Ille-et-Vilaine : à Bruz, ville martyre, le déplacement du cimetière divise

Véritable lieu de mémoire du bombardement du 8 mai 1944, le cimetière de Bruz pourrait être transféré. / © Jean-Michel Piron / France Télévisions
Véritable lieu de mémoire du bombardement du 8 mai 1944, le cimetière de Bruz pourrait être transféré. / © Jean-Michel Piron / France Télévisions

Peut-on déplacer un cimetière pour faire de la place aux vivants ? À Bruz (Ille-et-Vilaine), la question divise car des victimes des bombardements de la Seconde Guerre mondiale reposent dans le cimetière voué à disparaître. Ce qui en fait un lieu de mémoire intouchable pour les familles.

Par Valentin Pasquier, avec Séverine Breton

Ils s'appelaient Simone, Marie-France, Michel et Yann. Gravés sur le même bloc de granit, leurs prénoms sont accompagnés de la même date, le 8 mai 1944. C'était la grand-mère, la tante et les cousins de Lionel de la Herverie.

"Lorsqu'ils ont senti que les bombes faisaient vraiment bouger la maison, ils sont tous sortis de leur chambre. Chacun a pris un enfant avec lui et ils sont sortis. J'ai un oncle qui a réussi à sortir, mais tous les autres ont été soufflés ou écrasés par le bombardement," raconte le Bruzois.
 

183 victimes dans le bombardement

Cette nuit de mai 1944, en moins d'une heure, les bombes de l'aviation anglaise ont tué par accident 183 personnes et fait 300 blessés. Les victimes du bombardement ont été enterrées dans le cimetière. Les années ont passé et Bruz est passé de quelques centaines à 20 000 habitants. En 1989, la municipalité a décidé de construire un nouveau cimetière et prévu la fermeture de l'ancien.

"C'est comme si il fallait effacer tout ce passé, laisser la place aux vivants, constate Lionel de la Herverie, opposé au transfert. Qu'on laisse les morts et que les construction n'empiètent pas trop sur le seul souvenir qui reste du bombardement de Bruz !"
 

Un cimetière pas comme les autres

Des familles ont attaqué la décision devant le tribunal administratif, en vain. Le maire de Bruz s'agace de ces procès pour défaut de mémoire. "Ça me met en colère, parce l'attachement que l'on porte aux morts ne se mesure pas à l'emplacement où repose la personne que l'on a perdu. C'est dans le cœur qu'on a cet attachement !" soutient Auguste Louapre.

Les familles envisagent de se tourner vers le Conseil d'État. Depuis cette nuit du 8 mai 1944, Bruz est une ville martyre. Son cimetière, disent elles, n'est pas et ne sera jamais, un cimetière comme les autres.
 

Notre reportage à Bruz (Ille-et-Vilaine)

Ille-et-Vilaine : à Bruz, ville martyre, le déplacement du cimetière divise
Intervenants : Lionel de La Herverie, professeur d'histoire; Auguste Louapre, maire de Bruz (Ille-et-Vilaine). - France 3 Bretagne - Reportage : Séverine Breton et Jean-Michel Piron. Montage : Jean-François Barré.

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