Jean-Baptiste André, spécialiste de l'équilibre et du renversement présente "Le parcours, le panorama"

L'équilibre de notre quotidien est bousculé, nos repères changent. L'art permet de prendre du recul, de respirer. Jean-Baptiste André, spécialiste de l'équilibre sur les mains, offre la diffusion de trois spectacles : Floé, Intérieur Nuit, Pleurage et Scintillement. Pour le plaisir d'une évasion.

Floé à l'occasion du Festival des Rias au port du Doëlan (Pays de Quimperlé)
Floé à l'occasion du Festival des Rias au port du Doëlan (Pays de Quimperlé) © Nicolas Lelièvre

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Jean-Baptiste André est un Breton d'adoption. Danseur, chorégaphe, metteur en scène, interprète, acrobate. Jean-Baptiste André est à l'équilibre ce que Federer est au tennis, un artiste, une référence.

Premier artiste de cirque lauréat du programme Villa Médicis Hors Les Murs, son parcours se présente sur les scènes nationales et hors de nos frontières. Sa spécialité, l'équilibre sur les mains.
 
Jean-Baptiste André en répétition pour Deal avec Dimitri Jourde
Jean-Baptiste André en répétition pour Deal avec Dimitri Jourde © Benoit Thibaut

À la frontière du cirque et du théâtre, l'approche de Jean-Baptiste André est empreinte de subtilité.

Depuis 2002, date de création de son premier solo "Intérieur Nuit", les créations se sont accumulées et l'envie de les archiver est venue. La rencontre avec Olivier Marchon, auteur et réalisateur, lance le projet. "Le parcours, le panorama" sera un cycle de trois films, trois captations en public.

Olivier a voulu retranscrire l’esthétique, l’intention artistique, l’écriture contenue pour que chaque film soit le prolongement du spectacle. Jean-Baptiste André


Olivier portera son regard de vidéaste, comme un premier tour d'horizon sur le parcours de l'artiste. 
 

Intérieur Nuit


Pour "Interieur Nuit" la caméra intègre la chorégraphie. La vidéo est, pour le créateur de la compagnie Association W, un outil qu'il convoque au besoin. Pour une mise en scène, pour une étape de travail ou par envie de transmettre.

Sur les mains, les repères sont renversés. Sa première création interroge les limites du corps, l'équilibre intime et précaire de chacun. L'envie de métamorphose.

Le film de "Intérieur Nuit" à voir ici en vidéo.

W / INTERIEUR NUIT from Olivier Marchon on Vimeo.


La performance scénique plonge le spectateur dans des états de rêverie et bouscule les repères sensoriels. Chacun revisite ainsi sa perception du temps et de l’espace.

Intérieur Nuit, pour Jean-Baptiste André est "un peu la pièce angulaire de la démarche artistique, à savoir un travail aux confins de plusieurs disciplines, dans un processus basé sur la collaboration, qui posait aussi une esthétique minimale et épurée, dans un fort engagement physique".
 

Pleurage et Scintillement


Pleurage et Scintillement est une pièce mythique de son répertoire. Rencontre de deux solitudes, ce spectacle emprunte aussi bien à la danse, au théâtre qu’au cirque pour ses équilibres.

Ce duo d’êtres fragiles et émouvants se retrouve en un lieu fantasmé, un bar, où le temps se suspend. Lieu de rencontres, de séduction, d’utopie et de transgression. Une valse des humeurs s’esquisse. Sentiments et nostalgie se déclinent à fleur de peau.
 
Le film de "Pleurage et Scintillement" à voir ici en vidéo.

W / PLEURAGE ET SCINTILLEMENT from Olivier Marchon on Vimeo.


Pleurage et Scintillement, en collaboration avec Julia Christ, est un spectacle au caractère cinémathographique.

