Les écrans sont-ils à l'origine de troubles primaires du langage, chez les jeunes enfants ?

L’avènement du numérique, une réalité, dans un système hyper-connecté, nomade et multi-écrans (télévision, ordinateur, jeux vidéo, tablette, smartphone). Il est recommandé de ne pas exposer les enfants aux écrans avant l'âge de trois ans. / © PHOTOPQR/LE COURRIER DE L'OUEST/MAXPPP
L’avènement du numérique, une réalité, dans un système hyper-connecté, nomade et multi-écrans (télévision, ordinateur, jeux vidéo, tablette, smartphone). Il est recommandé de ne pas exposer les enfants aux écrans avant l'âge de trois ans. / © PHOTOPQR/LE COURRIER DE L'OUEST/MAXPPP

Une étude scientifique rennaise confirme que l'exposition des enfants aux écrans multiplie les risques de troubles primaires du langage, notamment l'exposition le matin, avant d'aller à l'école.

Par E.C


Les enfants entre trois ans et demi et six ans et demi passent 75 minutes par jour devant un écran. C'est l'une des conclusions de l'étude menée par Manon Collet, médecin généraliste et publiée sur le site de Santé Publique France. Grâce au travail de recherche réalisée pendant sa thèse, elle a pu établir les effets de l'exposition aux écrans, sur le langage.

Cette étude a été menée dans dans 24 communes d’Ille-et-Vilaine et concerné 276 enfants, âgés de 3,5 à 6,5 ans, répartis en deux groupes : les cas, et les témoins. 167 cas ont été observés, à savoir des enfants déjà diagnostiqués avec des troubles primaires du langage, par des orthophonistes. Ils ont été comparés à 109 témoins, des enfants sans troubles. Les parents ont reçu un questionnaire d'évaluation.

Au-delà de la télévision, toujours majoritaire dans les usages, Manon Collet a pu constater l'importance de l'utilisation d'autres écrans. Plus précisément 94,2% des enfants des deux groupes avaient accès à la télévision, la moitié (53,5%) avait accès à la tablette et un tiers avait accès à un ordinateur (32,4%), une console de jeu (34,9%) ou un smartphone (30,2%).

Dans les deux groupes, les enfants ont été exposés aux écrans, pour la première fois à un âge moyen de 12,4 mois.


Une exposition le matin, des risques sur les troubles primaires du langage


Que met-on derrière les troubles primaires du langage ? Manon Collet explique : "C'est ce qui n'est pas un trouble secondaire, lié  par exemple à une maladie, à un retard, à des troubles neurologiques, à la prématurité. Quand on parle de troubles primaires, on peut évoquer des retards de langage, des difficultés à faire des phrases, un vocabulaire pauvre. A chaque âge correspondent des apprentissages, des échelles permettent de les vérifier, comme celle de Denver."

Premier constat lors de cette étude, les enfants exposés aux écrans, le matin avant l'école sont trois fois plus à risque de développer des troubles primaires du langage. "Les écrans le matin fatiguent l'attention de l'enfant qui devient alors moins apte aux apprentissages et acquisitions", note Manon Collet. 


De l'importance de discuter du contenu


Autre conclusion, le manque d'interaction à propos du contenu des écrans entraîne des effets sur le langage. "Il faut discuter, remettre de l'interaction à propos de ce que l'on regarde." Manon Collet fait une analogie simple "Quand on raconte une histoire à un enfant, on commente, on réagit avec lui, il faut faire pareil avec les images animées." 

"Si on corrèle les deux, exposition le matin et le non échange sur les contenus, les enfants sont six fois plus à risque de développer ces troubles."


Si cette exposition n'est pas encadrée, elle peut être néfaste. En France, Manon Collet rappelle que des préconisations existent déjà. La consigne "pas d'écran avant l'âge de trois ans" est même mentionnée sur les carnets de santé. D'autres conseils peuvent s'appliquer, comme la règle des quatre pas, de Sabine Duflo. Il s'agit de limiter sa consommation des écrans, à des instants précis : le matin, le soir, pas en mangeant et qu'il n'y ait pas de télévision dans la chambre des enfants.
 


Après ces premières explications, Manon Collet relève : "Il serait intéressant maintenant de faire une étude de cohorte, c'est-à-dire suivre des enfants dès la naissance, les suivre sur le long terme. Cela permettrait de confirmer ce lien de cause à effet." 




 

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