“De vraies guillotines pour tuer nos enfants”, des plaques métalliques de 2 mètres qui tombent du 2e étage dans une école maternelle

Malfaçons et danger imminent pour les enfants, moins de trois ans après son ouverture, le groupe scolaire du quartier La Courrouze à Rennes pose questions. Des lames de deux mètres de long qui surplombent la cour maternelle bougent et deux sont tombées. Les enseignants de l'école Simone Veil font usage de leur droit de retrait.

“Ce sont de vraies guillotines, cela aurait pu tuer un enfant”. Ce parent d’élève est choqué. Il vient d’apprendre qu’une des nombreuses lames qui recouvrent les murs de l’école Simone Veil dans le quartier de La Courrouze à Rennes s’est détachée et a chuté dans la cour de récréation des maternelles. Son fils fait partie des enfants qui auraient pu être en dessous.

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Des lames de 2 mètres de long qui tombent de 6 mètres de haut

C’est la deuxième fois en moins de 10 jours qu’une de ces plaques métalliques de 2 mètres de long sur 80 centimètres de large se détache des murs qui entourent la cour de récréation de l’école. Ces pièces sont lourdes, tranchantes car très fines et sont disposées au deuxième étage du bâtiment neuf. Elles entourent la cour carrée située au cœur de l’établissement.

Les enseignants de cette école, le groupe scolaire Simone Veil à Rennes, estiment que la sécurité des enfants n’est plus établie. Ils font valoir leur droit de retrait et ne seront pas présents à l’ouverture des grilles ce mercredi 17 avril 2024. La directrice renvoie les parents sur les services municipaux pour connaître les conditions d’accueil.

L’école est pourtant neuve. Le bâtiment qui comprend la maternelle et l’élémentaire a été ouvert le 1er septembre 2022. Mais depuis, les parents d’élèves ne cessent de remonter des malfaçons.

Un morceau du plafond sur la tête d'une élève

En janvier 2023, c’est un morceau du faux plafond avec le luminaire qui s’est effondré en plein cours sur une élève. En octobre 2024, un écran numérique faisant office de tableau s’est détaché du mur pour tomber dans la classe. Pour les parents, cette école a été mal conçue. “Le jour de l’ouverture, des artisans étaient encore en train d’effectuer des finitions. L’école a été terminée dans la précipitation” estime Sarah Dufrêne.

La représentante des parents d'élèves du groupe scolaire revient sur la chute de ces plaques qui, à ses yeux, mettent en péril la vie des enfants. “La première plaque est tombée le samedi 6 avril, la seconde ce lundi 15 avril et depuis d’autres bougent”.

Cette mère d’un enfant scolarisé dans l’école essaie de faire réagir la ville mais elle se sent abandonnée. “La seule réponse pour l’instant a été de condamner la cour de récréation des maternelles et d’utiliser un autre espace de l’école, sans zone d’ombre”.

Une école commencée en 2013 et livrée en 2022

L’école est dans l’éco-quartier de Rennes, qui est présentée comme “un projet différent, exemplaire et emblématique de la ville durable” dixit la plaquette de Rennes Métropole. Dans les faits, si l’école a été livrée en septembre 2022, le projet datait de 2013. Les travaux avaient été stoppés en octobre 2014 car le site est situé en partie sur d’anciens sites industriels et friches militaires. Le sol trop pollué ne permettait pas la construction de l’école. 

Le chantier avait dû être déplacé d'une dizaine de mètres pour reprendre à zéro en 2016. Au total, il aura fallu attendre près de 10 ans pour voir l’ouverture de cette école tant attendue. Dossier qui était à l’époque un vrai guêpier pour la maire de Rennes. L’opposition à Nathalie Appéré pointait alors des carences dans sa gestion.

Ils auraient mieux fait de miser sur la sécurité.

Un parent d'élèves de l'école Simone Veil de Rennes

Moins de trois ans après son ouverture, le dossier revient comme un boomerang sur le bureau de la maire de Rennes. Et chez les riverains du quartier, la colère monte. “La ville a dû mettre la pression pour finir les travaux et les artisans n’ont pas bien fini la construction” siffle un parent qui préfère rester anonyme. “Ces plaques qui surplombent la cour sont installées avec des fixations cachées pour l’esthétique. Ils auraient mieux fait de miser sur la sécurité” râle un autre.

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Pour Sarah Dufrêne, le problème concerne autant la cour intérieure de l’école que l’extérieur du bâtiment. Ces plaques recouvrent tout le bâtiment. “Même sur le chemin de l’école nous pouvons en recevoir une sur la tête” précise la déléguée des parents d’élèves.

Un quartier déjà sans métro

Le cabinet d’architecture parisien Brenac & Gonzalez, reconnu et d’envergure nationale, n’a pas répondu à notre sollicitation. Contactée, la ville de Rennes assure prendre la question très au sérieux et promet de donner des réponses dans un délai court. 

Les parents d’élèves en ont besoin car ils ont plusieurs dossiers à mettre sur la table. Lames métalliques qui tombent du 2e étage, cour sans zone d’ombre, étang non sécurisé aux abords de l’école… Un dossier de plus qui s’ajoute à la colère de ces riverains du quartier La Courrouze, normalement desservit par une ligne de métro hors service depuis début janvier 2024.