Essai clinique de Rennes : l'accident lié à la dose cumulée de la molécule testée

Le siège de Biotrial à Rennes, situé à quelques centaines de mètres du CHU Pontchaillou / © DAMIEN MEYER / AFP
Le siège de Biotrial à Rennes, situé à quelques centaines de mètres du CHU Pontchaillou / © DAMIEN MEYER / AFP

L'accident survenu en janvier lors de l'essai clinique de Rennes est "clairement lié" à la dose cumulée de la molécule du laboratoire portugais Bial qui était testée, confirment dans leur rapport final les experts, déplorant aussi l'oubli de certaines règles "de bon sens".

Par Krystell Veillard

Pour rappel, six volontaires, participant à l'essai clinique de Phase 1 d'une molécule, avaient été hospitalisés en janvier à Rennes et l'un d'eux était décédé. Quatre des survivants présentaient des lésions cérébrales et un autre aucune. Cet accident "inédit", apparaît "clairement lié au dosage cumulé de la molécule testée", écrit le groupe d'experts mis en place par l'Agence du médicament (ANSM). "L'hypothèse la plus vraisemblable retenue est celle d'une toxicité propre de la molécule" (...), facilitée notamment par l'utilisation de doses répétées". Pour le Pr Bernard Bégaud, président de ce groupe d'experts qui a passé plus 600 heures sur le dossier, "les règles semblent globalement avoir été respectées"  même si des règles de "bon sens" ont été oubliées à plusieurs reprises. "Le protocole d'essai a respecté les réglementations en vigueur, mais plus dans la règle que dans l'esprit" est-il ainsi mentionné.

Le mode d'escalade des doses en cause


Pour rentrer dans le détail du rapport, il est en particulier précisé, que les les études précliniques sur les animaux ne constituaient pas un signal de nature à contre-indiquer un passage chez l'homme. Ainsi sur les bases des tests sur les animaux, " il était a priori logique de tester une dose allant jusqu'à 100 mg chez l'homme." 
Les experts s'interrogent cependant sur le recrutement des volontaires et en particulier sur la dispersion élevée des âges, pour de tels tests. De même, selon le protocole, une manifestation d'intolérance notable chez quatre individus, aurait dû faire interrompre les essais immédiatement. Ils mettent clairement en causele mode d'escalade des doses : "Dans le cas de l'essai de Rennes, le mode d'escalade des doses apparaît problématique car trop brutal en fin de progression, alors que le bon sens aurait plaidé pour l'inverse." 

Des négligences du côté du laboratoire portugais Bial 


Dans le document transmis par le laboratoire Bial, les experts ont relevé un assez grand nombre d'erreurs, d'imprécisions, d'inversions de chiffres ou de traductions erronées du document source, qui rendent la compréhension difficile sur plusieurs points. Mais les experts réaffirment que "cette molécule le BIA10-2474 ne pourvait pas être considérée comme un produit à risque."
Ils s'interrogent cependant sur le bien-fondé de cet essai dans la mesure où des molécules apparentées et déjà testées, n'avaient pas démontré une quelconque efficacité.

Recommandations pour améliorer la sécurité des volontaires


Les experts font aussi dans leur rapport des recommandations pour améliorer la sécurité des volontaires sains qui se soumettent à ce type d'essai. Ils appellent de leur voeu l'ouverture d'un débat au niveau européen et international concernant l'accès aux données des essais cliniques de phase 1, pour les essais en cours ou passés.

 

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