Explosion du prix de l'électricité : les entreprises bretonnes interpellent l'État

Publié le Mis à jour le
Écrit par Krystel Veillard avec Gwendal Kerbastard
Le prix de l'électricité ne cesse d'augmenter ces derniers mois.
Le prix de l'électricité ne cesse d'augmenter ces derniers mois. © Nicolas Kovarik /IP3 Presse/ Max PPP

Comme partout en France, la hausse du prix de l'électricité inquiète les entreprises bretonnes en ce début d'année. Une augmentation estimée entre 40% et 50% par le Comité Bretagne Région Industrie, qui a publié une tribune pour interpeller le gouvernement.

C'est la grande inquiétude de ce début d'année pour de nombreuses entreprises bretonnes. Le prix de l'électricité ne cesse d'augmenter et le phénomène ne semble pas prêt de s'arrêter. "Certaines entreprises nous disent qu'elles vont devoir fermer quelques temps. Avec le prix de l'électricité c'est plus rentable pour elles de ne rien produire", s'indigne Clothilde d'Argentré, cheffe de projet pour le réseau de l'agroalimentaire breton. "En moins de deux mois, les cours d’électricité ont doublé", indique ainsi la tribune publiée par les industriels bretons et "sur les six derniers mois, la hausse atteint même plus de 400%."

Explosion du coût de l'énergie

La raison de cette hausse ? Le cours du gaz a explosé, avec une incidence sur toute la chaîne de production de l'énergie dans le monde, et notamment sur le prix de l'électricité. En France, EDF vend une certaine quantité d'énergie à prix fixe, 100 terawatt/heure (TWh) pour 42€ l'unité, à tous les fournisseurs d'énergie.

Cependant, le surplus vendu aux fournisseurs dépend du prix des marchés, qui approchent parfois des 1000€ le TWh en 2022, contre 50€ l'unité en 2020. Une augmentation difficile à absorber pour les entreprises : "Nous demandons au gouvernement d'augmenter la quantité d'énergie vendue à prix fixe par EDF. Il faudrait faire passer cette valeur de 100 TWh à 160 TWh", poursuit Clothilde d'Argentré.

Si le gouvernement a déjà pris des mesures pour compenser l’explosion des prix de l’électricité, pour les industries les plus grosses consommatrices. Cette mesure n'inclut pas les PME et les TPE.

Des entreprises au pied du mur

L'impact est considérable pour de nombreuses sociétés, comme Sill, entreprise  laitière, basée à Plouvien, près de Brest, dans le Finistère. Une industrie grosse consommatrice en électricité pour la transformation de produits, la cuisson et la surgélation, ainsi que pour le stockages de produits surgelés. De l'énergie, qu'elle achète de manière groupée à EDF, avec sa voisine Savéol. Sill compte huit usines en France dont sept en Bretagne, et une consommation électrique équivalente à celle d'une ville de 30 000 habitants. Pour Emmanuel Hamon, directeur des achats, "c'est très compliqué à vivre, vu l'importance de la hausse !"

Pour nous ça correspond à une hausse de 70% de la facture, soit un surcoût de 3 Md'€ !

Emmanuel Hamon, directeur des achats - Sill Entreprises

 "La seule solution pour l'entreprise explique t-il, c'est de répercuter l'augmentation du coût de l'électricité sur le prix de vente des produits auprès des distributeurs." Avec forcément des conséquences à la clé pour le consommateur.
"Il y a un un effet cascade, qui s'enchaîne, poursuit le responsable des achats, Nos fournisseurs subissent eux aussi l'augmentation des coûts des matières premières, de l'énergie. Et nous devons donc également supporter les revalorisations de leur part."

Le goût est amer car cette augmentation aurait pu être anticipée.

Emmanuel Hamont, directeur des achats - Sill Entreprises

Outre l'intervention de l'Etat, pour des aides directes ou pour la revalorisation du volume d'énergie vendu à prix fixe, Emmanuel Hamon en appelle aux fournisseurs d'électricité, qui "pour cette situation de crise historique, pour ce cas de force majeure, devraient reconsidérer les contrats de fourniture d'énergie," plaide t-il.

Une facture de 4 millions d'euros pour l'année !

Pour Jacques Pidoux, membre du Comité Bretagne Région Industrie (Crib) et PDG de BCF Life sciences, société spécialisée dans la chimie, installée dans le Morbihan, "la facture électrique pour 2022 s'élève à quatre millions d'euros. Des coûts multipliés par deux en un an !" En dépit de sa stratégie de couverture pour le gaz et l’électricité, certains volumes n’étaient pas couverts et l'entreprise a dû payer le prix fort début décembre.

Son activité, l'extraction des acides aminés de la kératine, est particulièrement énergivore et il y aura pour lui aussi forcément "des conséquences  sur les marges industrielles, avec des répercussions sur le prix de vente", remarque le PDG. BCF Life Sciences est "une PME en pleine croissance, qui peut absorber ce surcoût inédit, poursuit-t-il, parce qu’elle peut négocier avec ses clients", mais ça n'est pas toujours le cas et en particulier pour des entreprises plus petites, qui se retrouvent dans l'impasse.

La tribune des industriels bretons

Le comité région industrie Bretagne (Crib), a donc publié une tribune afin d'appeler  le gouvernement "à des mesures d’urgence pour faire face à cette situation exceptionnelle".

Il demande notamment que le dispositif de compensation à destination des plus grosses entreprises soit élargi aux sous-traitants, et ainsi répercuté à l’ensemble des acteurs au sein d’une filière. Les industriels de la régions réclament encore  l'augmentation de 100 à 150 Twh du volume d'énergie vendu à prix fixe, "Cela permettrait d’honorer les demandes de chaque fournisseur d’électricité du bénéfice du tarif de l’électricité nucléaire et ainsi limiter l’impact des hausses de prix. A défaut, la mise en place d’un prix administré de l’électricité, accessible auprès d’EDF à toutes les entreprises en faisant la demande, entre le 1er janvier et le 30 juin 2022, doit être envisagée" précise encore le texte.

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