand revient juste avant qu’elle ne meurt et elle va s’éteindre dans ses bras. Une fin qui permet à Alexandre Dumas de réparer en quelque sorte ce qu’il n’a pas fait dans la vie. Comme « une métaphore de l’art », explique Arthur Nauzyciel, qui est là aussi « pour réparer le monde. »
 
Marie Duplessis, la vraie Marguerite Gautier / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne
Marie Duplessis, la vraie Marguerite Gautier / © Krystel Veillard - France 3 Bretagne

Car Marguerite Gautier a véritablement existé sous le Second Empire, elle s'appelait Marie Duplessis (ou Alphonsine Plessis, de son vrai nom, qu’elle avait transformé) originaire de Nonant-le-Pin en Normandie (Orne), maîtresse notamment de Dumas fils, mais aussi de Franz Liszt. Une très jolie et célèbre courtisane à l'ascension fulgurante. C’était même une véritable star de l'époque, mais une star scandaleuse, qui a défrayé la chronique de cette seconde moitié du 19e siècle. Morte très jeune de la tuberculose à 23 ans, elle a été enterrée au cimetière Montmartre à Paris.
 

Un personnage devenu mythique


Cette histoire de Marguerite Gautier, l'héroïne de Dumas, inspirée de la vie de Marie Duplessis, a beaucoup inspirée et à toutes les époques. Elle est devenue un personnage mythique de la littérature. Sa destinée a été interprétée à de multiples reprises au théâtre d’abord, avec des comédiennes telles que Sarah Bernard, Edwige Feuillère, qui a marqué le rôle durant de longues années ou Isabelle Adjani, plus récemment en 2000 ; mais dont il n’existe aucune image. L’histoire a également été beaucoup adaptée au cinéma, avec dans le rôle Greta Garbo, dans le film de Georges Cukor, « Le roman de Marguerite Gautier » en 1941, Micheline Presle, pour la télévision, ou Isabelle Huppert, en 1981, dans le film de Mauro Bolognoni. La Dame aux camélias, est aussi devenu un ballet et puis évidemment impossible d’oublier que l’histoire a également marqué Giuseppe Verdi, qui en a fait un opéra, l’un de ses plus célèbres, La Traviata, où on a pu entendre les plus grandes voix, Maria Callas, Angela Gheorghiu ou encore Nathalie Dessay en 2011 sur la scène d’Aix-en-Provence.
 
Edwige Feuillère, dans la Dame aux camélias / © INA
Edwige Feuillère, dans la Dame aux camélias / © INA

Cette nouvelle version de La Dame aux Camélias, créée par Arthur Nauzyciel, avec tous les artistes, dont il s’est entouré, va vivre sa vie de pièce de théâtre désormais. Créée à Rennes, où elle est présentée pendant une dizaine de jours cette rentrée, elle va ensuite partir en tournée à travers la France jusqu’au mois de mai 2019.
 
 

La Dame aux Camélias, une création d'Arthur Nauzyciel

La Dame aux camélias, selon Arthur Nauzyciel
Un magazine de Krystel Veillard – Pascal Cosset – François-Xavier Robert – Hervé Tiercelin - Alexis Guedes – Martial Le Carrour - Interviews : Pierre Baux, acteur « Georges Duval, le père d'Armand » - Joana Preiss, actrice « Prudence » - Arthur Nauzyciel, metteur en scène - Marie-Sophie Ferdane, actrice « Marguerite Gautier » - Invitée : Pierre-Alain Giraud, réalisateur-vidéaste