Un sentiment "de jouer dans une fiction" est d'ailleurs ressenti par les deux interprètes. Ainsi, "ramener le spectacle à l’écran permettait de lui donner une valeur supplémentaire, et d’aller dans le prolongement du travail du jeu d’acteur".
 

Floé


Habité par l’acrobate Jean-Baptiste André, un étonnant iceberg devient l’objet de performances poétiques et clownesques.

Floé (fragment de glace de mer en forme de radeau plat) évoque l’image d’un explorateur de l’extrême en lutte sur sa banquise, avec pour toile de fond la ville, ses lumières et ses bruits.
 
Le film de "Floé" à voir ici en vidéo.

W / FLOE from Olivier Marchon on Vimeo.


Une forme apparaît dans l’espace. Un homme se retrouve en prise avec un étonnant relief qu’il va devoir, pour son propre salut, traverser. C’est la rencontre entre un corps, un volume et un paysage.

Le désir de l'artiste était de "révéler en filmant la performance dans plusieurs lieux, puis de les associer dans la vidéo pour donner à l’image le principe même du projet. C’est l’idée originale du spectacle qui a sous-tendu la nécessité de filmer". 
 

Des films pour combler un manque


Jean-Baptiste André privilégie le contact direct avec son public. Mais vu la situation sanitaire et les annulations de dates, les réseaux sociaux permettent de combler une absence. C'est "une manière de garder le lien avec les spectateurs, et de parler du travail artistique malgré le vide dans lequel les circonstances nous plongent".

Le festival Spring devait lui offrir une rétrospective. Un mois de représentation avec bien sûr une mise en avant des incontournables : Intérieur Nuit, Floé, Pleurage et scintillement mais également les dernières créations : À Brûle-pourpoint et Deal. Annulé, à l'arrêt comme le monde du spectacle aujourd'hui.
 
Le projet "le parcours, le panorama" offre à voir ce qui ne peut être présenté au public.
 

Le regard de Jean-Baptiste André sur la période du confinement


Le coronavirus bouscule l'équilibre de notre quotidien. Quel regard portez-vous sur ce moment particulier ? Et quel impact sur votre quotidien ?


" Cette situation est totalement inédite. Elle bouleverse les équilibres, les repères de tout le monde. Elle vient faire trembler beaucoup de choses, les structures, l'humain, les émotions.

Je me dis parfois qu’il faut considérer ce temps pour ce qu’il est : un temps à part.

Cela n’empêche pas de penser à toutes celles et ceux, et il ne faut pas oublier, qui sont touchés ou affectés de près ou de loin, directement ou indirectement, par le virus. Et je pense à toutes celles et ceux pour qui le confinement est une épreuve.

Cela fait monter cette empathie, cela fait réouvrir les yeux sur son environnement proche (sa famille, ses amis, ses voisins), cela génère d’autres habitudes et actions, et en cela c’est positif. Une manière de transformer en quelque chose de constructif."

 
Jean-Baptiste André
Jean-Baptiste André © Benoit Thibaut


"Le secteur du spectacle vivant, comme beaucoup d’autres secteurs, est très fortement et sera durablement marqué par cette crise. C’est dans l’annulation de tous les festivals, évènements, sorties, qu’on se rend compte de la richesse culturelle dont on peut profiter ici.

Au quotidien, on ressent très fort l’impact : on reste en place (plus de tournée), on essaie de rythmer ses journées d’une manière nouvelle (et garder la forme physique), on trouve d’autres ressources. C’est savoir accepter un temps qui passe, décélérer.

Cela me renvoie aussi beaucoup à cette logique, dans laquelle on s’enferme vite, de projeter vers l’avant, d’être dans une course et une anticipation constante. Aujourd’hui on est contrait de revenir au présent, au jour J.

Cela me renvoie beaucoup à la fragilité des choses, à leur côté fugace et ténue. 

Je me dis que pour faire face, il faut commencer par faire avec. Cela réapprend l’humilité."

 
 
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